Aventis et son partenaire américain Genta ont retiré leur demande d'autorisation de l'anticancéreux Genasense aux Etats-Unis, qui était jugé prometteur, après un avis très défavorable des autorités sanitaires.
Le lancement de l'un des médicaments les plus prometteurs d'Aventis, l'anticancéreux Genasense, semble désormais compromis. Anticipant un veto des autorités sanitaires américaines, le laboratoire et son partenaire américain Genta ont annoncé vendredi qu'ils avaient retiré leur demande d'homologation du produit, dans sa principale indication, le traitement du cancer de la peau. Or Genasense, qui devait être lancé cette année, avait été présenté début février par Aventis, alors en pleine bataille contre l'OPA de Sanofi, comme un futur « blockbuster », dont les ventes annuelles dépasseraient les 2 milliards d'euros. Il devait notamment permettre d'allonger la survie des malades atteints d'un cancer de la peau, en association avec un autre médicament (la dacarbazine).
Pour mettre la main sur cette « pépite », Aventis n'avait pas hésité à nouer avec la société de biotechnologies Genta, à l'origine du traitement, un partenariat jusqu'à 480 millions de dollars et à prendre environ 10 % de son capital, début 2002. Mais, le 3 mai, le groupe franco-allemand a dû déchanter. Un comité consultatif de la Food and Drug Administration (FDA) a voté contre l'autorisation de Genasense, par 13 voix contre 3. Après avoir examiné l'essai clinique de phase 3 mené sur 771 patients, les experts estiment que le médicament n'augmente pas les chances de survie des patients, alors que ses effets secondaires sont notables. Ils jugent aussi l'étude entachée « d'erreurs », « d'omissions », voire de conclusions contradictoires et biaisées. «
La société auprès de laquelle Aventis et Genta ont sous-traité l'essai clinique a visiblement bâclé le travail », note un observateur.
Genta, responsable du dépôt du dossier devant la FDA, n'a pas réagi. Dès le 4 mai, une « class action » a été ouverte contre la société par l'un de ses actionnaires, qui l'accuse d'avoir donné de fausses informations sur Genasense et dissimulé ses effets secondaires.
Coup dur
Après l'avis défavorable des experts, il semblait improbable que la FDA, qui devait se prononcer d'ici au 8 juin, donne le feu vert. Genta, dont le cours de Bourse a perdu plus des deux tiers de sa valeur depuis début mai, a préféré retirer sa demande d'homologation. Le coup est dur pour la société, qui a annoncé dans la foulée le licenciement de 85 personnes, soit 45 % de son personnel. Sa direction a décidé d'arrêter la vente de son seul médicament commercialisé afin de concentrer tous ses moyens - elle ne dispose plus que de 67 millions de dollars en cash - sur Genasense. Genta compte poursuivre le développement du médicament, y compris dans d'autres indications (cancer du sang). Mais, «
après le retrait du dossier sur sa principale indication, tous les programmes de recherche sur ce médicament doivent désormais être revus, estime Rodolphe Clerval, analyste chez Natexis Bleichroeder.
Et il faudra au moins deux ans à Genta pour refaire les essais sur le traitement contre le cancer de la peau ».
Les déboires de Genasense sont vivement critiqués par la CGT d'Aventis, qui y voit une conséquence de la «
politique d'externalisation de la recherche du groupe », via des partenariats avec de petites sociétés.
N.H.