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27/01/04 : l'évolution du modèle économique de la pharmacie pousse aux concentrations
La guerre des brevets sur fond d'explosion des génériques a fait voler en éclats le modèle d'une croissance fondée sur les « blocksbusters ». Les laboratoires doivent s'adapter.
Le mouvement frénétique des concentrations dans la pharmacie amorcé au début des années 1990 avait laissé place, ces derniers temps, à une phase de digestion. Après le rapprochement opéré l'an dernier entre Pfizer et Pharmacia, qui avait conforté le leadership du numéro un mondial, l'offensive lancée par Sanofi-Synthélabo sur son compatriote Aventis pourrait relancer le bal des fusions d'envergure dans le secteur. Car la tentation du regroupement est forte pour les laboratoires confrontés au manque de produits en développement et à la menace des génériques.
Le modèle économique, fondé sur les « blockbusters », c'est-à-dire des médicaments dont les ventes sont supérieures à 1 milliard d'euros, a peut-être atteint ses limites. En effet, lorsqu'un produit, parfois responsable du quart du chiffre d'affaires d'un laboratoire, comme c'était le cas du Prozac, mis au point par l'Américain Eli Lilly, se retrouve concurrencé par des copies à bas prix, les dégâts peuvent être importants. Chaque année, les brevets protégeant une cinquantaine de molécules existantes tombent ainsi dans le domaine public. Et au cours des cinq prochaines années, assure Pierre Le Sourd, le président du Leem (Les Entreprises du médicament), l'industrie pharmaceutique risque de voir l'équivalent de 80 milliards de dollars (62,5 milliards d'euros) de chiffre d'affaires se retrouver immédiatement remis en cause par les copies moins coûteuses. Un phénomène certes prévisible, puisque les dates d'expiration des brevets sont connues à l'avance, mais qui n'en reste pas moins délicat à contrer.
Autre source de fragilité pour ce secteur de la pharmacie : les effets secondaires d'un médicament peuvent entraîner un brusque retrait du marché. Ce fut le cas en 2001 de l'anticholestérol Baycol, retiré de la vente par Bayer parce qu'il était soupçonné d'avoir entraîné plusieurs centaines de décès. C'est alors la stratégie même du laboratoire qui est mise en cause.
Une arme : l'innovation
Face à ces menaces, les « big pharma » n'ont qu'une seule arme : l'innovation, qui seule pourra apporter aux laboratoires de nouveaux produits plus ciblés, plus efficaces... Et plus rémunérateurs. Mais cette recherche coûte cher, ses résultats restent très aléatoires, et nombre de laboratoires se retrouvent ainsi en panne, avec un pipeline complètement asséché et un nombre d'homologations qui chute.
D'où l'intérêt des regroupements. Pour améliorer leurs performances, de nombreux laboratoires jouent par ailleurs la carte des biotechnologies en concluant des partenariats avec des sociétés innovantes. Mais les investissements ont tendance à devenir de plus en plus sélectifs. De plus les sociétés de biotechnologies sont, elles aussi, en proie à une phase de concentration.
L'équilibre reste souvent difficile à trouver. Incapables de mener toutes les recherches de front, les groupes sont contraints de recentrer leurs efforts sur quelques domaines et de réduire leurs coûts. C'est ce qu'avait tenté de faire Aventis en lançant, en décembre dernier, un plan baptisé « Reshaping Aventis » visant à économiser 500 millions d'euros par an d'ici à 2006.
KRYSTÈLE TACHDJIAN
Tous droits réservés (2004) LES ECHOS
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