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 Sanofi-Aventis: naissance d'un géant de la pharmacie
28/01/04 : recherche, un profil plus solide à deux que tout seul

Un rapprochement permettrait d'allier les moyens financiers d'Aventis à la profusion de projets de Sanofi-Synthélabo.

« Pour raison de santé. » C'est le thème même de la campagne publicitaire lancée par Sanofi-Synthélabo pour persuader l'opinion du bien-fondé de son offre hostile sur Aventis. Le mariage des deux champions français permettra de découvrir plus de médicaments, et plus vite. Même si le montant n'est pas forcément synonyme d'efficacité dans ce secteur, leur budget de R&D sera le deuxième au monde (4,91 milliards de dollars) derrière celui de l'américain Pfizer et au coude-à-coude avec celui du britannique GlaxoSmithKline.

De quoi remplir le « pipeline » du nouveau groupe au moment où les avancées thérapeutiques majeures font cruellement défaut à des laboratoires en quête de « blockbusters », ces molécules qui rapportent plus de 1 milliard de dollars de recettes par an. Pris indépendamment l'un de l'autre, Aventis et Sanofi-Synthélabo ont « peu de produits à lancer en 2006-2007 », notait en septembre dernier la société de Bourse Exane. Ensemble, ils pourront mettre sur le marché 8 nouvelles molécules, soit un niveau « très largement comparable » à celui du suisse Novartis.

Cinquante-deux projets de développement chez Sanofi-Synthélabo, et une quarantaine chez Aventis (au comptage d'octobre dernier) : en quantité, l'examen des portefeuilles laisse un léger avantage au plus petit des deux groupes, preuve que la productivité de la R&D n'est pas systématiquement corrélée à la taille du laboratoire. Mais l'argument de la taille critique, avancé par le patron de Sanofi-Synthélabo, Jean-François Dehecq, pour justifier l'opération, n'en demeure pas moins pertinent. « Sanofi-Synthélabo a toujours eu beaucoup de molécules dans son portefeuille, mais peu de moyens pour les développer, et le rapprochement avec Aventis aurait un effet de levier financier considérable », souligne un analyste parisien.

Faible crédibilité d'Aventis
La différence entre les deux groupes se creuse plus sur le plan qualitatif, où les avis des analystes financiers convergent : le pipeline d'Aventis est « très faible », et celui de Sanofi-Synthélabo, avec 9 molécules en phase finale d'essais cliniques (phase III) et 8 produits dont l'expérimentation est déjà bien avancée (phase II b), est jugé en général « plus prometteur ».

« Le plus grand reproche fait à Aventis aujourd'hui est la faible crédibilité de sa recherche », note l'étude d'Exane, en qualifiant son pipeline d'« incertain ». Ayant parié, plus que ses concurrents, sur les promesses, non tenues, de la recherche génétique, Aventis a enregistré des retards dans ses programmes, et a dû adopter une stratégie de prises de licence auprès d'autres laboratoires pour combler ses manques. Aux yeux des analystes, sa R&D est « désorganisée » et plus coûteuse que la moyenne (600.000 dollars dépensés par employé et par an, contre 200.000 à 300.000 dollars chez Sanofi-Synthélabo, qui jouit d'une image d'efficacité).

Malgré l'apparente profusion de lancements (13 entre 2004 et 2006, dont Ketek), Aventis ne procédera qu'à une mise sur le marché majeure, celle d'une des premières insulines inhalées contre le diabète, Exubéra, dont le chiffres d'affaires potentiel est estimé par Natexis Bleichroeder à 2 milliards d'euros. Mais, pour l'instant, peu d'informations ont filtré sur le succès du développement. Le groupe d'Igor Landau a d'ailleurs décidé d'avancer au 5 février la présentation de son pipeline, initialement prévue en mai, ce qui augure de bonnes nouvelles.

Bénéficiant d'une meilleure image au sein de la communauté financière, le contenu du portefeuille de Sanofi-Synthélabo est néanmoins aussi critiqué par Exane. Après l'échec de l'antithrombotique Arixtra _ que le laboratoire vendra en cas de succès de son offre sur Aventis _, le pipeline est « de plus en plus dépendant » du succès du Rimonabant dont le lancement est prévu en 2006 dans l'obésité et le sevrage du tabac. Sanofi-Synthélabo est en outre assez axé sur les troubles du système nerveux central, un domaine jugé très risqué en matière de recherche (13 projets sur 52), et le « nombre très élevé d'approches innovantes », selon Exane, se traduit aussi par des échecs plus nombreux.

LAURENT FLALLO


De douze à quinze ans entre la découverte et la mise sur le marché
Le développement d'une molécule, entre sa découverte et sa mise sur le marché, s'effectue à travers plusieurs phases. Après validation in vitro ou sur des animaux, la molécule est testée sur des populations humaines de tailles croissantes (une centaine en phase I, plusieurs milliers en phase III). Puis elle fait l'objet d'une demande d'autorisation de mise sur le marché (AMM). Le processus peut durer de douze à quinze ans et son coût est de 800 millions de dollars en moyenne. Les échecs sont nombreux. On estime à un millier le nombre de molécules en développement dans le monde actuellement, alors que 38 demandes d'AMM seulement ont été déposées l'an dernier en Europe et une trentaine aux Etats-Unis.

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