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16/03/04 : l'avenir du Plavix au coeur de la polémique entre Sanofi-Synthélabo et Aventis
Alors qu'Aventis rejette l'OPA de Sanofi-Synthélabo en soulignant notamment les risques entourant son deuxième médicament, le sort de cet antithrombotique est entre les mains d'un juge américain. Ce dernier doit décider dans les prochains mois si deux fabricants de génériques peuvent ou non copier le produit de Sanofi.
L'avenir du Plavix, le médicament vedette de Sanofi, se trouve au coeur de la polémique entre le groupe pharmaceutique français et son rival, Aventis, sur lequel il a lancé une offre publique hostile d'environ 48 milliards d'euros. La direction de ce dernier rejette l'OPA en mettant notamment en avant les incertitudes autour de ce traitement contre la thrombose, potentiellement menacé par la concurrence des génériques, martelant que son concurrent risque fort de perdre le procès qui l'oppose à deux fabricants de générique et de voir son Plavix copié. Cette situation entraînerait un effondrement de ses ventes et une chute de l'action.
De son côté, le PDG de Sanofi-Synthélabo continue d'affirmer qu'il reste confiant. Le dossier a été récemment repris par Sidney Stein, un juge américain du tribunal du district sud de New York. Une première audience doit se tenir le 31 mars. Le Plavix semblait initialement disposer d'un avenir radieux. Découvert dans le centre de recherche de Toulouse, et commercialisé pour la première fois aux Etats-Unis en 1998, aux côtés de Bristol-Myers Squibb, il est rapidement devenu le deuxième plus important médicament du laboratoire français. Sa situation s'est brutalement assombrie début 2002. En février, le fabricant canadien de génériques Apotex dépose une demande d'autorisation d'enregistrement (Anda) auprès des autorités sanitaires américaines en vue d'en commercialiser une copie. En avril, c'est au tour de l'indien Dr. Reddy's de faire de même.
Pour se défendre, Sanofi-Synthélabo et Bristol-Myers Squibb lancent une procédure judiciaire contre les deux fabricants de génériques. Ces derniers contestent le brevet 265, qui protège le principe actif du Plavix (le clopidogrel) jusqu'en 2011, en arguant qu'il ne comporte aucune nouveauté réelle par rapport à un précédent brevet expirant en 2003. Ce dernier protégeait la famille de molécules à laquelle appartient le clopidogrel. Le brevet de 2011 porte, lui, sur le principe actif lui-même.
Les avocats d'Apotex et de Dr. Reddy's estiment qu'on pouvait déjà découvrir le principe actif du médicament à partir des données du premier brevet, et que celui de 2011 n'apporte rien de neuf. Les analystes restent confiants, estimant que Sanofi dispose d'arguments scientifiques solides.
Pourtant, les chances des « génériqueurs » sont loin d'être négligeables. Ces dernières années, les fabricants de génériques ont remporté 73 % des procès portant sur des médicaments dont les brevets n'avaient pas encore expiré, souligne un rapport de la Federal Trade Commission de juillet 2002. Jean-François Dehecq est conscient de ce risque. L'incertitude entourant le Plavix est sans doute l'une des raisons qui l'ont incité à chercher sans tarder à fusionner avec un concurrent.
Nouvelle ligne d'attaque
A l'automne 2003, Apotex affirme que le brevet 2011 n'est pas valable parce que Sanofi-Synthélabo aurait fait preuve de «
conduite inéquitable » en omettant certaines informations lors de son dépôt. Le français n'y aurait pas mentionné des informations sur le « process », qui figuraient dans une première version du brevet, soumise aux autorités américaines et rejetée. Le 26 janvier, l'accusation de «
conduite inéquitable » du fabricant est jugée recevable par le juge, qui demande au groupe français de fournir au canadien toute sa correspondance relative à l'affaire. La nouvelle passe inaperçue, car ce jour-là Sanofi-Synthélabo annonce son intention de lancer une OPA sur Aventis...
Lorsqu'ils découvrent l'information, début mars, plusieurs analystes sont désagréablement surpris. Le risque sur le brevet aurait augmenté du fait de cette attaque, qui porte désormais non plus seulement sur le fond mais aussi sur l'attitude de la société, relèvent une note de la Commerzbank et une autre de la Société Générale. D'autant que, dans un autre dossier, Sidney Stein a justement décidé en janvier que les brevets d'un laboratoire n'étaient pas valables en raison de la « conduite inéquitable » de celui-ci. Quel que soit le jugement rendu, il ne devrait cependant pas intervenir avant la fin de l'offre de Sanofi sur Aventis, prévue pour le moment début juin.
NATHALIE HALPERN
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