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Les industriels occidentaux veulent réduire leur présence en Europe de l'Ouest.
Voilà une nouvelle qui va apporter de l'eau au moulin des opposants à la mondialisation. Selon une enquête commandée récemment par l'académie des sciences américaine, les groupes industriels des pays industrialisés envisagent d'augmenter considérablement leurs investissements en Chine et en Inde dans le domaine de la recherche et du développement. Parallèlement, ils souhaitent réduire leur présence aux Etats-Unis et, plus encore, en Europe de l'Ouest.
Un bilan inquiétant
Ce bilan inquiétant est le résultat d'une enquête menée auprès de 250 entreprises occidentales (109 aux Etats-Unis, 122 en Europe et 19 d'autres pays) actives dans de nombreux secteurs industriels (chimie, agroalimentaire, communications, santé, énergie...). La plupart de ces industriels ont une grande expérience des implantations internationales et possèdent des activités de recherche importantes. Leurs intentions concernent uniquement les implantations futures. A priori, il ne s'agit donc pas de délocalisation de centres de recherche existants.
Près de 70 % des chefs d'entreprise interrogés anticipent une croissance de leurs investissements de recherche en Chine, et plus de 40 % d'entre eux misent sur l'Inde pour assurer leur expansion. En revanche, les prévisions de développement sont franchement négatives pour les Etats-Unis et l'Europe de l'Ouest. Près de 35 % des entreprises consultées prévoient en effet de réduire leurs activités de R&D en Europe occidentale et 20 % anticipent un mouvement de recul identique aux Etats-Unis.
Triple objectif
Les raisons invoquées pour ce changement de cap sont clairement de nature économique : il faut être présent sur les grands marchés émergents à forte croissance et marquer son territoire. En fait, les implantations de centres de recherche dans les pays émergents répondent à un triple objectif. C'est d'abord un gage de confiance donné ostensiblement aux consommateurs et aux décideurs locaux. C'est ensuite un poste d'observation avancé pour mieux comprendre les besoins du pays, adapter les produits aux goûts des autochtones et surveiller le marché et la concurrence.
Enfin, c'est un acte politique destiné au gouvernement. En lançant un message fort et clair du genre « votre pays est moderne, plein de ressources, nous croyons en son avenir et nous sommes là pour longtemps », on compte bien gagner quelques petits avantages concurrentiels. Dans de nombreux cas, les industriels n'ont d'ailleurs pas vraiment le choix. L'autorisation de s'implanter (et de vendre) dans un pays ne leur est donnée qu'à la condition d'y créer un centre de R&D, même symbolique. Dans ce cas, il s'agit plutôt d'un centre de support aux activités de production et de ventes.
Les enquêteurs ont également tenté de percer les critères pris en compte par une entreprise qui décide de localiser un centre de recherche dans un pays émergent (lire encadré ci-contre). Sans surprise, les arguments sont d'abord de nature économique. Les industriels visent d'abord les pays ou les zones promis à un fort potentiel de croissance. Viennent ensuite tous les paramètres qui concernent la vitalité technologique et industrielle du pays. Qualité et proximité des universités, présence de partenaires. Les décideurs attachent également une grande importance aux aspects juridiques, notamment à tout ce qui a trait à la propriété intellectuelle.
Les principaux critères de choix
- La proximité de personnels compétents dans le domainede la recherche ou du développement.
- La proximité du marché et des clients.
- La présence de partenaires industriels.
- La proximité d'universités offrant des possibilités de coopération avec le monde industriel.
- La qualité des travaux universitaires.
- L'existence de concurrents implantés dans la région.
- Le respect de la propriété intellectuelle par le système juridique du pays.
- Marché en forte croissance.
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Valorisation : la France accuse un retard de sept à dix ans « Aujourd'hui, la France innove moins que ses voisins et commence même à se voir distancée par l'Inde, la Chine et d'autres pays émergents. C'est un sérieux handicap dans un monde où l'innovation est devenue un avantage concurrentiel décisif. Pour inverser la tendance, nous devons exploiter nos inventions, valoriser les ruptures technologiques et les connaissances issues des laboratoires publics. En un mot, leur trouver des débouchés économiques. » Dans sa dernière analyse, l'Institut Montaigne jauge le système de valorisation de la recherche académique dans l'Hexagone et pose une question clé : « Comment en finir avec le gâchis français ? »
Selon l'institut parisien, « la France accuse un retard de l'ordre de sept à dix ans par rapport à l'Allemagne, la Belgique ou la Grande-Bretagne et d'une trentaine d'années par rapport aux Etats-Unis ou Israël. » Nombre de dysfonctionnements expliquent ce retard, à commencer par le refus de faire des choix et de piloter la recherche publique. « Contrairement à ce qui se passe dans le reste du monde, les créations de postes d'enseignants-chercheurs à l'université ne sont pas dictés par des choix stratégiques ou par la volonté d'orienter les efforts de recherche vers certains domaines considérés comme prioritaires. Ce sont les étudiants, lors de leur entrée à l'université, qui déterminent ces choix. »
Exemple significatif de cette dérive, entre 1996 et 2002, le nombre d'enseignants-chercheurs dans les sciences de la vie a diminué de 0,9 % et augmenté de 23,6 % dans les sciences humaines et sociales (SHS). La France forme ainsi autant de docteurs dans les SHS que le reste de l'Europe.
L'institut rappelle également que le handicap de la France ne vient pas uniquement d'un manque de moyens. « Les fonds publics sont souvent distribués de manière irréaliste et le levier financier n'est pas suffisamment utilisé comme un élément de motivation. » Les laboratoires publics sont aussi montrés du doigt pour leur frilosité à envisager d'autres formes de financement que la confortable dotation publique qui tombe tous les ans. Les chercheurs eux-mêmes n'échappent pas à la critique. Ils sont faiblement sensibilisés aux enjeux de la valorisation et un fossé les sépare de la société. « Ils sont encore nombreux à considérer que leur rôle est de faire avancer la science tout en refusant pour des raisons morales tout lien avec le monde économique. » |
ALAIN PEREZ
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