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Pour le moment, seuls le monoxyde de carbone, l'amiante, la fumée de cigarette ou le radon font l'objet de réglementations.
La pollution de l'air intérieur nuit à la santé. Ce n'est plus une hypothèse mais la première conclusion des recherches engagées en France sur cette nouvelle problématique depuis 2003.
En fin de semaine dernière, lors d'un colloque à La Rochelle sur le sujet, l'Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) a affirmé le lien entre la pollution de l'air des logements et l'asthme et la rhinite.
Cette étude épidémiologique est la première exploitation des données de la campagne de mesure de l'Obser- vatoire de la qualité de l'air intérieur (OQAI) menée entre 2003 et 2005. Les chercheurs ont comparé la présence de polluants prélevés dans les habitations et la santé des occupants des 486 foyers sélectionnés. Les statistiques ont révélé que les deux maladies respiratoires sont plus fréquentes en présence de composés organiques volatils (COV). Ces polluants sont des irritants, pouvant abaisser le seuil de déclenchement de la réaction allergique. L'asthme, en particulier, est associé avec le n-undécane, un hydrocarbure émis par exemple par le white-spirit ou les colles pour sols, et l'acroléine, un aldéhyde présent dans les fumées de cigarette et en cuisine.
Longtemps occultées par la lutte contre la pollution atmosphérique, les recherches sur la qualité de l'air intérieur portent donc leurs fruits.
Les chercheurs peuvent désormais compter sur les données de l'enquête française, devenue une référence dans le monde. De 2003 à 2005, une centaine d'experts ont piloté une étude sur 570 logements représentatifs des 24 millions de résidences principales françaises. Le décryptage des données a pris du retard à cause du délicat traitement statistique des mesures et des questionnaires. Dans les logements sélectionnés, les enquêteurs ont mesuré les concentrations de polluant dans chaque pièce durant une semaine de vie. Leurs habitants, 1.612 personnes, ont précisé avec 600 questions leurs pratiques quotidiennes (aspirateur, cuisson, ménage...) et leur état de santé.
Estimations des effets
Les chercheurs n'ont jusqu'ici publié que les mesures de polluants. D'ici à quelques semaines, ils disposeront des corrélations entre les mesures et les questionnaires. « On retrouve la totalité des 30 substances recherchées, sauf deux COV, dans tous les logements, mais 10 % des habitations posent vraiment problème, car elles concentrent fortement jusqu'à 8 composés. Nous voulons comprendre d'où vient cette pollution multiple », explique Séverine Kirchner, responsable scientifique de l'OQAI. A contrario, 45 % des logements français présentent des niveaux de concentration très faibles pour tous les polluants mesurés. La suite logique de ce travail sera donc la définition d'indicateurs de qualité de l'air. Les premières analyses ont, par exemple, montré que quatre groupes de polluants sont souvent réunis, alors que trois autres polluants ne sont pas corrélés.
Les données d'expositions vont aussi permettre de définir le niveau de risque auquel est exposée la population française. Les agences sanitaires détiennent pour chaque dose d'un polluant les estimations des effets sur la santé et les risques. Ce travail a été effectué dans le passé sur quelques substances comme le plomb. Une expertise de l'Inserm en 1999 révélait que 150.000 enfants y étaient exposés en France dans leur logement. Mais la moyenne des doses qu'affrontent les enfants est de 36 microgrammes par litre d'air, soit trois fois moins que les doses menant au saturnisme. Entre 100 microgrammes et la dose mortelle de 2.000 microgrammes de plomb, les pathologies sont très diverses et touchent tout le corps.
Les mesures de la campagne ont montré que le formaldéhyde est désormais le polluant à cibler en premier. Ce composé organique se trouve dans toutes les pièces des logements et 22 % des habitations dépassent la valeur maximale proposée au niveau européen. Sa toxicité est connue : l'OMS l'a classé en 2004 parmi les cancérigènes avérés. A la lumière de l'enquête, les chercheurs veulent comprendre quelles sont les sources principales de formaldéhyde, si l'aération suffit à les diminuer, etc. Ce sera une étape essentielle pour envisager des mesures et des normes. Pour le moment, seuls le monoxyde de carbone, l'amiante, la fumée de cigarette ou le radon font l'objet de réglementations. Le même travail sera mené sur les moisissures, que l'on retrouve dans de nombreuses pièces trop humides. Elles sont considérées comme de puissants allergènes. L'effet sanitaire de ces champignons étant mal connu, l'Observatoire régional de santé d'Ile-de-France va lancer une enquête épidémiologique sur 150 logements.
Des études sur les enfants
L'Observatoire de la qualité de l'air intérieur va également concentrer ses efforts sur les enfants. A la fin de cette année, des enquêtes seront lancées sur leurs autres lieux de vie que sont les écoles et lieux de garde. « Des travaux précédents ont montré que les classes scolaires sont des pièces très peu aérées, alors que les enfants y passent beaucoup de temps », déplore Séverine Kirchner. Les chercheurs veulent en particulier évaluer le comportement des adultes vis-à-vis de la pollution. Des capteurs seront installés dans les classes et indiqueront simplement le degré de confinement des classes. Le témoin restera grossier, puisqu'il s'agira du dioxyde de carbone, mais il permettra de connaître la pratique de l'aération en connaissance de cause. Un premier pas vers l'élaboration de stratégies pour inciter à la prise en compte de la pollution intérieure. L'air d'autres lieux de fréquentation des enfants et des adolescents, comme les bars, sera également analysé. Dans les piscines, les chimies de traitement de l'eau favoriseraient l'asthme. Dans les patinoires, les surfaceuses sont suspectées de créer des intoxications.
La directive européenne REACH, qui entre actuellement en vigueur, laisse entrevoir le travail qui reste. Si l'enquête française n'a insisté que sur 30 substances, quelque 30.000 molécules sont encore susceptibles d'être étudiées. Plusieurs d'entre elles ont déjà des effets sanitaires connus, comme les retardateurs de flamme bromés ou les pesticides, mais l'enquête nationale ne les avait pas retenus en raison de la difficulté et du coût de leur mesure.
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Hiérarchisation des polluants intérieurs
- 7 substances « hautement prioritaires » : formaldéhyde, benzène, acétaldéhyde, particules, radon, ester de phtalate et dichlorvos.
- 12 substances « très prioritaires » : dioxyde d'azote, allergènes de chien, d'acariens, toluène, trichloroéthylène, plomb, tétrachloroéthylène, dieldrine, allergènes de chat, aldrine et monoxyde de carbone, paraffines chlorées à chaîne courte.
- 51 substances « prioritaires » parmi lesquelles des biocides, les champs électromagnétiques très basse fréquence, des composés organiques volatils, des éthers de glycol, les endotoxines et les fibres minérales artificielles, les esters de phtalate, les organoétains, les retardateurs de flamme bromés. |
MATTHIEU QUIRET
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