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La santé vaut-elle un débat ? Alors que le sujet nous concerne dans ce que nous avons de plus intime, la question n'est pas au coeur du débat électoral ! Pudeur, tabou, trop compliqué, politiquement incorrect ? Tout le monde semble vouloir l'éviter.
Et pourtant, que d'informations sur la grippe aviaire, le classement des hôpitaux, les dégâts du cancer, les progrès des thérapeutiques, les déficits des comptes sociaux : la santé fait vendre.
Eviter le débat sur la santé tel qu'il est articulé autour des trois questions évoquées par les industriels du médicament dans leur manifeste « Le médicament, un atout pour la France » hypothéquerait les chances d'une réflexion démocratique décisive pour chacun des citoyens !
- La santé est-elle la priorité des décideurs politiques ?
- L'économie de santé est-elle créatrice de valeur et de richesses pour le pays ?
- Dans la compétition internationale en phase de mutation profonde, la France veut-elle continuer à jouer un rôle de premier plan dans cette économie de santé ?
Les équilibres du système sont fragiles et le médicament, pivot du progrès thérapeutique, est un élément structurant de cette architecture !
Aujourd'hui, les déficits des comptes sociaux ont pris le pas sur la santé et le combat contre la maladie. L'équation est devenue comptable. Moins d'argent pour une santé minutieusement comptée, alors que la santé, son économie, ses industries sont une chance pour le pays et participeront à la croissance du PIB. De nombreux économistes évoquent une croissance du secteur santé atteignant les 12 % à 15 % du PNB dans la zone OCDE avec un rythme d'évolution qui dépassera largement celui de la richesse nationale, vieillissement et progrès des technologies obligent ! C'est un jeu gagnant-gagnant, car, à la clef, il y a la qualité de la vie, les progrès thérapeutiques et le niveau d'activité économique ! Le moment est venu de rompre avec l'approche malthusienne qui s'est imposée dans les esprits depuis une décennie.
Le défi des années 2010 autour des progrès thérapeutiques dépend des décisions des politiques dans un monde où les innovations ne sont pas automatiques, comme le démontre malheureusement le nombre de découvertes insuffisant dans plusieurs domaines, tels que l'antibiothérapie et même les maladies dégénératives.
Les communautés scientifiques, académiques ne cessent d'alerter sur l'importance stratégique des sciences de la vie au XXIe siècle.
Les Américains, les Anglais, les Indiens et les Chinois consacrent des sommes considérables dans ce domaine à l'égard desquelles nos pôles de compétitivité apparaissent très modestes.
La compétitivité se joue au niveau des pays. La France a des atouts réels : qualité de ses chercheurs, expertises industrielles réglementaires, administratives. Les citoyens attendent de leurs futurs décideurs qu'ils les fassent participer à l'ambitieuse compétition pour la santé.
La réunion récente du Conseil stratégique des industries de santé, organisée entre les ministres de la Santé, de l'Industrie et les industriels, a démontré qu'on pouvait dégager une vision commune de ces enjeux. Etat et industrie s'engagent à « piloter l'avenir » avec la volonté de voir loin, grand et de façon durable dans un champ d'investissement qui peut être comparé à ce que furent les choix en faveur du nucléaire ou de l'aéronautique, il y a plusieurs décennies.
L'intérêt du débat électoral pourrait être de faire émerger un nouveau consensus sur une « volonté collective », de faire de la santé une priorité de notre développement, allant du patient à l'Etat, en impliquant les acteurs de santé solidaires, médecins, pharmaciens, professionnels de l'hospitalisation et du soin, représentants des patients et industriels, soit plus d'un million et demi de personnes directement concernées par ces sujets dans leurs activités au quotidien. Et, au-delà, ce sont 60 millions de Français qui sont concernés par ce débat sur l'importance de consacrer à la santé la première place dans nos budgets, au détriment d'autres devenus moins déterminants s'il le faut. Oui, la santé vaut bien quelques prises de position claires de la part de ceux qui aspirent aux plus hautes destinées du pays. Nous les attendons.
CHRISTIAN LAJOUX
CHRISTIAN LAJOUX est président des Entreprises du médicament.
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