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En France, les hépatites virales chroniques touchent plus de 600.000 personnes, mais moins de 400.000 connaissent leur situation. » Les hépatites virales font partie de ces maladies évolutives qu'il faut détecter le plus tôt possible pour avoir une bonne chance de les guérir ou de les contrôler. Samedi, les professionnels de la santé se mobilisent dans 42 villes de France pour sensibiliser le grand public au dépistage. « Les hépatites chroniques virales sont des infections transmissibles, souvent silencieuses et encore mal connues du grand public » , rappelle Michel Bonjour, président de l'association « SOS hépatites » qui défend les intérêts des malades.
Cette journée d'information concerne les formes les plus fréquentes de l'infection par les virus de type B et C. Pour ces pathologies à évolution lente (parfois plusieurs dizaines d'années), les spécialistes cherchent à identifier les porteurs avec un objectif plein de bon sens : « traiter au bon moment avec la bonne dose ». Plusieurs molécules apparues ces dernières années ont totalement changé la prise en charge des malades, entraînant des résultats spectaculaires. « Pour les hépatites C, le taux de guérison est passé de 5 à 10 % à près de 60 % au cours des dix dernières années » , précise Stanislas Pol, hépatologue à l'hôpital Necker à Paris.
Ces deux formes de maladies chroniques du foie sont particulièrement sournoises. « Le patient porteur chronique du VHB ou du VHC ne ressent aucun symptôme pendant des années ou des dizaines d'années. La maladie apparaît lors de complications qui sont parfois mortelles comme la cirrhose ou le cancer du foie » , explique le professeur Jean-Pierre Zarski, président de la Fédération nationale de pôles de référence et réseaux hépatites (FPRH).
Sauf exception rare, on ne sait toujours pas éliminer définitivement le VHB d'un organisme infecté. Les traitements permettent de bloquer la réplication virale et d'éviter les complications. En revanche, il est possible de venir à bout du VHC, grâce à l'association de deux traitements (interféron pégylé + ribavirine). En fait, les deux virus agissent très différemment. Le type B réussit à intégrer son matériel génétique dans les cellules du foie (hépatocytes) et cette altération du génome cellulaire est irréversible. Le C suit un autre cycle. Pendant des années, il se multiplie dans l'organisme sans faire de bruit (en mode asymptomatique). Le VHC possède également la capacité d'échapper au système immunitaire en déguisant son enveloppe extérieure. Il existe en plusieurs versions (génotypes de 1 à 6) exigeant des traitements différents.
L'Hexagone compte environ 300.000 porteurs chroniques du VHB, dont environ la moitié a été dépistée. Le diagnostic de cette MST (maladie sexuellement transmissible) est relativement facile (par dosage des anticorps dans le sang) et son évolution peut être fatale : hépatite fulminante (rare), cirrhose, cancer du foie. Dans ces cas extrêmes, la seule solution est la transplantation hépatique, qui est une opération lourde. « Mais nous disposons d'un vaccin très efficace et très bien toléré » , assure Jean-Pierre Zarski. Malheureusement, en France, ce vaccin a été soupçonné (à tort) d'effets secondaires graves qui ont terni son image. « La France a pris un grand retard. Seulement 30 % des enfants sont vaccinés » , regrette Jean-Pierre Zarski. L'arsenal thérapeutique s'est récemment enrichi d'un nouvel antiviral (entecavir) qui résout les nombreux problèmes de résistance rencontrés avec les solutions précédentes (lamivudine et adéfovir).
Les progrès récents concernent également les techniques d'évaluation de la maladie. La biopsie, tant redoutée des malades (prélèvement de cellules du foie) peut désormais être remplacée (dans certains cas) par deux techniques non invasives : le Fibroscan et le Fibrotest. La première mesure, par le biais d'une sonde externe, l'élasticité du foie et cette valeur révèle le niveau de fibrose de l'organe. La seconde est un test sanguin. « Tous les tests ont leurs limites et aucun n'est fiable à 100 %, mais ces méthodes sont maintenant homologuées » , rapporte le professeur Jean-Claude Trinchet, de l'hôpital Jean-Verdier à Bondy, près de Paris. Reste posé le problème de l'observance des traitements par les malades. Ce facteur est comme pour toutes les maladies chroniques un des points clefs de la réussite. En informant les malades, les professionnels tablent sur un effet induit de la communication médicale : « Un patient informé et motivé se soigne mieux. »
Transmission par voie sexuelle ou sanguine
· Entre 600.000 et 700.000 personnes sont contaminées par les virus des hépatites B ou C en France.
· L'hépatite C touche environ4.000 à 5.000 nouveaux patients par an et est responsable de 4.000 décès.
· Au moins 300.000 personnes sont infectées par le VHB.
· On compte 500 nouvelles contaminations et 1.000 à 1.500 décès par an dus à l'hépatite B.
· Le VHB se transmet par voie sexuelle ou sanguine.
· Dans 90 % des cas, il est éliminé spontanément par l'organisme.
Quels sont les facteurs de risque ?
Selon les experts de la maladie, il existe d'importants facteurs de risque d'infection par le virus de l'hépatite B pour les personnes ayant été exposées à l'une des circonstances suivantes : transfusion sanguine (avant 1991), utilisation de drogues injectables avec partage du matériel (seringues, aiguilles, cuillères...), opération chirurgicale majeure ou soins dentaires, hospitalisation pour des soins lourds, mère porteuse du VHB, partenaire porteur, un des membres de la famille porteur du virus, examens médicaux transcutanés ou recours à l'acupuncture, usage de piercing ou de tatouage, séjour en milieu carcéral. Une seule réponse positive suffit pour entraîner un risque d'infection et justifie un dépistage. Les femmes enceintes ont également intérêt à connaître leur statut sérologique, la transmission de la mère à l'enfant étant possible au moment de l'accouchement. Un traitement dans les vingt-quatre heures suivant la naissance et une vaccination peuvent éviter la contamination du nourrisson. Près de 90 % des personnes infectées dans l'enfance développeront une hépatite chronique à l'adolescence pouvant évoluer vers des formes plus graves.
ALAIN PEREZ
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