Cela représente une économie de 52 millions d'euros pour la Sécurité sociale, mais c'est moins que les 63 millions prévus. Selon les derniers chiffres disponibles, qui remontent à 2003, un Français en consomme deux fois plus qu'un Allemand et trois fois plus qu'un Néerlandais. Malgré une nette baisse du nombre de boîtes vendues ces dernières années (-13 % entre 2002 et 2005, à épidémies constantes), l'Hexagone reste « le premier consommateur d'antibiotiques en Europe », souligne l'assurance-maladie.
Cette exception française pose d'abord des problèmes de santé publique. « Un tiers de la consommation est inapproprié », estime la Caisse nationale d'assurance-maladie (CNAM). Les anti-infectieux sont souvent prescrits « pour des maladies virales alors qu'ils ne soignent que les maladies bactériennes » . Cette surconsommation entraîne « un taux de résistance élevé aux antibiotiques, particulièrement chez les jeunes enfants ».
Le problème est aussi économique. Même si les antibiotiques ne représentent que 4 % du marché français du médicament, ils coûtent plus de 600 millions d'euros par an au régime général de la Sécurité sociale. Et les médecins français prescrivent massivement les molécules de dernière génération, « nettement plus coûteuses ». Il s'agit des macrolides, comme le Zithromax de Pfizer, et des céphalosporines de 3e génération, comme l'Orelox de Sanofi-Aventis. Ces deux catégories sont de 6 à 17 fois plus chères que l'amoxicilline (le Clamoxyl et ses versions génériques). Afin de réduire la consommation, l'assurance-maladie démarche les médecins pour les convaincre de moins prescrire ces médicaments coûteux. Et poursuit sa campagne d'information du grand public.
L'Orelox a représenté à lui seul 79 millions d'euros de remboursements pour la Sécurité sociale en 2005, ce qui en fait l'antibiotique le plus coûteux pour la collectivité. Directeur des opérations commerciales de Sanofi-Aventis France, Jacques Cessot reconnaît que les Français sont de « gros consommateurs » et que les mesures prises par la CNAM « vont dans le bon sens » . Mais « on est en train de passer du « prescrire mieux » au « prescrire moins cher », s'inquiète-t-il. Les prescriptions de génériques de l'amoxicilline « augmentent à nouveau depuis un an », souligne-t-il. Ce qui est bon pour les caisses de la Sécu, mais beaucoup moins du point de vue de la santé publique, estime-t-il.
VINCENT COLLEN
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