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Current entry 151.  Les aléas des médicaments contre l'obésité
La mise au point de médicaments capables de contrer les effets de l'obésité se heurte aujourd'hui à de nombreux obstacles conceptuels...30/10/06


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Résumé

La meilleure réponse à l'augmentation de l'obésité chez les enfants, préoccupante aux Etats-Unis, reste une surveillance étroite de leur alimentation couplée avec la pratique d'activités physiques.

Mettre au point un médicament efficace contre l'obésité est aussi complexe que d'envoyer la navette spatiale dans l'espace. » L'analogie paraîtra curieuse, mais elle résume bien la situation. Les résultats publiés ce mois-ci dans la revue « Cell Metabolism » révélant l'échec d'un candidat médicament du laboratoire américain Merck confirme la difficulté de l'exercice. En fait, la médicalisation du surpoids semble se heurter à des obstacles conceptuels insurmontables avec les connaissances actuelles. Ce n'est pas faute d'efforts ou de moyens déployés. Depuis une dizaine d'années, l'industrie pharmaceutique investit des montants considérables dans la recherche de traitements contre « l'épidémie du XXIe siècle ». Les travaux visent une direction principale : intercepter le signal biochimique qui déclenche l'envie irrépressible de grignoter une barre chocolatée de 300 calories en regardant la télé. Logiquement, la découverte de ces cibles mène tout droit à la production de « blockbusters », c'est-à-dire des médicaments dont le chiffre d'affaires dépasse le milliard d'euros par an.

Il s'agit là de l'un des plus juteux marchés de toute l'histoire de la pharmacie. Entre un quart et un tiers de l'humanité est atteinte d'embonpoint plus ou moins invalidant. Toutes les institutions en charge de la santé, à commencer par l'Organisation mondiale de la santé, lancent des cris d'alarme contre ce fléau insidieux. Mais ces messages rencontrent peu de succès. En France, la dernière enquête publiée en septembre confirme une augmentation de 5,7 % par an des cas d'embonpoint excessif au cours des dix dernières années. Pire encore, ces désordres du métabolisme concernent souvent des adolescents et des enfants qui s'installent tôt dans leur vie dans une situation de surpoids chronique. Outre les problèmes psychologiques liés à la mise à l'index des gros dans la société, l'obésité est un facteur de risque supplémentaire pour de nombreuses pathologies, comme le diabète de type 2, les maladies cardio-vasculaires ou l'hypertension artérielle.

 

Des stratégies d'évitement

C'est une équipe de chercheurs du laboratoire Merck qui a mis les pieds dans le plat : « La molécule MK-0557 qui avait donné de bons résultats sur la souris n'entraîne pas de perte de poids significative chez l'homme. » Derrière ce communiqué sibyllin se cache un échec patent. Après dix ans de recherche, la molécule miracle, censée bloquer un récepteur présent à la surface de certains neurones stimulant l'appétit, ne produit qu'un effet limité. « Statistiquement significatif mais à peine supérieur à celui d'un placebo » indique la communication parue dans « Cell Metabolism ». Les patients qui se sont prêtés aux essais cliniques ont perdu en moyenne 1,6 kg au bout d'un an de traitement. Les responsables de l'étude ont conclu que cet essai était négatif.

Ce résultat pourrait révéler des troubles plus sérieux. De nombreux chercheurs pensent désormais que la mise au point d'une molécule agissant sur un seul récepteur est une impasse. Face à un phénomène aussi complexe que la relation de l'être humain avec la nourriture associant le besoin au plaisir, les monothérapies semblent peu efficaces. Il y a quelques années, les laboratoires s'étaient précipités sur une piste qui n'a pas tenu ses promesses : la leptine. Cette hormone naturelle est synthétisée par l'organisme vers la fin du repas et induit la sensation de satiété. C'est elle qui dit au cerveau : « J'ai assez mangé ».

Pour Michael Cowley, professeur en neurosciences à l'université de Portland, le bilan de plusieurs échecs de même nature est clair : « Les monothérapies sont sans réel effet. Des approches combinées offriraient peut être une solution pour soigner le milliard de personnes touchées par l'obésité et la surcharge pondérale dans le monde. » Ce discours remet les compteurs à zéro et va probablement obliger les scientifiques à un aggiornamento drastique.

En fait, on découvre dans le traitement contre l'obésité ce que l'on sait déjà pour d'autres maladies : la cellule dispose d'une extraordinaire habileté pour contourner un feu rouge en faisant appel à des stratégies d'évitement. L'analogie avec un plan de métro met bien en évidence cette subtilité. Pour se rendre d'un point à un autre de Paris, il existe plusieurs chemins. En règle générale, on emprunte le plus court, mais en cas d'incident on peut choisir une voie alternative, quitte à perdre un peu de temps. La cellule fait de même. Quand un récepteur est bloqué par un médicament, elle trouve un chemin de traverse. Les cancérologues et les spécialistes du VIH connaissent bien cette aptitude de la cellule à « échapper » à un traitement.

Les biologistes en charge de l'obésité disposent-ils des concepts pour contrôler la chaîne de messages très complexe régulant la sensation de faim ? Au cours de l'évolution, l'organisme s'est structuré pour stocker le plus possible d'énergie sous forme de graisses, en prévision des inévitables famines qui ont émaillé l'histoire de l'humanité. Ce réflexe de survie primaire ignore les éventuels effets secondaires, esthétiques ou pathologiques, d'une surcharge pondérale. Rendu modeste par les résultats, Steven Heymsfield, le chercheur de chez Merck qui a coordonné l'étude, a résumé la situation d'une formule lapidaire : « Le meilleur moyen actuel pour perdre du poids est de manger moins. »  

Ce revers ne fait pas les affaires du laboratoire américain. Il n'arrange pas non plus les malades et les responsables de la santé publique, qui voient monter avec inquiétude la marée des gros. « L'augmentation de l'obésité chez les enfants ressemble à un tsunami menaçant les Etats-Unis » , n'hésitait pas à dire l'an dernier le pédiatre américain David Ludwig, responsable d'un programme de lutte contre l'embonpoint infantile à Boston. Selon plusieurs études américaines (controversées), le surpoids désormais massif de la population des Etats-Unis pourrait conduire à une baisse de la durée de vie de deux à cinq ans. Résultat, pour la première fois dans l'histoire du pays, les jeunes générations pourraient vivre moins longtemps que leurs parents.

 

Une piste pour bloquer les sucres

Des gènes identifiés

Une équipe de chercheurs américains de l'université de Dallas travaille depuis cinq ans sur une nouvelle piste : la dégradation des sucres lors de la digestion et leur conversion en acide gras stocké dans les adipocytes. En fonction des besoins énergétiques, l'organisme dégrade les sucres de l'alimentation. Après passage dans le sang, ces sucres simples sont soit utilisés directement, soit stockés en faible quantité dans le foie (sous forme de glycogène), soit transformés en graisses (pour un usage ultérieur). Une protéine particulière connue par le sigle ChREBP (Carbohydrate Response Element Binding Protein) semble jouer un rôle essentiel dans cette réaction. Les chercheurs américains ont identifié plusieurs gènes codant pour ce facteur jouant un rôle majeur dans le contrôle de l'appétit. La mise au point d'une molécule inhibant ce signal permettrait peut-être de réguler la prise d'aliments.

 

ALAIN PEREZ

Tous droits réservés (2006) LES ECHOS

Source
Les Echos
Date publication
30/10/06
 Thèmes
  Santé

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