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La nature ne connaît pas le sens du mot justice, pas plus qu'elle ne se préoccupe de l'égalité des chances face aux agents infectieux. L'efficacité du système immunitaire est un exemple frappant de cette indifférence à la maladie. En France, un enfant sur 5.000 naît chaque année avec un déficit immunitaire grave qui paralyse l'armée des fantassins cellulaires chargés de veiller à l'intégrité de son organisme. Mais en réalité, ces insuffisances concernent pratiquement tout le monde, avec des degrés de gravité variables. « Nous possédons tous un déficit immunitaire héréditaire, notamment contre les maladies infectieuses. Il est plus ou moins masqué par l'action des vaccins ou des antibiotiques » explique Jean-Laurent Casanova, du service d'immunologie et d'hématologie pédiatrique de l'hôpital Necker-Enfants malades à Paris.
C'est au cours des grandes épidémies du passé comme la peste ou la variole que cette vérité est apparue au grand jour. Certains passaient miraculeusement à travers ces fléaux, alors que d'autres tombaient comme des mouches. « Jusqu'au début du XXe siècle, l'espérance de vie moyenne à la naissance était de vingt-deux ans. Neuf fois sur dix, les gens mouraient de maladies infectieuses », rappelle le professeur Patrick Berche, doyen de la faculté de médecine René-Descartes à Paris. Récemment, la fondation Wyeth a réuni quelques-uns des meilleurs immunologistes français autour d'un sujet plus que jamais d'actualité : « Nous ne sommes pas tous égaux devant les agents infectieux ».
En règle générale, le système immunitaire fait bien son boulot. Grâce à une action en deux temps (l'immunité innée et l'immunité adaptative), il extermine correctement les intrus qui tentent de parasiter le corps : bactéries, virus, pathogènes en tout genre. « Des centaines de millions de personnes ont été exposées au virus de la grippe aviaire et seulement 127 malades ont perdu la vie (*). C'est peut être le résultat d'une disposition particulière du virus H5N1. Ces patients étaient en quelque sorte prédestinés pour mourir de la grippe aviaire » remarque Patrick Berche.
Certaines de ces défaillances graves sont extrêmement rares et ne concernent qu'une personne sur un million. D'autres sont très répandues et ne sont pas bénignes pour autant. C'est le cas du sida.
Le VIH épargne quelques personnes très exposées (le plus souvent des prostituées), alors que la majorité des malades est contaminée lors d'un premier contact. Dans presque tous les cas, le système immunitaire est incapable de contrôler ce rétrovirus au comportement très inhabituel (il s'attaque aux cellules chargées de le détruire). Cette donnée explique la difficulté rencontrée par les chercheurs pour mettre au point un vaccin préventif ou thérapeutique. En fait, on ne connaît actuellement aucun cas de guérison spontanée à une infection au VIH. Une enquête va bientôt démarrer aux Etats-Unis afin de déterminer les facteurs biologiques ou génétiques qui donnent à certaines personnes la capacité d'empêcher la réplication du VIH.
Des opérations commandos
Les sentinelles de cette troupe biologique sont les cellules dendritiques. Elles isolent les pathogènes, les découpent en morceaux, puis isolent un fragment qu'elles brandissent à leur surface, comme le signe distinctif de l'ennemi. Récemment, une équipe mixte CNRS/Inserm/Institut Curie a mis en évidence le déroulement de ces opérations commando qui se déroulent tous les jours dans un organisme sain. « Si on assimile le système immunitaire à une armée, il est très intéressant de savoir comment se fabriquent ses soldats » résume le professeur Alain Fisher, de l'hôpital Necker-Enfants malades.
L'injustice se poursuit tout au long de la vie comme le confirme une enquête réalisée sur des centenaires par un institut spécialisé de Boston. L'état de santé de près de 800 personnes ayant atteint ce cap vénérable a été passé au crible, par une équipe de chercheurs.
Selon le coordonnateur des travaux, Thomas Perls, ces centenaires possèdent un avantage énorme : leur organisme est doté d'une résistance exceptionnelle aux maladies infectieuses, grâce à un système immunitaire en béton. Près de 40 % d'entre eux vivent depuis plus de vingt ans avec une maladie chronique installée et « maintenue sous contrôle » par les défenses de leur organisme. Conclusion : plus on vit longtemps, plus on a de chances de rester (relativement) en bonne santé. Devant ce résultat, les chercheurs américains ont décidé de lancer une enquête plus fouillée auprès d'un millier de familles dont les membres ont des longévités hors normes.
Outre le profil génétique de ces vieillards chanceux, il est prévu d'analyser leur environnement et leur comportement (habitudes alimentaires, hygiène de vie). L'objectif de ces travaux étant on s'en doute, de trouver des recettes pour « vieillir en pleine forme ». Un vieux rêve dont les clés multiples se trouvent aussi du côté de la génétique. Récemment, une équipe de l'université de Pittsburgh a découvert dans l'ADN de centenaires en bonne santé mentale et physique, neuf régions apparemment responsables de cette bonne fortune. Curieusement ce codage n'est pas le même chez les hommes et les femmes.
ALAIN PEREZ
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