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Cinq joueurs professionnels du Championnat d'Angleterre de football ont congelé auprès de la société CryoGenesis de Liverpool des cellules souches provenant du cordon ombilical de leurs bébés, dans le but de les utiliser pour traiter d'éventuels problèmes de cartilage ou de ligaments. Cette initiative a relancé le débat - après la congélation du cordon ombilical du bébé de l'infante d'Espagne - sur l'émergence d'un secteur privé dans ce domaine.
Le sang contenu dans le cordon ombilical est, en effet, riche en cellules souches sanguines. A terme, à condition de réussir à diriger leur différenciation, on pourrait envisager d'en dériver différents types de cellules (notamment musculaires, ligamentaires ou osseuses) à des fins de médecine régénérative.
Actuellement, les cellules souches sanguines servent à traiter les patients atteints de leucémies, constituant une alternative à la greffe de moelle. Ce traitement a été expérimenté avec succès pour la première fois en 1988 par l'équipe du professeur Eliane Glückman, chef du service hématologie et greffe de moelle osseuse à l'hôpital Saint-Louis, sur un enfant de sept ans atteint d'une maladie hématologique mortelle. Il a pu être sauvé grâce aux cellules souches provenant du cordon ombilical prélevé à la naissance de sa petite soeur. L'enjeu médical est donc important, à court comme à long terme. D'où l'idée de systématiser, dans les hôpitaux publics, avec l'accord des parents, la collecte des cordons ombilicaux, qui, sinon, sont considérés comme des déchets hospitaliers. Les cellules souches qui en sont extraites sont alors congelées pour constituer des banques dans lesquelles on peut puiser à des fins thérapeutiques.
Outre les 54 banques publiques reliées au plan mondial par le réseau NetCord, une soixantaine de banques privées ont émergé, en Asie et aux Etats-Unis mais aussi dans certains pays européens, comme l'Allemagne, avec par exemple la banque Vita 34. « Or elles constituent une concurrence, ou au moins une gêne pour les banques publiques, explique Eliane Glückman , alors que la pertinence de leur démarche n'est pas prouvée sur le plan médical. »
Répartition ou capitalisation
En effet, les banques publiques collectent les cordons sur la base de la gratuité et de l'anonymat du don, de telle sorte qu'ils puissent servir à n'importe quel malade (greffe hétérologue). Les banques privées, au contraire, proposent aux parents, moyennant finances, de congeler et stocker le sang de cordon de leur bébé afin qu'il puisse lui servir, à lui (greffe autologue) ou à sa famille, s'ils souffrent ultérieurement d'une maladie pouvant être soignée par ce biais. Par analogie avec les systèmes de retraite, on peut dire que les banques publiques fonctionnent sur un mode de répartition, tandis que les banques privées fonctionnent sur celui de la capitalisation. Or, « outre que les aspects de solidarité sont absents des banques privées, elles concurrencent les banques publiques pour la collecte de la ressource, poursuit Eliane Glückman. Il est pourtant important que les banques publiques disposent du plus grand nombre possible d'échantillons, car cela augmente les chances pour un patient lambda de trouver un échantillon compatible sur le plan immunologique ».
De plus, actuellement, l'intérêt médical de la transplantation autologue de cellules souches sanguines est très faible. En effet, si le patient est atteint d'une maladie sanguine héréditaire, il est très probable que les cellules extraites de son cordon ombilical soient, elles aussi, porteuses de la maladie. « Le principal argument des banques privées est donc de faire miroiter les perspectives de la médecine régénérative », explique Eric Halioua, consultant chez Arthur D. Little. Mais, même si cette perspective existe, l'échéance en reste inconnue et il n'est pas même certain que les bébés d'aujourd'hui puissent en bénéficier une fois adultes. Alors que des patients actuels pourraient parfois être sauvés en accédant à des cellules stockées dans les banques privées.
« D'où la demande des gestionnaires de banques publiques que soient imposées aux banques privées l'obligation de dire à leurs clients que la probabilité d'utilisation est très faible et de leur faire confirmer, tous les deux ou trois ans, leur volonté de poursuivre le stockage », explique Eric Halioua. En outre, il faudrait exiger des banques privées qu'elles se mettent au niveau de qualité des banques publiques afin que les cellules dont les parents renonceraient à financer le stockage puissent être récupérées, sans risque, par les banques publiques. Le recours à un organisme de certification unique et indiscutable est ainsi plébiscité pour assurer transparence et qualité.
CATHERINE DUCRUET
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