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Current entry 142.  Alzheimer : de nouveaux traitements en vue
De nouvelles classes de traitements contre la maladie d'Alzheimer ont été présentées au cours du congrès européen qui vient de se tenir à Madrid...26/07/06


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Résumé

Enfin de bonnes nouvelles sur le front de la lutte contre la maladie d'Alzheimer. Une série de molécules innovantes en phase finale de développement devraient bientôt compléter l'arsenal thérapeutique disponible pour prendre en charge les patients atteints de la forme légère ou modérée de la maladie. « Nous constatons une véritable explosion de nouvelles molécules mises au point par les industriels. C'est le résultat de près de vingt-cinq ans de recherche » , annonce Ralph Nixon, médecin de l'association Alzheimer américaine. En fait, les chercheurs tentent de stopper le processus de fabrication et d'accumulation de la protéine responsable de l'asphyxie des neurones (lire encadré). Les travaux se concentrent autour de 4 thèmes qui ont été largement débattus au cours de l'Icad, le congrès qui regroupe tous les deux ans les spécialistes de la maladie (International Conference on Alzheimer's Disease and Related Disorders). Les derniers chiffres publiés à Madrid confirment l'ampleur de la « catastrophe à venir », conséquence du vieillissement de la population. Selon l'Institut Karolinska de Stockholm, le coût total pour la société au niveau mondial atteindrait le total astronomique de 248 milliards de dollars.

Cette estimation prend en compte les coûts médicaux, sociaux et informels de la maladie. « Ces montants montrent à quel point l'impact de ce fléau pèse dans nos sociétés. Nous devons augmenter très sensiblement nos efforts de recherche et améliorer la politique de détection des malades. Si nous nous contentons d'attendre sans rien faire, nos systèmes de santé vont exploser » , note William Thies, en charge des relations scientifiques de l'association Alzheimer américaine.

Une autre enquête présentée à Madrid inquiète tout autant les spécialistes : le lien avéré entre comportements alimentaires, styles de vie et apparition de la maladie. D'après les travaux d'une université finlandaise spécialisée dans la nutrition (Kuopio), l'émergence des troubles cognitifs chez les personnes âgées est lié à leur consommation excessive de lipides ainsi qu'au manque d'exercice. Les gros consommateurs d'acides gras saturés contenus dans les graisses animales (notamment le lait) entre 50 et 60 ans développent plus souvent des MA quand ils vieillissent. Cette étude semble également confirmer l'évolution lente, voire très lente, du processus neurodégénératif (plusieurs dizaines d'années dans certains cas). Une enquête d'une université canadienne (Halifax) met en lumière le manque d'exercice et la prévalence des troubles.

 

Mécanisme plus original

Dans ce contexte, l'arrivée de nouvelles classes de médicaments est vécue avec soulagement par les gérontologues. Les traitements actuellement sur le marché (inhibiteurs de la cholinestérase) ont un effet modeste, tout en étant largement prescrits (voir tableau). Dans la majorité des cas, ces traitements symptomatiques (ils n'agissent pas sur les causes) permettent toutefois de gagner un ou deux ans sur la mise en institution des patients. Selon un nouveau bilan comparatif mené par un organisme britannique spécialisé (Nice), trois des quatre molécules actuellement sur le marché (donepezil, galantamine et rivastigmine) possèdent des efficacités sensiblement identiques pour les formes initiales de la pathologie. En revanche, selon Jacqueline Birks, qui a coordonné ces travaux (une méta-analyse portant sur 9.200 malades), le rapport coût-efficacité de ces produits « n'est pas évident ».

Plusieurs nouveaux médicaments devant arriver l'an prochain font appel à un mécanisme d'action plus original. C'est le cas de la molécule développée par l'américain Myriad Pharmaceutical de Salt Lake City. Ce laboratoire est une filiale de Myriad Genetics, connue pour ses démêlés avec la justice européenne avec ses brevets couvrant certains gènes de prédisposition au cancer du sein (BRCA 1 et 2). La société termine les essais cliniques d'un modulateur de la gamma secrétase (lire encadré). Il s'agit en fait d'une molécule déjà utilisée contre l'arthrite qui limite la production de la protéine toxique et réduit la formation de plaques.

Un essai de phase 3 auprès de 800 patients doit démarrer en septembre aux Etats-Unis, au Canada et en Europe. Selon Gordon Wilcock de l'Université d'Oxford qui a dirigé les travaux, les essais (contre placebo) montrent des effets positifs. « Il s'agit d'une nouvelle classe de médicaments. Les résultats devront être confirmés par des essais de phase 3 », estime le chercheur. Le PDG de Myriad Pharmaceutical, Adrian Hobden, est suffisamment confiant, malgré les risques financiers de l'opération : « Les essais cliniques des maladies neurodégénératives coûtent près de 20.000 euros par patient. Nous ne commercialiserons pas nous-mêmes ce produit, faute d'un réseau commercial à la hauteur. Nous cherchons un partenaire. Ce sera un grand industriel de la pharmacie qui se chargera des ventes et du marketing. »

 

Quatre pistes de recherche

La maladie d'Alzheimer provient de l'accumulation d'une protéine toxique et de l'enchevêtrement de fibrilles dans le cerveau. Ces agrégats entraînent la formation de plaques séniles, puis la mort des neurones et un déclin progressif des fonctions cognitives. C'est la production anormale et la concentration d'une protéine toxique (amyloïde Bêta 42) qui est responsable de cette dégradation progressive. Cette protéine est elle-même issue du découpage d'une autre protéine transmembranaire présente normalement dans les neurones (APP).

Cette opération de clivage en deux parties successives (dont le fragment toxique) est assurée par deux enzymes spécifiques (bêta et gamma secrétases). Cette cascade amyloïde est l'hypothèse désormais admise dans la communauté scientifique pour expliquer l'origine de la maladie.

Les chercheurs travaillent sur quatre pistes principales pour briser cette chaîne : les inhibiteurs spécifiques des enzymes de coupure de l'APP, la modulation de la gamma secrétase, des agents antiagrégants et l'immunothérapie (vaccin préventif et thérapeutique). Les deux premières familles de médicaments empêchent la coupure de l'APP en inhibant le fonctionnement des enzymes. La troisième réduit la production des fragments AB 42 (toxiques) au profit d'une autre protéine non toxique (AB 40) par le biais d'agents sélectifs (Sala) agissant sur l'enzyme gamma secrétase.

La piste de l'immunothérapie fait appel à la stimulation du système immunitaire. Convenablement éduqué, il fabrique des anticorps capables d'identifier et de détruire la protéine toxique. Les agents antiagrégants empêchent les fragments de s'agglomérer et donc de former les plaques qui asphyxient peu à peu les neurones. Selon une enquête américaine, la MA pourrait être détectée de façon précoce en mesurant la concentration de la protéine AB 42 dans le liquide céphalo-rachidien. Selon les chercheurs, une brusque baisse de cette valeur indique le signe d'un début de concentration de la protéine toxique. Ce dosage serait alors un marqueur biologique marquant le début (asymptomatique) de la maladie. 

 

ALAIN PEREZ

Tous droits réservés (2006) LES ECHOS

Source
Les Echos
Date publication
26/07/06
 Thèmes
  Santé
  R&D

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