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Champions de la recherche en oncologie, les Américains devancent largement tous les Européens avec 17,63 euros investis par an et par habitant. En France, la mise en place d'un plan gouvernemental, en mars 2003, a toutefois donné un coup d'accélérateur aux dépenses de R&D dans l'Hexagone. Actuellement, elles s'élèvent à environ 4,5 euros par habitant.
« Ce traitement est très efficace, mais il n'est pas fait pour vous. Malheureusement, vous n'avez pas le bon profil génétique. » Médecins et patients vont devoir s'habituer à ces jugements sans appel qui seront sources d'incompréhension et de méfiance chez les malades. Les nouveaux anticancéreux ciblés s'adressent en fait à des populations sélectionnées pour leur réceptivité naturelle à un principe actif. Cette approche, valable pour tous les médicaments, dépend en fait du génotype de chaque malade. La métabolisation d'une substance donnée varie de façon considérable selon les organismes, à la fois en termes d'efficacité et d'effets indésirables induits. Certains éliminent l'intrus instantanément, d'autres le stockent dangereusement. En fait, seulement une partie de la population comprise entre un tiers et la moitié des malades fait naturellement un « bon usage » d'un médicament. L'émergence du concept de « médecine personnalisée » donne à ce sujet une importance stratégique. Aux Etats-Unis, les industriels de la pharmacie, la FDA (Food and Drug Administration) et le monde de la recherche académique ont formé un consortium destiné à explorer ces applications futuristes. Il s'agit de répondre à une question essentielle : quels sont les signaux qui permettraient de prévoir l'évolution thérapeutique d'un malade ?
L'exercice n'est pas simple. Il faut d'abord trouver le bon indicateur comme une enzyme circulant dans le sang. Il faut aussi que sa concentration soit suffisante pour être mesurable. Il faut enfin mettre au point un appareil et une procédure dont la fiabilité est indiscutable et le coût raisonnable. Dans une récente publication parue dans la revue « Science » (*), deux chercheurs américains passent en revue les enjeux scientifiques, médicaux et industriels de cette discipline émergente. Selon ces experts, les médecins disposeront prochainement d'une batterie de puces à ADN sachant prévoir le futur en analysant un simple prélèvement. Mais ce « molecular profiling », très en vogue outre Atlantique, tarde à se mettre en place.
Bouleverser les techniques
En théorie, il suffit de mesurer le niveau d'expression de certains gènes (génomique) ou d'identifier les protéines contenues dans un échantillon biologique (protéomique) pour connaître l'évolution probable d'une tumeur. La comparaison de ces mesures avec une banque de données (qui reste à constituer) révèle en principe ce diagnostic prédictif. En réalité, les systèmes disponibles butent sur la complexité et la diversité du vivant qui ne se laisse pas facilement mettre en carte.
Il y a une dizaine d'années, la puce à ADN à 5 dollars semblait être à portée de main. Les industriels de la microélectronique qui disposent du savoir faire industriel pour fabriquer en masse ces composants, se frottaient déjà les mains en voyant arriver ce marché quasiment illimité du diagnostic jetable. Ce rêve est aujourd'hui sinon envolé du moins repoussé à des jours lointains.
Dans un récent rapport, la banque d'affaires californienne Burril & Company analyse en détail ce marché de la médecine personnalisée et du diagnostic moléculaire avec son cortège de PMI aux frontières de la biologie et de l'électronique. Une vingtaine d'entreprises se disputent déjà cette activité. Selon Burril, l'approbation en 2003 par la FDA de la première puce à ADN (AmpliChip CYP 450) confirme que le départ de la course a été donné. Près d'une quinzaine de détecteurs moléculaires ont été homologués en 2004, dont 5 concernent des cancers. « Ce concept autorise à la fois le diagnostic précoce et la démarrage des traitements au tout début d'une maladie. Le diagnostic moléculaire des maladies possède le potentiel pour bouleverser la gestion de la santé » indique ce document.
ALAIN PEREZ
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