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Le concept du « corps transparent » devient réalité, grâce aux techniques de post-traitement informatique des images et à la puissance de calcul des machines. Chez Siemens, le logiciel InSpace (photo), qui vient d'être mis au point, permet de « naviguer dans le corps humain ».
« Le vivant, c'est avant tout de la chimie. Les techniques d'imagerie moléculaire nous permettent d'étudier et de suivre les réactions qui se produisent à l'intérieur même de la cellule, là où nous n'avions pas accès. Le potentiel de ces techniques d'exploration est considérable. Nous pouvons désormais localiser des molécules dans un organisme vivant sans le perturber. » Bertrand Tavitian est enthousiaste. Pour ce médecin chercheur du CEA, l'émergence d'une discipline réunissant biologistes et physiciens ouvre une ère nouvelle dans l'histoire de la médecine.
L'imagerie moléculaire cumule les avantages. Elle permet de vérifier en direct le métabolisme d'une cellule, de suivre dans le temps l'efficacité d'un médicament ou de tester in vivo l'activation des neurones par un signal. « Cela permet aussi la détection précoce et précise des tumeurs cancéreuses ainsi que la prévision de leur évolution » , ajoute le chercheur.
Le lancement récent de la Société européenne d'imagerie moléculaire (Esmi) confirme ces promesses. Les meilleurs spécialistes européens de cette discipline émergente ont décidé de se regrouper au sein d'un réseau transnational. Objectif : mettre en commun leurs moyens et faire face au rouleau compresseur américain. « En 2000, les Etats-Unis ont lancé un programme de recherche lourd et bien financé sur l'imagerie moléculaire. Ils disposent déjà de sept centres hyper équipés » , commente Bertrand Tavitian, devenu depuis peu le premier président de l'Esmi.
Les secrets de la cellule
L'imagerie moléculaire ne demande pas d'instruments spécifiques. Il s'agit en fait de détecter ou de suivre un signal optique, magnétique ou radioactif émis par des molécules spécifiques circulant dans l'organisme. Ces traceurs sont injectés pour révéler un dysfonctionnement ou un comportement spécifique. C'est le cas des cellules cancéreuses trahies par leur consommation de glucose supérieure à celle des cellules saines. Les chercheurs européens ont lancé deux programmes destinés à percer les secrets de la cellule.
Le premier (Emil) est centré sur le cancer. Le second (Dimi) vise surtout la mise au point de marqueurs à des fins de diagnostic. « L'objectif est d'arriver au niveau des Américains dans deux ans », indique Andreas Jacobs du département de neurologie de l'université de Cologne. Ce projet soutenu par l'Europe dans le cadre du programme commun de recherche en cours (6e PCRD) doit réunir les meilleurs spécialistes du génome, de l'imagerie et des cliniciens.
Les industriels de l'imagerie médicale se concentrent de leur côté sur le traitement des données numériques avec un triple objectif : associer des informations venues de sources différentes (IRM, scanner, échographie, PET), diminuer les doses d'exposition aux rayonnements ionisants et faciliter le diagnostic des spécialistes en leur préparant le travail. Peu à peu, le concept du « corps transparent » devient réalité, grâce aux techniques de post-traitement informatique des images et à la puissance de calcul des nouvelles machines. Il se complète par des logiciels d'aide à la décision capables de détecter une hémorragie, une fracture ou une anomalie. En moins de 30 secondes, un scanner corps entier implanté dans un service d'urgence est ainsi capable de suggérer un diagnostic aux spécialistes. Mieux encore, les chirurgiens peuvent simuler sur l'écran une intervention virtuelle avec un réalisme quasi total.
Chez Siemens, le logiciel InSpace qui vient d'être mis au point permet de « naviguer dans le corps humain » avec une facilité et une précision impressionnantes. En fait, on se rapproche des maquettes numériques en usage dans le monde industriel. A partir d'une base numérique, le médecin peut faire tourner et explorer à volonté le corps en zoomant sur un organe. Le système CAD (Computer Aided Diagnose) est l'aboutissement ultime de ce traitement d'images intelligent. Ces logiciels de reconnaissance de forme ou d'interprétation des contrastes sont capables de repérer automatiquement une anomalie physiologique (tumeurs, polypes) et d'attirer l'attention du médecin. La détection automatique des calcifications du sein ou des embolies pulmonaires est la prochaine étape en cours de développement. Une fonction spéciale permet aussi de supprimer (virtuellement) un organe pour voir « ce qui se passe en dessous ». Le nombre d'images générées par un scanner (environ 800) rend d'ailleurs quasiment indispensables ces systèmes de présélection.
Visualiser les artères
Chez General Electric, on met l'accent sur la fonction cardiaque. Là encore, l'imagerie est en train de devenir un outil de diagnostic. Lors des récentes journées de Paris consacrées à la cardiologie interventionnelle, le constructeur américain a présenté une technologie non invasive grâce à laquelle il est non seulement possible de visualiser une artère mais pratiquement de prévoir les risques de rupture d'une plaque d'athérome. Un phénomène totalement imprévisible avec les techniques actuelles dont les conséquences peuvent être très graves. « Près des trois quarts des infarctus qui se produisent sont la conséquence d'une rupture de plaque », indique Martine Gillard, cardiologue au CHU de Brest. Ce scanner des coronaires en cours de développement devrait permettre de prévenir sinon de guérir un risque cardiaque.
Parallèlement, le constructeur américain vient de présenter un échographe portable destinée à la médecine sportive. Cet instrument à ultrasons de la taille d'un ordinateur portable est capable de mettre en évidence une pathologie douloureuse chez un sportif et de différencier un muscle d'un tendon. Les médecins du sport utiliseront cet outil baptisé « Logiq » pour optimiser la préparation physique des champions et les rassurer quand ils sont blessés. Les footballeurs du PSG sont les premiers en France à bénéficier de cette technique.
ALAIN PEREZ
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