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Current entry 130.  Biotechs blanches : la France en retard
Après la pharmacie et l'agronomie, les biotechnologies débarquent dans l'industrie. Les entreprises françaises ne saisissent pas encore ce potentiel...05/05/06


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Résumé

En France, l'effort en matière de biotechnologies blanches reste marginal pour la chimie fine et les biomatériaux. C'est la santé qui capte les fonds.

Après avoir manqué le virage des biotechnologies pharmaceutiques et agronomiques, la France va-t-elle passer à côté de la révolution des biotechs blanches, celles destinées à l'industrie ? Le programme biohub, que l'Agence pour l'innovation industrielle (AII, « Les Echos » du 4 mai 2006) vient de lancer sur l'amidon, redonne certes une lueur d'espoir aux chercheurs français. « Cela pourrait créer un effet d'affichage » , espère Pierre Monsan, expert à l'Insa Toulouse. L'impulsion donnée aux biocarburants par le gouvernement actuel depuis quelques mois incite également à l'optimisme.

Pour autant, les exemples étrangers montrent que la recherche académique et industrielle française est à la traîne. En Allemagne, dans les pays du Nord, en Amérique, de grandes entreprises investissent massivement dans le domaine de la chimie, de l'énergie ou des matériaux. L'enjeu est tout simplement de transformer la pétrochimie en biochimie, de passer d'une source fossile de molécules carbonées à une source végétale, durable et sans effet de serre. A l'instar des efforts de recherche sur les biocarburants, le secteur de l'agrochimie espère détrôner les pétroliers pour fournir les synthons de base à des secteurs très variés, comme les cosméticiens, les producteurs de plastiques, de solvants, de peintures, etc.

Les Etats-Unis se mobilisent à coups de centaines de millionsde dollarspour réduire leur dépendance au pétrole. Au Brésil, l'exploitation massive de la canne à sucre est en train de déboucher sur une véritable biochimie de l'éthylène, une molécule majeure de l'industrie. Le Canada est devenu le pionnier du concept de bioraffinerie. En Italie, Novamont commercialise de longue date un polymère contenant 50 % d'amidon, le Mater-bi. Aux Pays-Bas, c'est DSM qui mène le bal. En Allemagne, BASF fait également preuve de dynamisme.

Et les avancées se concrétisent. L'américain Dupont démarre cette année une usine de production de fibres textiles tirées du maïs. Ce polymère est produit par voie chimique à partir du monomère 1,3 propanediol, lui-même obtenu par des bactéries transgéniques conçues via les biotechnologies. Cette prouesse scientifique a consisté à transférer les gènes qui produisent les enzymes de production du monomère dans un organisme facile à élever en condition industrielle.

Une autre technologie de bioplastiques fait une remarquable percée : les PLA tirés de la fermentation de l'amidon. Initialement destinés à des applications médicales, ces polyesters polylactiques se déclinent aujourd'hui en films, objets moulés ou fibres textiles.

Les progrès peuvent être plus « incrémentaux ». Au Danemark, la société Danisco a réussi récemment à remplacer dans l'un de ses plastiques le phtalate par un substitut tiré de lipides végétaux. Cette charge stabilisant les polymères avait l'inconvénient d'être toxique, ce qui posait problème dans les jouets pour enfants notamment.

 

Valoriser la glycérine

Pendant ce temps, les industriels français investissent timidement. Le chimiste Arkema finance quelques recherches dans le domaine et plusieurs PME innovantes tentent de jouer les lièvres. C'est en particulier le cas d'ARD, le dynamique centre de recherche du groupe Champagne Céréales. Localisé sur le site agro-industriel de Bazancourt, il cherche à valoriser les produits de la sucrerie Cristal Union et de l'amidonnier Chamtor. D'autres firmes françaises ont totalement loupé le coche. C'est le cas du chimiste Rhodia par exemple, qui se mord encore les doigts d'avoir vendu ses biotechnologies de fermentation en cédant sa filiale Rhodia Food à Danisco.

Le nouveau panorama 2006 publié par l'association France Biotech confirme la modestie de l'effort français. Pour le moment, l'essentiel des biotechnologies blanches est investi dans le secteur des cosmétiques, qui compte 40 entreprises dans ce domaine. A contrario, seules 12 sociétés biotechnologiques ont investi dans l'alimentation et 16 travaillent pour l'environnement ou l'industrie. Dans ces applications, les technologies de contrôle et de traçabilité dominent alors que la chimie fine, les biomatériaux ou le traitement des déchets restent marginaux.

Les choses avancent pourtant en France, notamment à travers les pôles de compétitivité. Le pôle de Rhône-Alpes consacré aux bioressources cherche en particulier à valoriser la glycérine, un sous-produit de la production de biodiesel, dans le cadre d'un projet européen. Ses acteurs préparent aussi un programme régional d'une vingtaine de millions d'euros sur quatre ans. Il porterait notamment sur le traitement des eaux ou l'intensification des procédés industriels. Du côté des laboratoires publics, quelques équipes trop rares tirent leur épingle du jeu. Quant à l'Agence nationale pour la recherche, elle finance depuis 2005 quelques études sur la production de biocarburants par biotechnologies. Elle vient aussi d'ouvrir deux nouveaux appels d'offres sur la valorisation de ces technologies.

C'est maintenant aux industriels français de s'emparer du sujet et d'en apprécier toutes les potentialités. Les biotechnologies blanches ont toutes les raisons de percer en France. Car, contrairement aux biotechnologies agricoles qui essaiment dans la nature, les micro-OGM impliqués dans les nouveaux procédés restent confinés en cuves, comme dans le cas des biotechnologies pharmaceutiques. L'industrie n'affrontera donc pas la diabolisation des OGM par le public français. Même si les biotechnologies blanches auraient tout à gagner à utiliser des céréales ou des oléagineux génétiquement modifiés pour contenir plus d'amidon ou de produits valorisables. Les Américains travaillent déjà sur cette prochaine étape.

 

MATTHIEU QUIRET

Tous droits réservés (2005) LES ECHOS

Source
Les Echos
Date publication
05/05/06
 Thèmes
  Biotechnologie

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