PHARMAnetwork emploi - l'emploi de l'industrie pharmaceutique, bio pharmacie et de santé
 Première Visite  ·  Courrier  ·  Info Site 
Emploi Actualités
PHARMAnetwork info  -  Accueil France > Actualités > A la Une
ACCUEIL
ACTUALITES
L'info en direct
Panorama presse
Entreprises
Bourse
Rechercher une info
Folder  À la Une / Top Stories
Current entry 126.  L'Institut Curie sur tous les fronts contre le cancer
Cent ans après la disparition de Pierre Curie, l'esprit avant-gardiste du célèbre scientifique et de sa femme, Marie, continue d'animer l'institut qui porte leur nom. A la pointe de la lutte contre le cancer, cette fondation privée fait travailler en osmose chercheurs et soignants afin de mettre au plus vite les avancées de la science au service des malades...19/04/06


Skip to reply button for entry 126.
Résumé

L'Institut Curie regroupe des laboratoires de recherche et un hôpital qui prend en charge quelque 6.400 malades par an.

 

Maria Sklodowska serait-elle entrée dans la légende sans sa rencontre avec Pierre Curie ? La notoriété de la première femme prix Nobel a quelque peu éclipsé les mérites de son compagnon de vie et de travail. Mais à l'heure du centenaire de la disparition de ce grand scientifique, ce 19 avril, il est légitime de lui rendre hommage. Pour l'anecdote, il faut savoir que, sans son intervention, Marie n'aurait pas été associée au prix Nobel de physique qui leur a été décerné, ainsi qu'à Henri Becquerel, en 1903, pour la découverte de la radioactivité naturelle.

Sa reconnaissance, Marie Curie l'a exprimée en reprenant le flambeau après le décès accidentel de son mari, dans l'espoir de pouvoir faire édifier un laboratoire digne de lui. Son espoir sera comblé, sur les lieux mêmes où ils travaillèrent ensemble. Sur la montagne Sainte-Geneviève, dans le 5e arrondissement de Paris, à deux pas de leur dernière demeure, le Panthéon, se dresse l'institut qui arbore fièrement leur nom. Porté par la volonté politique du professeur Claude Huriet, à sa tête depuis janvier 2002, il est aujourd'hui à la pointe de la recherche contre le cancer et s'inscrit dans une dynamique de développement nourrie par un programme d'investissement de 100 millions d'euros d'ici à 2010. Après une carrière hospitalo-universitaire et un long parcours parlementaire, ce sénateur au nom indissociable des lois de bioéthique avoue avoir trouvé « une nouvelle jeunesse » en accomplissant cette mission. « Ce n'était pas gagné d'avance, car je suis arrivé dans un climat un peu morose, mais j'ai tout de suite été pris par le fort engagement régnant dans cette maison centenaire », se rappelle-t-il.

 

Les jonquilles de la solidarité

Puisant dans son amour pour la nature le courage de continuer seule, Marie Curie, qui s'était battue pour préserver un petit jardin sous les fenêtres de son laboratoire, aurait sans doute été ravie de savoir que la jonquille est devenue le symbole universel de la lutte contre le cancer. « Des jardins pour la vie, une jonquille pour Curie » est l'un des événements phares organisés par l'institut, depuis trois ans, afin de mobiliser la solidarité du grand public. Cette année, la cueillette des 60.000 jonquilles, qui ont fleuri le parterre du Panthéon du 22 au 26 mars, a permis de collecter 80.000 euros. Cette enveloppe complètera le budget de 350.000 euros nécessaire à l'achat d'un microscope de nouvelle génération capable d'observer les cellules en 3D pour mieux cibler et comprendre les dérèglements à l'origine de l'apparition des cancers, notamment dans le cas des mélanomes et des leucémies de l'enfant. Dans le registre sportif, la Fédération française de rugby s'est associée à l'Institut Curie, le mois dernier, lors de la rencontre France-Angleterre, pour lancer une campagne de dons en faveur de la recherche sur les cancers de l'enfant. Autant d'événements qui bâtissent pierre par pierre sa notoriété tout en stimulant la générosité des Français. La structure financière de cette fondation privée, reconnue d'utilité publique depuis 1921, est une mosaïque de ressources publiques pérennes et de recettes propres (respectivement 77 % et 23 % dans le budget 2006). Avec quelque 150.000 donateurs actifs et 70 successions effectuées à son profit chaque année, les dons et les legs ont fait un bond de 42 % pour atteindre 20,4 millions d'euros en 2005.

Les deux activités piliers de l'Institut Curie ne reposent pas au même niveau sur les financements publics. L'assurance-maladie couvre 91 % du coût de fonctionnement de l'hôpital, tandis que la recherche bénéficie du soutien du ministère, de l'Inserm et du CNRS à hauteur de 50 % de ses dépenses et de ses investissements.

Pourtant mille fois contée, l'histoire du couple Curie n'a jamais vraiment mis en exergue l'impact réel de leurs découvertes sur la recherche anticancer actuelle. Ni mis en évidence le rôle déterminant du docteur Claudius Regaud, qui dirigeait alors le laboratoire Pasteur, dédié à l'étude des effets biologiques et médicaux de la radioactivité. Ni même l'esprit avant-gardiste de Marie, qui fut l'inspiratrice du modèle toujours très actuel sur lequel s'est construit l'institut en 1909 : le continuum entre la recherche et les soins innovants. « Leur intuition exceptionnelle fit de la collaboration, de la complémentarité et de l'interdisciplinarité entre les cliniciens et les chercheurs un modèle pour transférer plus rapidement les progrès de la connaissance au chevet du malade, souligne le président Claude Huriet. Aujourd'hui, ma plus grande satisfaction est de sentir se développer entre les chercheurs et les soignants une véritable osmose. »

 

Objectif : guérir 100 % des patients

La complicité palpable entre le professeur Daniel Louvard, directeur de la recherche de l'Institut Curie depuis 1993, et le professeur Pierre Bey, qui a pris en main la destinée de l'hôpital en 2002, traduit la réalité de cette symbiose. « L'atout maître de l'institut est de rassembler sur un même site géographique deux communautés différentes, de taille à peu près équivalente, qui exercent des activités complémentaires et synergiques entre elles », commente Daniel Louvard. Afin d'exploiter « la richesse de Curie », il a initié la création d'un département de transfert, qui sert de trait d'union entre ces deux mondes aux rythmes décalés et au langage souvent différent, pour traduire les avancées de la recherche en pratiques médicales. Lancé en 2003 et financé avec les fonds propres de la fondation, ce département affiche un objectif ambitieux : faire progresser plus vite la prévention, le diagnostic et le traitement des cancers afin de parvenir un jour à guérir 100 % des patients, contre 50 % aujourd'hui, toutes indications confondues. Une fois encore, cette activité de transfert trouve son fondement dans l'histoire, car Marie Curie et Claudius Regaud furent les premiers à introduire les rayonnements ionisants en thérapeutique.

Alors que la France a du mal à retenir ses chercheurs les plus talentueux, l'Institut Curie fait figure d'exemple en termes d'attractivité et de réactivité. « Au cours des dix dernières années, nos activités de recherche ont été profondément restructurées et nos équipes ont considérablement rajeuni. La moyenne d'âge est aujourd'hui de trente-trois ans pour les scientifiques, car nous avons mis en oeuvre les moyens nécessaires afin de pouvoir recruter rapidement et faire revenir de jeunes chercheurs partis à l'étranger », explique Daniel Louvard.

 

Hypno-analgésie et sophrologie

« Victime » de son excellente réputation, l'hôpital de l'Institut Curie ne dispose pas des infrastructures capables d'accueillir tous les patients souhaitant bénéficier de ses soins. Et ce n'est d'ailleurs pas sa vocation. Exemple : le cancer du sein, qui représente la moitié de son activité. A titre indicatif, sur les 42.000 cas diagnostiqués chaque année au niveau national, dont 10.000 en Ile-de-France, seuls 2.000 peuvent y être pris en charge. « Pour pouvoir fonctionner dans des conditions optimales, il nous faut absolument réguler la demande, même s'il est délicat sur le plan psychologique d'essayer de convaincre un malade qu'il sera aussi bien soigné dans un centre hospitalier situé à proximité de son domicile », explique Pierre Bey. Ce radiothérapeute parle en connaissance de cause puisqu'il a dirigé pendant dix ans le Centre régional de lutte contre le cancer de Lorraine Alexis-Vautrin, à Nancy. « L'Institut Curie est le seul endroit qui pouvait me faire bouger car c'est un lieu chargé d'histoire où s'est tissé un véritable lien entre la clinique et la recherche », reconnaît-il. « Notre challenge est de prendre en charge quelque 6.400 malades par an, en privilégiant ceux auxquels nous sommes les seuls à pouvoir apporter une solution thérapeutique spécifique ou a priori plus efficace, à l'exemple des patients souffrant d'une tumeur de l'oeil . »

Afin de favoriser ces interactions entre la recherche et la pratique clinique, un programme de « temps protégé » a été lancé en 2003 pour inciter les équipes médico-soignantes à se consacrer à un projet de recherche. « C'est absolument capital de permettre à des médecins, mais aussi à des infirmières et à des manipulateurs en radiothérapie de dégager du temps à cette fin », insiste Pierre Bey. Le budget nécessaire pour rémunérer du personnel remplaçant, évalué à 1,2 million d'euros pour 2006, n'aurait pu être financé sans les dons et les legs. « C'est valorisant pour toute la filière et, quand la greffe prend, il faut gérer les envies suscitées pour que les projets puissent bénéficier collectivement à la filière infirmière », explique Roselyne Vasseur, directrice des soins à l'Institut Curie. Parmi les projets de recherche en soins infirmiers, citons l'exemple de l'hypno-analgésie dans la lutte contre la douleur, celui du traitement de la fatigue chez les patients sous chimiothérapie ou de la sophrologie appliquée à la préparation des malades avant une intervention chirurgicale. Cette approche originale devrait créer une émulation dans une profession que plébiscitent les patients, mais touchée de plein fouet par une pénurie en raison des conditions de vie souvent pénibles. En son temps déjà, Marie Curie avait pris l'initiative, pendant la Seconde Guerre mondiale, d'organiser une formation de radiologiste pour les infirmières et avait obtenu 18 automobiles équipées du matériel nécessaire, appelées les « petites Curie », pour se rendre sur le front.

 

Deux grands projets

Le futur de l'Institut Curie se construit autour de deux grands chantiers. Le premier est la création d'un pôle de recherche internationale en biologie du développement, qui va accroître sa puissance de feu de 20 %. Cet outil, unique en Europe, lui permettra d'exploiter toutes les données génétiques disponibles afin de mieux maîtriser le processus d'altération de nos gènes qui provoque l'apparition des cancers. Il faudra attendre janvier 2008 pour franchir le seuil de ce bâtiment flambant neuf, qui sera érigé sur la toute dernière parcelle de terrain constructible du site de la montagne Sainte-Geneviève. Les fouilles archéologiques touchant à leur fin, le premier coup de pioche sera donné le 1er juillet. C'est encore en puisant dans ses ressources propres que l'Institut Curie a pu amorcer ce projet, au coût estimé à 30 millions d'euros, en attendant le déblocage des financements publics.

Le second chantier d'envergure est la rénovation complète du centre de protonthérapie de l'Institut Curie à Orsay, datant des années 1950, qui fut d'ailleurs mis en place par Irène et Frédéric Joliot-Curie. A l'horizon 2009, l'objectif est de doubler le nombre de patients bénéficiant de cette forme particulière de radiothérapie, plus précise, donc moins agressive pour les tissus sains, en traitant à terme 650 personnes atteintes de tumeurs rares de l'oeil et de la base du crâne.

Aujourd'hui, la préoccupation immédiate des responsables de l'Institut Curie tient au manque de surface dont ils souffrent sur la montagne Sainte-Geneviève. « La politique de site est fondamentale dans notre stratégie. Nous réfléchissons actuellement à notre taille critique et aux possibilités d'accroître nos moyens pour ne pas limiter nos ambitions », souligne Anne Bellod, secrétaire générale. D'un point de vue symbolique, il serait impensable que cette fondation soit contrainte de quitter le fief des Curie.

Par ailleurs, afin d'aider ceux pour qui la rémission est une réalité à reprendre une vie normale, l'Institut Curie a convaincu la compagnie Swiss Life de lancer sur le marché, en janvier, un produit d'assurance « emprunteur » destiné à faciliter leur accès aux prêts immobiliers. Grâce à l'engagement des chercheurs et des soignants, forts de l'esprit combatif qu'incarne la marraine emblématique de la fondation, la championne de tennis Amélie Mauresmo, redevenue numéro un mondiale, et grâce à leur propre détermination, ces anciens cancéreux ont gagné le match de leur vie.

 

Tous droits réservés (2005) LES ECHOS

Source
Les Echos
Date publication
19/04/06
 Thèmes
  Hôpital
  R&D

View top of page 
 
Accueil  ·  Plan site  ·  Charte  ·  Première Visite  ·  Courrier  ·  Info Site
Droit de reproduction et de diffusion réservés - PHARMAnetwork ® 2005
Conditions d'utilisation du site PHARMAnetwork