Née il y a trente ans avec la fondation de Genentech, l'industrie des biotechnologies arrive à l'âge adulte. Les laboratoires spécialisés dans les médicaments issus du vivant ont engrangé 63,2 milliards de dollars de chiffre d'affaires l'an dernier (51,6 milliards d'euros), selon un rapport d'Ernst & Young recensant 671 sociétés cotées en Bourse (*). Si l'on exclut de ce chiffre les paiements issus des partenariats de recherche et d'autres revenus annexes, le chiffre d'affaires des biomédicaments stricto sensu atteint « environ 35 milliards de dollars », estime William Smith, responsable du secteur chez Ernst & Young au Royaume-Uni. Ces produits représenteraient donc plus de 5 % des ventes pharmaceutiques dans leur ensemble, qui ont atteint 602 milliards de dollars en 2005 (490 milliards d'euros).
Malgré cette taille, l'industrie affiche toujours des taux de croissance dignes d'un secteur émergent : 18 % en 2005, après 17 % en 2004. La croissance annuelle moyenne depuis 1989 est de 16 % aux Etats-Unis, qui représentent les trois quarts de l'activité du secteur. Au rythme actuel, le chiffre d'affaires augmente de plus de 10 milliards de dollars par an. L'essor des biotechs est beaucoup plus rapide que celui de l'industrie pharmaceutique dans son ensemble, qui n'a progressé que de 7 % l'an dernier.
Depuis 2003, les biotechnologies commercialisent chaque année plus de nouveaux médicaments que les « big pharmas », les firmes pharmaceutiques classiques centrées sur les produits d'origine chimique comme Glaxo- SmithKline ou Sanofi-Aventis. Il s'agit généralement de traitements innovants contre des maladies graves comme le cancer ou la sclérose en plaques, ce qui explique leur succès. Les sociétés de biotechnologies restent pourtant beaucoup plus petites : Amgen, le numéro un, pèse quatre fois moins lourd que Pfizer, le leader mondial de la pharmacie. Et leurs budgets de recherche et développement sont beaucoup plus réduits : 20 milliards de dollars, contre plus de 60 milliards pour les 15 premières « big pharmas ».
Une domination américaine
Le secteur demeure dominé par les entreprises américaines, qui représentent 76 % du chiffre d'affaires mondial. L'Europe est très loin derrière, avec 15 % du total. Au moins le Vieux Continent a-t-il renoué avec la croissance l'an dernier (+ 17 %) après un recul de 5 % en 2004. « L'industrie européenne des biotechnologies est enfin sortie d'une longue période de restructuration », analyse encore Ernst & Young.
Autre bonne nouvelle, le secteur a nettement réduit ses pertes (- 30 %). Elles sont encore supérieures à 4 milliards de dollars, mais ne représentent plus que 7 % des revenus, contre 12 % en 2004. Aux Etats-Unis, ce ratio est tombé sous la barre des 5 %, « pour la première fois dans l'histoire du secteur », note Ernst & Young. Les confortables bénéfices dégagés par les leaders comme Amgen et Genentech commencent à compenser les pertes des jeunes pousses, qui investissent lourdement en recherche et développement.
Les laboratoires biotechnologiques continuent à lever des sommes impressionnantes auprès des investisseurs, boursiers ou capital-risqueurs : 19,7 milliards de dollars en 2005, un chiffre en léger retrait par rapport à 2004 (21,2 milliards). Le secteur a aussi été animé par d'importantes acquisitions.
Les entrées en Bourse ont été particulièrement nombreuses en Europe l'an dernier. En France, BioAlliance Pharma et ExonHit ont fait leurs premiers pas sur le marché boursier. Mais l'Hexagone est toujours en retard : il n'accueille que 11 % des laboratoires biotechnologiques européens, loin derrière l'Allemagne (22 %) et le Royaume-Uni (17 %). Si l'on ne considère que les sociétés cotées en Bourse, la France arrive même en 5e position, distancée par ces deux pays, la Suède et la Suisse.
VINCENT COLLEN
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