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Lauréate européenne 2006 du prix L'Oréal-Unesco pour les femmes et la science, créé en 1998 pour distinguer la chercheuse la plus émérite sur chacun des cinq continents, Christine Van Broeckhoven s'étonne d'avoir été choisie : « Il y a bien d'autres femmes au top niveau scientifique en Europe. » Investie corps et âme depuis vingt ans dans la compréhension des origines génétiques de la maladie d'Alzheimer et d'autres pathologies neurodégénératives, cette scientifique belge est pourtant coutumière des récompenses. A l'instar du prestigieux prix Potamkin, décerné par l'Académie américaine de neurologie, qu'elle décroche, en 1993, à force du pugnacité. Après avoir tenu tête à la communauté scientifique pendant six ans, Christine Van Broeckhoven réussira à prouver sa thèse selon laquelle la protéine bêta-amyloïde joue un rôle clef dans l'évolution de la maladie d'Alzheimer.
« Une vraie battante »
« Il n'existe pas encore de traitement pour guérir cette maladie dramatique, et j'espère qu'on parviendra à la stopper grâce à la maîtrise de la biologie complexe du cerveau » , projette-t-elle, pleine d'espoirs pour les patients et leurs familles. Déterminée à ne jamais baisser les bras, ne serait-ce que pour prolonger leur vie de quelques mois avec une dose de dignité humaine. « C'est une vraie battante, une femme qui a une force de caractère impressionnante et défend ses idées avec ténacité » , témoigne le professeur Alexis Brice, directeur du département de génétique de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris, qui la connaît depuis quinze ans. « Elle a réussi à démontrer quelque chose d'extraordinaire dans un domaine émergent assez tôt dans sa carrière. »
A l'image de Marie Curie en France, Christine Van Broeckhoven incarne, en Belgique, le modèle par excellence qui attire les jeunes filles vers la filière scientifique. Nombre d'étudiantes sollicitent ses conseils ou cherchent à intégrer le département de génétique moléculaire de 75 personnes qu'elle dirige à l'Institut interuniversitaire de biotechnologie des Flandres, à Anvers. Fière d'avoir réussi à concilier sa carrière et l'éducation de ses deux filles, grâce à une mémoire phénoménale, un sens aigu de l'organisation et l'amour du devoir accompli hérité de son « patrimoine génétique », elle se dit prête à faciliter la vie des chercheuses en herbe désireuses de suivre ses traces. Et tient parole : « Sur les 25 scientifiques de mon équipe qui se consacrent aux maladies neurodégénératives, il y a vingt jeunes femmes, qui bénéficient d'horaires flexibles en cas de besoin. Ce n'est pas discutable , assure-t-elle. Avoir réussi à le faire à une époque où c'était très difficile me permet de les aider et de convaincre les politiques que c'est possible. »
Maîtresse femme
Reconnue par une élite internationale à dominante masculine, Christine Van Broeckhoven veut aussi inculquer aux femmes le respect d'elles-mêmes. « En allemand, on dit toujours «Herr Professor !», ironise-t-elle. C'est très important de se montrer fortes et convaincantes quand elles présentent leurs travaux scientifiques devant une assemblée de chercheurs » , insiste cette maîtresse femme que rien n'a l'air d'impressionner. Excepté une scientifique hors normes, l'italienne Rita Levi-Montalcini, prix Nobel de physiologie et de médecine en 1986 qui, à l'âge de quatre-vingt-dix-sept ans, est toujours active à l'Institut de neurobiologie de Rome. « C'est une dame à l'apparence frêle, que j'ai vue s'exprimer d'une voix forte et assurée lors d'un meeting il y a deux ans » , se remémore-t-elle, avec une admiration qui trahit le regret de ne pas la connaître à titre personnel. A l'occasion du centenaire de la découverte d'Alzheimer, début novembre 2006, Christine Van Broeckhoven sera l'une des rares chercheuses invitées parmi les 50 meilleurs experts de la planète.
Christine Van Broeckhoven
1980. Christine Van Broeckhoven obtient son doctorat de biologie moléculaire à l'université d'Anvers.
1990. Elle prend la directiondes recherches de la Fondation Born-Bunge.
1995. Elle devient directricedu département de génétique moléculaire de l'Institutde biotechnologie de Flandres.
1996. Titulaire d'une chairede professeur à l'universitéde Leiden (Pays-Bas).
2005. Lauréate du 55e prix belge Ark pour la liberté d'expression.
CHANTAL HOUZELLE
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