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L'Ile-de-France concentre un potentiel rare en matière de santé. Neuf universités, deux écoles normales supérieures et de grandes écoles d'ingénieurs y cumulent la moitié du potentiel de recherche académique national en sciences du vivant. Ces établissements côtoient près de la moitié des entreprises françaises de haute technologie en biologie et plus de cinquante industriels de la pharmacie dont les trois géants, Sanofi-Aventis, Servier et Ipsen. Enfin, l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris constitue le premier réseau hospitalier européen avec plus de 39 établissements abritant quelque 25.000 lits, atout majeur pour la recherche et les essais cliniques.
Mais il n'existe pas en France les mêmes relations entre l'enseignement, la recherche et l'industrie qu'ailleurs. « Le problème est de faire venir l'industrie vers nous », tranche Gilbert Bereziat, président de l'université Pierre-et-Marie-Curie. « Nous avons besoin d'une activité économique qui permette d'utiliser le savoir-faire des 280 thésards que nous formons chaque année en biologie. Actuellement, nous les offrons au monde anglo-saxon. » Adjoint au maire de Paris, chargé du développement économique et des finances, Christian Sautter juge que le climat entre les entreprises, les grandes universités et les instituts de recherche s'est déjà grandement amélioré sous la pression de la concurrence internationale.
Cependant, faute de synergies suffisantes, le secteur peine à mobiliser les investisseurs qui se tournent naturellement vers San Francisco, Boston, Londres, Munich ou Singapour. Des structures destinées à rapprocher les acteurs et à favoriser l'éclosion de biotech, comme leGenopole, au sud de Paris, et Biocitech, au nord, ont déjà vu le jour. Le pôle MediTech Santé amplifie largement le mouvement, non sans difficultés. Pierre Tambourin, directeur du Genopole et vice-président de MediTech Santé, ne les minimise pas. « J'ai été le porteur du projet, j'ai créé le noyau dur, une sorte de commando qui a permis de déposer le 28 février 2005 le projet appuyé financièrement par les collectivités territoriales via l'Agence régionale de développement et Arthur D. Little. Ce pôle, comme beaucoup d'autres, n'avait pas de structure opérationnelle. »
Une structure provisoire
N'étant pas sûrs qu'il soit labellisé par le gouvernement en juillet, et peut-être rendus prudents par l'échec d'autres initiatives, la plupart des membres du commando ont donné la priorité à leurs autres activités, une fois les projets déposés, comme le reconnaît l'un d'entre eux. Certains dossiers ont pris du retard tandis que, pour des raisons administratives, le directeur pressenti n'a pas pu être recruté dans les temps et a accepté une autre proposition.
Résultat, la structure provisoire mise en place au démarrage de l'opération, une association loi 1901, est toujours active. Recruté fin janvier, Bernard Brigonnet commence à constituer une équipe pour structurer le pôle, qui doit adopter un nouveau nom dans les tous prochains jours, tout en assurant la logistique des projets qui ont été labellisés et financés. « Ils représentent un coût de 20 millions d'euros et 8 millions d'euros de dotations par l'Etat et les collectivités territoriales, soit un taux de couverture de l'ordre de 40 % », souligne le vice-président de MediTech Santé. « Ceux que nous avons soumis le 15 février représentent plus de 45 millions d'euros. »
Embarquée dès l'origine dans le noyau dur, Lyse Santoro, la présidente stratégie produits de médecine générale d'Ipsen, ne regrette rien : « Nous sommes partis de zéro, c'était un exercice très difficile, il a fallu apprendre à se connaître et à se parler, mais nous y avons cru tout de suite. » Le groupe pharmaceutique, qui emploie 650 chercheurs et consacre 20 % de son chiffre d'affaires de 800 millions d'euros à la R&D, juge que cette activité doit aussi se nourrir d'échanges avec la recherche publique. « Nous connaissions peu ces chercheurs français, nous connaissions mieux leurs homologues britanniques et américains », continue la responsable, pour laquelle le pôle répond parfaitement à ces besoins. Claire Corot, directrice de la recherche chez Guerbet, se félicite d'avoir accès « aux partenaires de l'Etat », ce qui lui a déjà permis de lancer un projet.
« Nous ne sommes pas dans le mode de fonctionnement que nous souhaitions, mais il y a une formidable dynamique de tous les acteurs », souligne Jean-Claude Muller, « senior vice president » en charge de l'administration et des ressources des affaires scientifiques et médicales de Sanofi- Aventis et président de MediTech Santé. « Il y a quelques années, nous n'aurions pas été capables de proposer des projets de cette qualité. » Avec le pôle, industriels et chercheurs apprennent à travailler en « structure projets », en décloisonnant les disciplines, comme le font les Américains depuis vingt ans. Il doit aussi permettre d'identifier les jeunes entreprises les plus prometteuses, de développer des emplois, de « permettre à des post-doc de revenir de l'étranger » . Florence Parly, présidente de l'Agence régionale de développement rappelle que le secteur représente 45.000 emplois privés et industriels en Ile-de-France et que le pôle devrait permettre d'accroître de 50 % les effectifs dans les sciences du vivant.
Concurrent crédible
« Cela peut apporter à l'Ile-de-France et à la France en général une opportunité d'être vraiment concurrentes de pôles majeurs dans le monde », confirme Sacha Loiseau, cofondateur de la société parisienne d'imagerie médicaleMauna Kea Technologies. « Mais il faut que tout le monde s'accorde sur l'ampleur à lui donner. L'envergure de référence ce n'est pas l'envergure française, mais celle qu'on trouve à Boston, peut-être à Shanghai ou encore à Singapour où les moyens (...) sont incomparablement supérieurs à ceux qu'on a mis en France depuis des années. » Tous les projets ne pourront pas être financés. « Lorsque l'on rapporte le montant des crédits au nombre de pôles et de dossiers, il ne faut pas être un grand mathématicien pour comprendre qu'il va y avoir un déchet considérable », admet Pierre Tambourin. Les gestionnaires de MediTech Santé vont devoir apprendre à gérer les déceptions et à maintenir l'esprit de coopération qui se développe, non seulement entre recherche et industrie, mais aussi entre grands groupes et PME.
Des projets organisés autour de six thématiques
Les projets du pôle MediTech Santé sont organisés autour de six thématiques, trois à visée thérapeutique, neurosciences, oncologie et infectiologie, et trois à visée technologique, médecine moléculaire et cellulaire, imagerie médicale, sciences et techniques du médicament.
· Projets retenus et financés par l'Etat avec participation du Conseil général du Val-de-Marne.
- Ingenis (ingénierie génomique pour les industries de santé), développer la « chirurgie génomique » dans quatre directions : restauration du fonctionnement du système immunitaire, transplantation de cellules musculaires dans le coeur, bioproduction de vaccins, bioproduction d'anticorps de haute affinité (médecine moléculaire et cellulaire). Financement total Etat : 1.833.600 euros. (Partenaires : Cellectis, Myosix, Eucodis, Bioprotein.)
- Cremec (création d'un centre de ressource de modèles expérimentaux de cancers), modélisation des cancers pour les comprendre, identifier des cibles thérapeutiques et tester des médicaments candidats sur l'animal (oncologie). Financement total : Etat 1.931.000 euros et Conseil général du Val-de-Marne 144.000 euros. (Partenaires : Oncodesign, Sanofi-Aventis, Servier, Ipsen, Cancéropôle.)
· Projets financés par la région Ile-de-France et les autres collectivités locales.
- Rétinopathies (pathologies du système nerveux central), développement d'un instrument fournissant des marqueurs cliniques permettant l'identification de populations dans des études cliniques (neurosciences). Financement total : région 830.000 euros, Ville de Paris 780.000 euros, Conseil général de l'Essonne 171.000 euros. (Partenaires : Mauna Kea Technologies, Centre de la vision, Imagine Eyes, Fovea Pharma, Espci, CEA.)
- Athim (imagerie moléculaire de l'athérothrombose), mise au point d'agents de contraste permettant la détection et la caractérisation de plaques d'athérome vulnérables par IRM et microscopie fibrée de fluorescence (imagerie). Financement total : 670.000 euros et Ville de Paris 300.000 euros. (Partenaires : Guerbet, Inserm, Mauna Kea Technologies.)
- Chimiothèque, découverte, développement et enregistrement d'antibiotiques par la constitution de nouvelles chimiothèques dédiées aux anti-infectieux (infectiologie). Financement total : région 1.400.000 euros et Conseil général de Seine-Saint-Denis 300.000 euros. (Partenaires : Novexel, Mutabilis, Institut Pasteur, ENSCP-CNRS.)
· Projets adoptés en conseil d'administration en attente de validation.
- Biotype, biotypage moléculaire et cellulaire multidimensionnel (médecine moléculaire et cellulaire). Coût : 5,77 millions d'euros, budget demandé, 3,16 millions d'euros. (Partenaires : Imstar, Génomic Vision, Genewave, Exonhit, Sibio, Sanofi-Aventis, Armine, CEA, CeRePP, Hôpital Tenon, Cedib, CNS, Institut Pasteur, Institut Gustave-Roussy.)
- Inge Cell, recherches sur les cellules RES et applications médicales (médecine moléculaire et cellulaire). Coût : 6,418 millions d'euros. (Partenaires : Abcys, Cellogos, CTP, Genosafe, Vigi Cell, Généthon, Inserm, U362, U602, U488, U421, EMI 011, APHP, Hôpital Antoine-Béclert.)
- Trans AI, modèle primate (macaque) de la maladie d'Alzheimer (neurosciences). Coût : 10,33 millions d'euros, budget demandé 3,099 millions d'euros. (Partenaires : Sanofi-Aventis, Servier, CEA, SHFJ.)
- Darmus, diagnostic avancé par IRM et ultrasons combinés (imagerie). Coût : 3,74 millions d'euros, budget demandé 1,74 million d'euros. (Partenaires : Philips Medical System, Supersonic Imagine, LOA-Espci, CNRS, UMR 7587, Cirem, UMR 8081 CNRS.)
- Teniu, traitement et élastographie non invasif par ultrasons (imagerie). Coût : 5,9 millions d'euros, budget demandé 2,57 millions d'euros. (Partenaires : Echosens, Theraclion, APHP, Necker, Henri-Mondor, Pitié-Salpêtrière, Ambroise-Paré.)
- Modèles animaux, nouveaux modèles d'infections expérimentales (thématique infectiologie). Coût : 7,08 millions d'euros, budget demandé 4,15 millions d'euros. (Partenaires : Apcis Biométhode, Mutabilis, Oroxcell, Cytomic System, Drugabilis, Institut Pasteur, AP-HP, Inserm, Enva, CEA.)
- Cristalead, identification et optimisation d'antiviraux inhibant les interactions protéine-protéine par design structural et chimo-informatique (infectiologie). Coût : 6 millions d'euros. (Partenaires : Anaconda Pharma, Ariana Pharma, Drugabilis, Medit, ICSN, CNRS, Institut Pasteur.)
DOMINIQUE MALÉCOT
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