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Loin de vanter la romance, le dessin de l'affiche « Prenez votre tension à coeur ! » entend souligner l'implantation de la pharmacie au coeur de la population et valoriser le rôle des officines, de plus en plus nombreuses, dans la prévention, le dépistage et le suivi des maladies chroniques.
Ce n'est pas la énième réclame qui invite à fêter la Saint-Valentin, comme pourrait le laisser croire un coup d'oeil jeté au dessin du gros coeur rouge qui s'affiche en devanture de certaines officines. L'Ordre national des pharmaciens a entamé depuis le 1er février des actions de communication sur l'hypertension artérielle qui valorisent le rôle de l'officine dans la prévention, le dépistage et le suivi des maladies chroniques. Loin de vanter la romance, le dessin de l'affiche « Prenez votre tension à coeur ! » illustre donc l'implantation de la pharmacie au coeur de la population.
« Cette campagne place le rôle d'éducateur et de conseiller santé dans une logique de proximité du pharmacien d'officine, point fort de notre réseau qu'il convient de mettre en valeur », souligne Jean Parrot, président du Conseil national de l'Ordre des pharmaciens.
Après adhésion volontaire à la campagne, chaque officine a suivi en septembre dernier une première session de formation au cours de laquelle il a reçu un kit composé d'affiches, brochures et badges. Les brochures sont conçues pour être remises de façon individuelle au patient. Elle sont proposées comme un support au dialogue. Depuis 1996, l'ordre mène ainsi campagne contre le diabète, l'asthme et le sevrage tabagique. Car c'est surtout dans les maladies chroniques que les pharmaciens entendent faire connaître et reconnaître leurs actions. En 1998, 2,5 millions d'asthmatiques ont été ainsi sensibilisés à une meilleure observance des traitements.
Pour l'Ordre national des pharmaciens, la mission qu'il entame ce mois-ci est cette fois officielle, puisqu'elle vient d'être consignée par le législateur dans la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2006 : « Contribuer à promouvoir la santé publique et la qualité des soins, notamment la sécurité des actes professionnels. » « Nous le faisions sans le faire savoir. Les pharmaciens n'ont pas attendu ce texte pour intégrer des actes de prévention et d'éducation sanitaire à leur pratique. Mais comme aujourd'hui vous n'existez que si l'on parle de vous, nous allons dire haut et fort que nous sommes là et que nous servons à quelque chose », affirme Jean Parrot.
Déjà, le Cespharm s'y emploie activement. Ce comité d'éducation sanitaire et sociale de la pharmacie française réalise et diffuse auprès des pharmaciens une information scientifique et grand public relative à la santé et au bon usage des médicaments. Il a édité 1.400.000 brochures en 2004, 21 % de plus qu'en 2003.
La loi offre donc l'occasion à la profession de réaffirmer sa participation aux soins et à la promotion de la santé publique et de rappeler ainsi au commun des consommateurs que les pharmaciens sont d'efficaces relais du corps médical. L'Ordre des pharmaciens va ainsi contribuer à la mise en oeuvre du dossier médical personnel (DMP) par le biais de son volet pharmaceutique. « On voit encore trop souvent le pharmacien comme un distributeur de boîtes sans reconnaître son acte intellectuel. Il sait reconstituer le parcours de soins d'un malade et peut le conseiller efficacement », défend Jean-Louis Craignou, directeur de la communication de l'ordre.
Face à l'accroissement des rubriques santé dans la presse magazine, la profession a mis au point une cellule en lien avec les journalistes, notamment ceux de la presse féminine, pour les aider à élaborer une information « plus scientifique pour nourrir des articles souvent trop erratiques », estime Jean Parrot. Il les rencontre par petits groupes avec des pharmaciens d'officine pour valider les informations.
Autant d'actions qui mettent l'accent sur l'évolution du métier. Le contexte sanitaire change. D'un côté, le vieillissement de la population induit une augmentation de la prévalence de certaines pathologies qui rejaillit sur le parcours de soin, donnant ainsi au pharmacien un rôle de plus fort soutien. De l'autre, le système de santé manque de médecins, avec, pour ne rien arranger, une répartition très contrastée sur le territoire. Le pharmacien, lui, est présent partout. En Grande- Bretagne, le gouvernement vient ainsi d'officialiser le rôle de prescripteur indépendant du pharmacien afin d'assurer la prise en charge des patients pour les pathologies courantes et de pallier le déficit des généralistes.
Convaincre les patients
Les pharmaciens d'officine trouvent donc dans tous ces éléments de quoi redorer leur blason. « Nous souhaitons qu'ils aient de nouveaux réflexes pour prendre en charge le patient et son éducation à la santé. Déjà, ils dépannent très souvent le malade dont l'ordonnance est périmée avant qu'il n'ait eu le temps de revoir son médecin », souligne Jean Parrot. Certains pharmaciens rêvent d'ailleurs de trouver au terme de « patient » un substitut plus conforme à leur voeu d'un client actif « acteur de sa pathologie et responsable », estimant « qu'un patient que l'on garde en bonne santé est un client pour longtemps ».
Reste à convaincre les patients, parfois très pressés, d'écouter leur pharmacien, et en amont les médecins, éventuellement réticents à partager leurs prérogatives. Si, selon une enquête Louis Harris, 79 % des généralistes s'accordent à dire que la prévention n'est pas suffisamment développée, seulement 41 % verraient bien le pharmacien plus impliqué dans le dépistage.
SOPHIE PÉTERS
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