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Current entry 111.  Un plan pour éradiquer la tuberculose
Un nouveau plan mondial de lutte contre la tuberculose vient d'être lancé par l'OMS. La principale difficulté réside dans le suivi des patients en tissu rural...02/02/06


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Résumé

Un nouveau vaccin pourrait être disponible en 2015. Mais comme souvent sur le continent noir, très touché par la tuberculose, le problème est donc plus dans l'accès au système de santé que dans la disponibilité des médicaments.

« Il y a cent cinquante ans, la tuberculose faisait des ravages en France. Cela s'appelait la phtisie. Celui qui l'attrapait était condamné à mort. » En rappelant ce passé, le docteur Léopold Blanc fait oeuvre d'historien des épidémies. Coordonnateur de la lutte antituberculeuse à l'Organisation mondiale de la santé (OMS), il milite aujourd'hui pour un nouveau plan mondial destiné à contrer les effets de la tuberculose. Souvent couplé au VIH, le bacille tuberculeux continue de faire des ravages dans les pays en développement, et notamment en Afrique. « C'est une maladie des pauvres qui rend encore plus pauvre, car elle attaque surtout les populations dans la tranche d'âge entre 20 et 45 ans, ce qui entraîne une perte de productivité énorme dans les pays touchés. C'est pourtant une maladie guérissable dans pratiquement 100 % des cas », rappelle Léopold Blanc.

 

Le nouveau plan proposé porte sur la période 2006-2015. Sa mise en oeuvre coûterait près de 56 milliards de dollars, dont 47 milliards de dollars pour les interventions sur le terrain (diagnostic, logistique et traitements) et 9 milliards de dollars pour la recherche et le développement (vaccins et nouvelles molécules). Une partie de ces montants (environ 60 %) devraient être engagés par les Etats concernés et le reste devra être couvert par des financements internationaux et des pays donateurs. Pour l'instant, les sommes disponibles sont de l'ordre de 25 milliards de dollars. Le déficit estimé est donc d'environ 31 milliards de dollars. Si les objectifs sont atteints, les taux de prévalence et de mortalité de la maladie pourraient être réduits de moitié par rapport aux données de 1990. Les médicaments (4 antibiotiques associés) sont relativement bon marché et les traitements sont standardisés.

La principale difficulté réside dans le suivi des patients en tissu rural. Le traitement de la tuberculose dure environ six mois et l'observance des malades est cruciale pour la réussite de l'opération. La stratégie DOTS développée initialement aux Etats-Unis (pour soigner les populations sans abri de New York) fait actuellement l'unanimité. Elle consiste à s'assurer de visu que les malades prennent effectivement les médicaments tous les jours. Cette technique demande un personnel nombreux pour suivre (et parfois pister) les malades isolés ou récalcitrants.

Ce suivi au jour le jour est destiné à éviter la naissance de souches résistantes aux antibiotiques qui apparaissent inévitablement en cas d'interruptions de traitement. « Actuellement la moitié des cas ne sont pas traités ou de façon inadéquate » , rappelle Nills Billo, de l'Union internationale contre la tuberculose et les maladies respiratoires. Le plan prévoit de lutter contre l'émergence de ces cas de tuberculoses multirésistantes (TBMR) de plus en plus fréquentes, y compris chez les populations marginalisées des pays occidentaux. On estime actuellement à 300.000 par an le nombre de cas de ce type apparaissant chaque année. « Si nous collectons les financements nécessaires, nous pourrons prendre en charge près de 50 millions de malades et sauver 14 millions de vie » , ajoute Léopold Blanc. Au récent sommet de Davos, la Fondation Bill Gates a annoncé son intention de tripler sa dotation à la lutte contre la tuberculose pour atteindre 900 millions de dollars en 2015.

 

De nouvelles molécules

Pour l'essentiel, les fonds Gates seront orientés vers des travaux de R&D. Annoncé en grande pompe par Bill Gates, le chancelier de l'Echiquier britannique, Gordon Brown, et le président du Nigeria, Olusegun Obasanjo, cette action vise, selon le fondateur de Microsoft, « à accélérer le développement de nouvelles molécules et de vaccins plus efficaces ». La fondation américaine vise également les cas de TBMR. Objectif : traiter près de 1 million de patients résistants au cours des dix prochaines années, contre 10.000 actuellement.

Selon Léopold Blanc, l'industrie pharmaceutique, qui n'investissait plus beaucoup dans cette maladie, a changé son fusil d'épaule. « Actuellement nous avons 27 molécules en développement, 15 tests de diagnostic en essai et 5 nouveaux vaccins à l'étude » , indique le médecin de l'OMS. Des antibiotiques de nouvelle génération pourraient être disponibles vers 2010. « Ce sera le premier nouveau médicament contre la tuberculose depuis quarante ans. Il devrait permettre de réduire la durée du traitement. »

Un nouveau vaccin pourrait être disponible en 2015. Mais tous ces experts ne cachent pas que ce programme sera très difficile à atteindre. De nombreux pays africains ne disposent pas des infrastructures médicales pour assurer la prise en charge des malades et la mise en place des procédures DOTS. Comme souvent sur le continent noir, le problème est donc plus dans l'accès au système de santé que dans la disponibilité des médicaments. Si toutes ces actions sont menées à bien, les experts de l'OMS estiment que le bacille de tuberculose disparaîtra en 2050.

 

La tuberculose, une maladie qui frappe massivement les jeunes

· 2 milliards de personnes infectées dans le monde.

· 5.000 morts par jour, soit un décès toutes les 15 secondes.

· 9 millions de nouveaux cas par an.

· Une personne infectée contamine entre 10 et 15 personnes de son entourage.

· Première cause de mortalité chez les personnes infectées par le VIH.

· Première maladie opportuniste du sida, elle est responsable de 11 % à 50 % des décès par sida en Afrique.

 

ALAIN PEREZ

Tous droits réservés (2005) LES ECHOS

Source
Les Echos
Date publication
02/02/06
 Thèmes
  Politique de santé

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