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La nouvelle offensive de grippe aviaire cet hiver, qui fait planer de nouveau la menace d'une pandémie, confirme la pertinence d'avoir spécialisé le pôle de compétence Lyon BioPole dans les maladies infectieuses. « Ces affectionsconstituent la première cause de mortalité dans le monde et un vrai problème de santé publique. Presque tous les six mois, un nouveau virus est isolé chez l'homme et, souvent, il est d'origine animale », s'émeut Christophe Mérieux, le président de la structure. La mobilisation rapide des acteurs locaux et l'acuité du problème ont permis à cette dernière d'obtenir dès l'an dernier du ministère de l'Industrie quelque 8,5 millions d'euros de crédits, soit plus de 20 % de l'enveloppe globale attribuée aux pôles de compétitivité.
Pour maintenir l'élan, l'association d'animation de Lyon BioPole a relayé, dès décembre dernier, l'appel à projets du gouvernement pour les 40 millions de crédits que ce dernier a prévu de distribuer en 2006. Lyon, qui semblait dormir sur ses lauriers, doit cette réactivité à la détermination politique de Gérard Collomb, maire et président de la communauté urbaine. « J'étais resté sur l'idée que les biotechs allaient se développer d'une manière linéaire dans l'agglomération. Nous étions fiers de ce que nous faisions autour d'événements comme le forum bioVision, raconte-t-il. Mais Alain Mérieux, président de bioMérieux, m'a confié en 2004 son inquiétude par rapport au secteur sciences du vivant dans l'agglomération. » « Quelque temps plus tard, Jean-François Dehecq, patron de Sanofi-Pasteur, me dit s'interroger sur l'emplacement de ses sites. »
Dès la publication du rapport de Christian Blanc préconisant les pôles de compétitivité, la ville se manifeste auprès des pouvoirs publics . « Au plan local, j'ai réuni les acteurs et demandé à la direction des affaires économiques et internationales du Grand Lyon de travailler sur le dossier », poursuit l'élu. Jean-Christophe Audonnet, directeur de la recherche exploratoire chez Merial, un des dix membres fondateurs, se souvient des six mois de fièvre entre janvier et juin 2005 avec des réunions hebdomadaires tard dans la nuit et des échanges permanents de courriels.
Enjeu de santé publique
A l'unanimité, le choix du « capitaine » se porte sur Christophe Mérieux qui incarne, au-delà de ses qualités professionnelles et humaines, la quatrième génération d'une famille d'industriels ayant modelé l'économie de la cité. Elle est à l'origine de Sanofi Pasteur (autrefois l'institut Mérieux), leader mondial des vaccins humains, de Merial (précédemment Rhône-Mérieux), numéro un des vaccins vétérinaires, et de bioMérieux (demeuré familial), un des acteurs internationaux du diagnostic biologique. Quant à BD France, autre noyau dur du pôle, sa maison mère américaine fut longtemps actionnaire de bioMérieux.
« Cette histoire commune a permis d'avancer plus vite », reconnaît Jean-Christophe Audonnet. De surcroît, loin d'être concurrents, tous ces industriels se complètent. « Le fait d'avoir un partenaire vétérinaire permet d'être plus audacieux, car, dans le domaine de la santé humaine, les essais cliniques sont nécessairement limités », reconnaît Bernard Mandrand, directeur scientifique chez bioMérieux. Le défi des maladies infectieusesest immense. Cette discipline englobe la santé humaine et vétérinaire, le diagnostic et le vaccin, soit autant de domaines dans lesquels Lyon possède une force de frappe considérée comme sans égal, tandis que Grenoble apporte son excellence dans le domaine des micro et nanotechnologies et du séquençage du génome. Pour la première fois, les deux grandes métropoles régionales travaillent ensemble. Cela représente 28.000 emplois, dont 2.500 chercheurs dans les laboratoires publics et privés de la région. « J'ai participé dès le début au montage du dossier », atteste Jean Chabbal, directeur du département des microtechnologies appliquées à la santé au CEA de Grenoble, en soulignant que la miniaturisation rend possible « les tests au lit des patients, sur les lieux des secours, en offrant un résultat très rapide ».
Premiers effets palpables
Le lyonnais bioMérieux a été pionner dans cette coopération en créant un labo commun avec le Leti-CEA et en installant au sein du Polygone scientifique de la capitale des Alpes son centre de développement du diagnostic moléculaire, opérationnel depuis septembre 2005. Dans le même souci d'efficacité, le conseil d'administration du BioPole est limité à dix membres et les industriels y sont largement majoritaires. Y siègent les quatre grands, Sanofi Pasteur, Merial SAS, BD France SAS et bioMérieux, ainsi que deux jeunes pousses, Opi et Protein'eXpert. L'univers académique est présent à travers le CEA, le CNRS, l'Inserm, tandis que la Fondation Mérieux « apporte son action sur le terrain dans les pays en voie de développement », s'enthousiasme Christophe Mérieux. Le Grand Lyon, la région et la Métro grenobloise y sont invités permanents et leur voix est consultative. Le comité scientifique, constitué de six personnes qualifiées, analyse les projets pour savoir s'ils sont « labellisables ». La mission de l'équipe d'animation, composée à terme de quatre « permanents », consiste à « aider les gens à structurer des projets, à les susciter et à trouver les financements », énumère François Guillemin, directeur général.
Les premiers effets BioPole sont palpables. Merial a ainsi confié à Protein'eXpert des prestations de services. BD France SAS, qui se lançait avec son client Sanofi Pasteur sur la piste de nouvelles voies d'administration de médicaments injectables, a décidé d'ouvrir le tour de table à l'Inserm. L'institut national va prioritairement orienter son projet de recherche fondamentale Interactome vers le virus de la grippe aviaire. Pour sa part, le pôle universitaire lyonnais élabore « un cahier des charges pour une formation internationale en infectiologie de haut niveau. Les lettres et sciences humaines peuvent y participer », précise son président, Philippe Gillet. Reste à entretenir la dynamique. Pour cela, Christophe Mérieux estime que, « tous acteurs confondus, il faudrait injecter 500 millions d'euros par an » et la participation de l'Etat devrait se situer « entre 50 et 100 millions ».
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Philippe Archinard Le directeur général de Transgène, depuis décembre 2004, voit dans les pôles un grand pas en faveur de l'excellence. « On admet aujourd'hui qu'il y a en France des régions qui font mieux que d'autres dans certains domaines et où il existe en plus une masse critique. » Ce docteur en biochimie, âgé de quarante-six ans, a passé quinze ans chez bioMérieux, dont il a notamment dirigé la filiale américaine avant de prendre la direction générale de la biotech belge Innogenetics, de 2002 à 2004.
Mickael Courtney PDG depuis 2003 d'Aptanomics, une jeune biopharma lyonnaise spécialisée dans la découverte de molécules pour le traitement de cancers, notamment induits par des virus, il participe au groupe technique de Lyon BioPole. Cet Ecossais d'origine, auparavant directeur scientifique de Transgene, voit dans ce pôle de compétitivité « une opportunité d'approcher de manière globale les maladies infectieuses en coordonnant les compétences complémentaires de Lyon et de Grenoble ». Aptanomics, qui a levé 7 millions d'euros depuis sa création, compte à son capital plusieurs sociétés de capital-risque : CDC, Ventech ou encore le fonds BioAm. Cette start-up participe également au cancéropôle Lyon-Auvergne Rhône-Alpes.
Charles Dumontet
Ce professeur d'hématologie, qui dirige une équipe de recherche Inserm, est également praticien hospitalier aux Hospices civils de Lyon (HCL). Membre du groupe technique de Lyon BioPole il apporte sa connaissance des milieux académique et clinique et la possibilité d'établir des liens entre tous ces univers. Deuxième CHU de France après l'Assistance publique de Paris, les HCL comptent de nombreux services pouvant être impliqués dans les projets de ce pôle de compétitivité.
Alexandre Fraichard
En tandem avec Gilles de Poncins, ce docteur en biologie moléculaire et cellulaire a fondé GenOway en 1999. Cette spin-off de l'ENS de Lyon a notamment développé, en 2003, le premier rat cloné avec l'Institut national de recherche agronomique. Forte de 50 personnes, elle conçoit des souris génétiquement modifiées et sur mesure pour les laboratoires et l'industrie pharmaceutique afin de tester de nouveaux médicaments. Cette société vient de breveter son propre modèle murin et a déjà levé 12 millions d'euros de capitaux.
Chantal Rabourdin - Combe « Nous avions déjà pris le pari de nous fédérer entre chercheurs. Si on agrège de surcroît des industriels, on sera encore plus puissants pour aller chercher des financements », lance cette quinquagénaire. Cette biochimiste de haut niveau dirige l'IFR (Institut fédératif de recherche) de Gerland, qui regroupe 650 personnes se consacrant à l'immunologie, l'infectiologie, la virologie et la biologie moléculaire.
Tristan Rousselle
Ce docteur en biologie cellulaire a cofondé, en 2000, Protein'eXpert avec Nicolas Mouz, docteur en biologie moléculaire. Cette jeune pousse spécialisée dans la recherche, optimisation et production de protéines recombinantes pour le compte de laboratoires et de biotechs, emploie 25 personnes et a réalisé 1,5 million d'euros de chiffre d'affaires en 2004. Elle s'est dotée d'une filiale, Px'Pharma, produisant des protéines pharmaceutiques en petits lots pour des essais cliniques. |
MARIE-ANNICK DEPAGNEUX
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