|
En cas d'alerte cardiaque, une seule solution appeler le 15. » Le conseil donné par les cardiologues est simple et sans appel : une insuffisance cardiaque ou un infarctus sont des urgences absolues et chaque seconde compte pour minimiser les effets d'un dysfonctionnement du muscle cardiaque. Les Journées européennes de cardiologie, qui s'ouvrent aujourd'hui à Paris, vont mettre l'accent sur les traitements et les mesures destinées à réduire l'impact de ces fléaux en augmentation rapide dans les sociétés développées vieillissantes. « L'insuffisance cardiaque touche aujourd'hui entre 500.000 et 700.000 personnes en France. C'est une épidémie très grave qui coûte très cher » , annonce le professeur Albert Hagège, de l'Hôpital européen Georges-Pompidou (HEGP).
Pourtant, dans la majorité des cas, la crise est prévisible et des mesures simples permettent de diminuer ses conséquences. « Dans plus de 50 % des cas, les causes les plus fréquentes de l'insuffisance cardiaque peuvent être prévenues. Elles sont en rapport avec une mauvaise observance des traitement médicamenteux ou diététiques », observe Le professeur Jean-Noël Trochu, de l'institut du Thorax à Nantes.
De son côté, l'infarctus touche chaque année entre 120.000 et 150.000 personnes. Résultant cette fois du bouchage d'une artère et non pas d'un défaut de fonctionnement de la pompe cardiaque, ses conséquences sont tout aussi graves. Là aussi, il faut intervenir dans les plus courts délais, de façon à éviter une nécrose définitive du muscle non oxygéné. « Les médecins du Samu savent maintenant parfaitement reconnaître les infarctus et choisissent la méthode la plus rapide pour déboucher les artères en fonction de la situation, des disponibilités hospitalières et des encombrements », assure le professeur Nicolas Danchin, de l'HEGP. Tous ces spécialistes sont d'accord sur un point : dans un cas comme dans l'autre, il ne faut surtout pas téléphoner à... un cardiologue.
Ce spécialiste est en fait le moins bien armé pour gagner une course contre la montre impitoyable. « La destruction du muscle est exponentielle en fonction du temps passé. Au bout de 12 heures c'est terminé », annonce Nicolas Danchin. Les urgentistes du Samu connaissent bien ces impératifs ainsi que les disponibilités hospitalières locales. Ils sont donc les mieux placés pour intervenir et orienter les patients. « Dans le cas d'un infarctus, il faut diriger les malades tout de suite vers les spécialistes d'angioplastie de l'hôpital » , conseille Nicolas Danchin.
Une enquête menée récemment en France par la société française de cardiologie (FAST-MI), montre que, malgré d'indéniables progrès au cours des dix dernières années, la marge de progression dans la réduction du délai d'intervention reste importante. Selon ces experts, le délai d'intervention reste le point noir de la médecine cardiaque française. D'après cette enquête menée au cours du dernier trimestre 2005 dans 230 centres spécialisés, le délai médian d'intervention après le début des symptômes est de 4 heures. La moitié des malades sont pris en charge dans un délai inférieur et seulement un quart au cours des deux premières heures.
Une partie de ce délai provient des malades eux-mêmes (ils attendent trop longtemps avant d'appeler le Samu) et une autre dépend du circuit de soin dans l'hôpital. Seulement 42 % des malades sont dirigés directement en cardiologie. Mais 54 % des patients sont orientés vers les urgences, ce qui est sans doute la plus mauvaise solution compte tenu de l'encombrement de cette porte d'entrée surchargée des hôpitaux. « C'est une véritable perte de chance pour les malades », n'hésite pas à dire Nicolas Danchin.
Par ailleurs, l'appel du médecin traitant multiplie par 3 le délai et celui du cardiologue par 6. Ces deux options sont donc de fausses bonnes idées et les cardiaques répertoriés ne sont pas mieux lotis que les autres. Malgré ces carences, la mortalité ne cesse de s'améliorer : 8,6 % en 1995, 6,4 % en 2000, environ 5 % en 2005. Ces progrès ont été obtenus en grande partie grâce à l'efficacité des Samu auxquels tous les cardiologues rendent hommage. « Ce sont des machines de guerre fantastiquement rodées et performantes » conclut Alec Vahanian, président de la Fédération française de cardiologie.
Halte à l'infarctus
« Trop de malades réagissent trop tard ou empruntent de mauvais circuits avant d'arriver en cardiologie. » Les cardiologues français lancent une campagne d'information destinée apprendre les « gestes qui sauvent » en cas de problème cardiaque. Le premier indice à prendre en compte est la douleur thoracique « angoissante, prolongée en plein milieu de la poitrine » qui irradie vers le reste du corps. L'infarctus est la conséquence du bouchage d'une artère coronaire (occlusion) par un caillot. Deux techniques sont utilisées pour obtenir la réouverture de l'artère : l'injection d'un médicament qui va dissoudre le caillot (fibrinolyse) ou l'introduction d'un système mécanique (par ballonnet) dilatant la partie bouchée. Le choix de la méthode dépend de l'urgence. La première est le plus souvent initiée par les Samu médicalisés. La seconde, réalisée par cathéter, est assurée par un centre hospitalier dans les services d'angioplastie. La revue de la Fédération française de cardiologie, « Coeur et Santé », vient de réaliser un dossier complet sur ce thème.
| Bilan des insuffisances cardiaques
· 14 millions d'Européens souffrent aujourd'huid'insuffisance cardiaque (IC) et ils seront 30 millions en 2020.
· En France, il sont 500.000à souffrir d'insuffisance cardiaqueet ce chiffre devrait doubler d'ici à 2020.
· C'est la première cause de mortalité en France et en Europe.
· Chaque année, près de 120.000 nouveaux cas sont identifiés en France.
· Environ 40 % des patients décèdent dans l'année qui suit la premièrehospitalisation.· Seulement 25 % des hommes et 38 % des femmes survivent plus de 5 ans après le diagnostic.
· En France, l'IC est responsable de 32.000 décès par an contre 11.000 pour le cancer du sein.
· L'IC est la première cause d'hospitalisation chez les personnes de plus de 65 ans. |
ALAIN PEREZ
Tous droits réservés (2005) LES ECHOS
|