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Une petite année par-ci, une petite année par-là et presque sans s'en apercevoir les Français ont gagné vingt-huit ans en un siècle, les Françaises trente-cinq ans. Alors que la révolution de la longévité devrait être une source de satisfaction, cette « vie en plus » est souvent analysée en termes négatifs. Non sans raison dans la mesure où l'imprévoyance des dirigeants, à laquelle s'ajoute une bonne dose d'insouciance sinon d'égoïsme des intéressés, fait courir de grands risques aux régimes de retraite et de protection sociale. Pourtant, avant d'être une bombe à retardement économique et peut-être sociétale, cette longévité est un formidable cadeau, une « autre adolescence », source, comme la première, d'interrogations multiples. « Voilà que de nouveau on se trouve dans l'incertitude », constate Jean-Louis Servan- Schreiber, qui, avec deux autres seniors, Joël de Rosnay et François de Closets, explore cette terra presque incognita, avec cette question : « la longévité pour quoi faire ? ».
De tout temps, il y a eu de magnifiques vieillards, mais, pour la première fois dans l'histoire, les vieux d'aujourd'hui sont très nombreux et ne se sentent pas âgés. Maintenant que les mécanismes du vieillissement sont de mieux en mieux connus, comme le démontre le biochimiste Joël de Rosnay, l'enjeu principal est de vivre bien le plus longtemps possible. Grâce à une médecine de plus en plus fine et prédictive, grâce au mariage de la biologie et de l'informatique, l'avenir est prometteur. « La longévité sera assurément l'un des grands thèmes de la recherche appliquée de ces prochaines années et elle aura un impact économique considérable », prévoit Joël de Rosnay.
Leçons de vie
Mais retarder l'inéluctable relève d'abord de la responsabilité individuelle comme l'enseigne le mode de vie des centenaires étudiés. Tous sont frugaux, moins de 1 % ont un excès pondéral. Conclusion ? « Ne mange qu'à 80 % de ta faim », dit le sage. A titre de comparaison, un Américain consomme environ 2.500 calories par jour, un Japonais 1.800. Second enseignement, s'astreindre à prendre du recul. A cet égard, Jean-Louis Servan-Schreiber donne de véritables leçons de vie et en appelle à la quête d' « un équilibre entre hédonisme et discipline ». Cette éthique implique de ne pas se tourner vers le passé. Pour vivre vieux en étant heureux, « on peut essayer de capter ce que les autres semblent apprécier en nous et se conformer à ce reflet », écrit le directeur de « Psychologie magazine » qui se confirme excellent coach.
Après lui, François de Closets - interrogé lui aussi par Dominique Simonnet - a le mauvais rôle, celui de nous rappeler comment le droit à l'oisiveté des seniors se paye sur le dos de leurs enfants et de dire comment on pourrait éviter le choc prévisible entre « des vieux riches et puissants qui résistent au changement (...) et des jeunes écrasés sous le poids des charges ». Sa conclusion rejoint celle des autres coauteurs. Certes, il est nécessaire de reculer l'âge de la retraite. Mais la réponse ne viendra pas des décideurs, tant « les vraies transformations de la société ne sont que les résultats des changements individuels ». C ela demandera du temps, une ou deux générations peut-être. Les sexagénaires d'aujourd'hui n'y peuvent pas grand-chose mais ils liront avec profit ce livre qui est, avant tout, une belle leçon d'optimisme et de sagesse.
MICHÈLE LÉCLUSE
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Une vie en plus
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