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La naissance du premier bébé-éprouvette, en 1978, Louise Brown, déclencha une vive polémique. Depuis, les enquêtes menées sur les enfants issus d'une PMA confirment qu'ils se développent très bien.
Plus de 1 million d'enfants nés dans le monde grâce à la procréation médicalement assistée (PMA). Cet acte totalement banalisé ne déclenche aujourd'hui ni curiosité ni polémiques. On est loin de la fureur médiatique provoquée par la naissance du premier bébé-éprouvette le 28 juillet 1978 : Louise Brown. « Et si c'était un monstre ? », avait titré à l'époque « France-Soir », reprenant à son compte les propos délirants d'un scientifique américain. Plus optimiste, « L'Aurore » avait salué « l'immense espoir pour des millions de femmes » . A cette époque, la plupart des observateurs français estimaient que cet exploit était sans suite. Certains craignaient l'émergence d'une « nouvelle frontière » menaçant une humanité coupable d'intervention sur le vivant. Maillot jaune de l'emphase apocalyptique, « Paris Match » se demandait ce qui se passerait « si un dictateur fabriquait des SS-éprouvettes » . En 1978, la FIV était donc perçue comme une pratique aliénant l'homme à des techniques contre nature et donc dangereuses.
Les nombreuses enquêtes menées depuis sur les enfants issus d'une PMA ont heureusement confirmé leur développement normal et statistiquement comparable aux naissances naturelles. Un bébé né d'un ovule réimplanté après un séjour de sept ans dans l'azote liquide est même devenu un solide gaillard. A quelques variantes près, les mêmes fantasmes alarmistes refont régulièrement surface : après la naissance de la brebis Dolly, à propos des OGM, du séquençage du génome humain, des travaux sur les cellules souches embryonnaires ou sur les « bébés médicaments ». « Confrontés aux progrès foudroyants de la médecine, la société tout entière et spécialement le législateur nagent aujourd'hui en plein désarroi, comme le prouve l'incroyable incertitude juridique concernant le statut de l'enfant à naître », indique le professeur Bernard Debré.
Face à la baisse de la fertilité naturelle et du recul de l'âge de la première naissance, la FIV est aujourd'hui la meilleure chance pour un nombre croissant de couples désirant un enfant. D'autant qu'on sait désormais éviter l'écueil principal de cette pratique presque trentenaire : le risque de grossesse multiple.
Une étude récente menée sur plus de 800 patientes par le laboratoire suédois Ferring (Merit) démontre le lien entre la qualité biologique de l'embryon et le succès de l'implantation. Plus de 20.000 clichés d'embryons ont ainsi permis de mieux comprendre « ce qui se passe pendant les deux ou trois premiers jours » après la fécondation. Résultat : on sait désormais trier les embryons qui possèdent la meilleure probabilité d'implantation. « Avant, plus on produisait d'ovocytes et plus c'était favorable. Aujourd'hui, la sélection de l'embryon à réimplanter devient capitale » , confirme le professeur Paul Barrière, obstétricien au CHU de Nantes. Dans l'avenir, un seul embryon sera réimplanté de façon à éviter les « effets indésirables » (les naissances multiples à risque).
Après la FIV, le diagnostic préimplantatoire (DPI) et le diagnostic prénatal (DPN) sont les nouvelles révolutions qui fascinent les obstétriciens et agitent les esprits. Le DPI est autorisé depuis 1999 en France.
Corriger les erreurs
Cette opération, très encadrée par les lois de bioéthique, n'est autorisée que dans des centres sélectionnés et uniquement si le couple possède une forte probabilité de donner naissance à un enfant atteint d'une maladie génétique grave. Une seule cellule prélevée sur un embryon de quelques jours permet de dresser le profil génétique et une partie du destin médical de l'enfant à venir.
Valentin, le premier bébé français issu d'un tri d'embryons, est né en novembre 2000 à l'hôpital Antoine-Béclère de Clamart, grâce aux travaux des équipes de René Frydman et d'Arnold Munnich. « Nous aurons de plus en plus de moyens pour corriger les erreurs de la nature » , estime Claude Griscelli, président de la Fondation Wyeth pour la santé de l'enfant et de l'adolescent.
Actuellement, 2 % des enfants naissent avec un handicap physique ou mental dont un tiers sont graves. Parallèlement, environ 20 % des femmes subissent une amniocentèse, un examen invasif qui n'est pas sans risque. Résultat, le rapport bénéfice-risque de ce prélèvement est devenu négatif. « On compte plus d'interruptions de grossesse à la suite d'une amniocentèse que de malformations dépistées grâce à l'examen lui-même » , rappelle René Frydman, chef de gynécologie obstétrique et médecine de la reproduction à l'hôpital Antoine-Béclère.
L'échographie permet de détecter 15 % à 20 % des malformations. Des examens du sang de la mère autorisent de repérer certaines pathologies du foetus, mais l'amniocentèse demeure systématiquement proposée aux femmes de plus de trente-huit ans. Reste un problème de taille. Quelle décision prendre en cas de malformation détectée et quel système de soins mettre en place pour prendre en charge parents et enfants. « Nous constatons un nombre croissant de maladies génétiques à la naissance, dont certaines sont à début tardif » , rapporte le généticien Arnold Munnich, chef du service génétique médicale à l'hôpital Necker. « Nous voyons aussi de plus en plus de papas de plus de cinquante ans. Les maladies génétiques sont également corrélées avec l'âge paternel », remarque le généticien.
800.000 naissances par an en France
9.500 bébés sont issus de fécondations in vitro.
4.000 naissances sont le résultat d'une insémination artificielle.
Près de 80.000 prélèvements amniotiques en vue d'un diagnostic prénatal sont réalisés chaque année (amniocentèses).
Plus de 600.000 tests sur le sang des futures mères (tests sériques) sont réalisés pour détecter certains risques d'anomalies génétiques.
Environ 5.000 IVG liées à un diagnostic prénatal défavorable sont réalisées chaque année.
11 % des femmes sont enceintes après l'âge de 36 ans.
ALAIN PEREZ
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