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Lorsque Manuel Gea évoque sa dernière création, sa voix s'emballe : perchée dans une tour de Montparnasse depuis août, sa société, Bio-Modeling Systems, conçoit, par ordinateur, des modèles théoriques d'analyse prédictive pour anticiper, grâce à la biotechnologie, le comportement de maladies, allant des cancers métastatiques du sein aux pathologies dégénératives, comme la maladie du prion ou l'Alzheimer. Au croisement des mathématiques et de la santé, sa société de services devrait permettre aux grands groupes pharmaceutiques de ne pas s'élancer aveuglément dans des projets de R&D.
« Près de 75 % des programmes de recherche lancés par des compagnies pharmaceutiques se soldent par des échecs », assure cet entrepreneur, résolument pédagogue. Un taux d'échecs qui, selon cet ardent défenseur des biotechnologies, passionné de science-fiction et en croisade contre les idées reçues, est dû à une approche scientifique traditionnelle, trop cloisonnée et « bien trop cartésienne ».
A quarante-cinq ans, après avoir roulé sa bosse dans l'industrie, Manuel Gea en est convaincu : à l'aube du XXIe siècle, la science ne peut plus progresser en restant isolée. Toutefois, il ne se contente pas d'exprimer ses idées haut et fort. Dès 1997, cet ancien de Centrale a créé l'association de réflexion Centrale Santé, que fréquentent 2.500 membres, médecins, chercheurs, pharmaciens, industriels ou financiers, centraliens ou non.
« Beaucoup de culot »
« C'est un homme de réseaux », estime Marc de Garidel, président d'Amgen France, qui l'a recruté pour cofonder, dans les murs du Leem, le syndicat des entreprises du médicament, un comité biotech visant à favoriser les échanges entre start-up et entreprises matures des sciences du vivant. Car d'entrepreneur à lobbyiste et à « business angel », Manuel Gea, qui se définit comme un « bâtisseur », empile les casquettes. C'est à lui, notamment, que l'Ecole centrale doit de proposer à ses ingénieurs un cursus voué à la santé.
Le 7 novembre dernier, il a été nommé administrateur et membre du bureau exécutif du pôle de compétitivité national de biotechnologie Méditech Santé. « Il a des idées, énormément d'énergie et beaucoup de culot », résume Pablo Santamaria, PDG de Formitel, une société de conseil en utilisation des nouvelles technologies dont Manuel Gea est administrateur.
Cet ingénieur, qui a étoffé son cursus d'un DEA de sociologie des organisations de l'université de Paris-Dauphine et d'un diplôme du CNAM, connaît les rouages des entreprises. En 1984, ce fils d'ouvriers d'origine espagnole a commencé sa carrière chez le lessivier Colgate Palmolive. Là, il a sillonné les départements technique et de marketing, avant de devenir responsable, pour l'Europe et l'Asie, du développement de certaines activités, comme l'eau de Javel. Huit ans plus tard, il entre chez McKinsey & Company, où il crée un pôle de compétences sur l'industrie pharmaceutique.
Un client, le laboratoire Boehringer Ingelheim France, ne tarde pas à l'embaucher, notamment pour mener une âpre restructuration, avant de le propulser directeur général de la division médication familiale. Tenté par les sirènes des start-up, il a pris, dès mars 1999, les rênesd'une jeune pousse de la biotech américaine Hemispherx Biopharma Europe, qui peinait à trouver ses marques en Europe. D'une expérience à l'autre, Manuel Gea a affûté son regard. Il espère, à travers Bio-Modeling Systems, défricher un chemin inédit qui le mènera vers un succès d'envergure.
Manuel Gea
1984. Diplômé de Centrale, de Dauphine et du CNAM, il entre chez Colgate Palmolive France.
1992. Il intègre le cabinet de conseil McKinsey & Company.
1994. Ilest promu à la direction du groupe pharmaceutique Boehringer Ingelheim France.
1997. Il lance l'association Centrale Santé.
1999. Il rejoint la filiale française d'Hemispherx Biopharma.
2004. Il dépose les statuts de BioModeling Systems.
LAURANCE N'KAOUA
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