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L'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques vient de procéder, sous la présidence d'Alain Claeys, député de la Vienne, à une audition publique réunissant, sur les cellules souches, la fine fleur des scientifiques, médecins, dirigeants de sociétés de biotechnologie, « éthiciens » et représentants d'associations de patients concernés. Cette audition vise à refaire le point sur une des dispositions les plus controversées de la loi de bioéthique d'août 2004 : l'interdiction maintenue des recherches sur l'embryon, sauf circonstances dérogatoires, à savoir «...pour une période limitée à cinq ans (...), lorsqu'elles sont susceptibles de permettre des progrès thérapeutiques majeurs » et s'il n'y a pas de « méthode alternative d'efficacité comparable ». Cette interdiction, même atténuée, constitue un handicap sérieux, certains décrets d'application toujours en attente, plus d'un an après, aggravant encore une situation parfois kafkaïenne.
Tartuferie
Selon les experts réunis la semaine dernière, exiger d'emblée qu'un projet de recherche ait une visée thérapeutique est beaucoup trop restrictif. « Le travail scientifique débouche souvent sur des résultats inattendus. Ses éventuelles implications médicales sont impossibles à prévoir d'emblée, souligne Jean-Claude Ameisen, professeur, praticien hospitalier, et président du comité d'éthique de l'Inserm. En outre, l'étude des cellules souches embryonnaires est essentielle pour le progrès des connaissances, y compris dans d'autres domaines «miroir» de la biologie aussi importants que la mort cellulaire, le vieillissement, la longévité, le cancer... »
Le contexte juridique flou et sa tartuferie - la création d'embryons humains à des fins de recherche est interdite, mais des lignées cellulaires issues d'embryons peuvent être importées - met aussi les chercheurs français en mauvaise posture pour participer aux projets européens. « On peut difficilement faire valoir son point de vue sur les projets communs et c'est aussi un frein pour la réponse aux appels d'offres européens sur le sujet » , souligne Christian Bréchot, directeur général de l'Inserm, institut qui consacre 15 millions d'euros à la recherche sur les cellules souches (mais essentiellement adultes) et finance, avec différentes associations de patients, quelque 80 projets pour 8 à 10 millions d'euros. « Nous souhaitons vivement que l'Agence nationale pour la recherche finance elle aussi un programme complémentaire sur la médecine régénérative », ajoute-t-il.
Quant aux applications thérapeutiques qui suscitent les espoirs des associations de patients, elles en sont aujourd'hui, à un stade... embryonnaire. « Aucun essai clinique utilisant des cellules souches embryonnaires n'est en cours actuellement, tout simplement parce qu'il reste beaucoup de travail fondamental à réaliser avant d'espérer passer en clinique », a expliqué Marina Cavazzana-Calvo, chef du service du département de biothérapie de l'hôpital Necker-Enfants malades.
Créer de nouvelles lignées
Dans une optique thérapeutique, Laure Coulombel, directrice de recherche à l'Inserm, insiste sur la nécessité de créer de nouvelles lignées. « Les lignées existantes qu'on importe ne sont pas standardisées et ont été différenciées au moyen de molécules de type animal, ce qui est inacceptable pour une application clinique » , explique-t-elle. Et les cellules souches adultes, quant à elles, si elles sont complémentaires, ne sauraient constituer une alternative. « Elles sont trop peu nombreuses, trop difficiles à extraire et à purifier, et leurs potentialités sont plus limitées » , souligne Laure Coulombel.
Les quelques sociétés françaises comme Myosix, Cellogos et Cellectis qui s'intéressent à la thérapie cellulaire sont curieusement beaucoup plus positives. Même si lever de l'argent auprès du capital-risque sur des projets si peu conformistes est une gageure. Même si l'industrie pharmaceutique tournée vers une production chimique standardisée ignore ce type de thérapie. Même si l'incertitude règne sur la taille du marché potentiel - 5 à 50 milliards d'euros en 2020 . « Il faut reconnaître cette thématique, préconise de façon volontariste David Sourdive, directeur général de Cellectis, y affecter des lignes budgétaires et pérenniser l'effort des entreprises en mobilisant davantage l'épargne française au service des PME innovantes.
CATHERINE DUCRUET
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