|
Doté d'une enveloppe de 10,7 millions d'euros dans le cadre du 6e programme cadre européen, le projet réunit universités, PME et industries pharmaceutiques autour de la biosimulation. Ce domaine consiste à utiliser des modèles informatiques pour décrire les systèmes biologiques.
Novo Nordisk, l'un des leaders mondiaux dans le traitement des diabètes, participe activement au réseau BioSim. « Nous cherchons à exploiter la modélisation informatique pour tester des hypothèses et estimer la probabilité qu'une molécule donnée ait effectivement les vertus d'un médicament », indique Morten Colding-Jorgensen, conseiller scientifique chez Novo Nordisk. La société espère ainsi écarter au plus tôt les fausses pistes. Les enjeux économiques sont évidemment considérables, dans un secteur où le coût d'un projet avorté peut atteindre 100 millions d'euros.
Des traitements individualisés
La biosimulation n'en est toutefois qu'à ses balbutiements. Dans un premier temps, elle doit surtout permettre de développer des modèles « in silico » de processus cellulaires, physiologiques et pharmacologiques. L'objectif est d'optimiser l'action thérapeutique des médicaments, notamment dans les domaines du diabète, du cancer ou des maladies cardiovasculaires.
Francis Levi, professeur à l'Inserm et responsable du département cancer pour BioSim, attend beaucoup des modèles informatiques, dont l'avantage est de synthétiser de grandes quantités d'informations. Depuis plusieurs années, il étudie l'influence de l'horloge biologique sur l'action des médicaments antitumoraux. Car, selon le moment de la journée où l'on administre un traitement, son efficacité est extrêmement variable, de même que la tolérance du malade. « Nous cherchons à modéliser l'interaction des multiples rythmes biologiques, propres à chaque individu, afin, d'ici à un ou deux ans, d'individualiser les traitements pour un patient ou un groupe de patients », précise Francis Levi.
Reste que sans expérimentations, pas de modèles. « Ces derniers reposent avant tout sur les connaissances accumulées par les chercheurs », précise Jean Clairambault, mathématicien et médecin. Et ce, à tous les échelons. « Pour interpréter les comportements d'un organe, à grande échelle donc, il faut comprendre les niveaux élémentaires, au niveau cellulaire par exemple », précise-t-il.
C'est en s'affinant que la biosimulation doit permettre de proposer des solutions thérapeutiques mieux adaptées. Certains résultats sont déjà très probants, à l'image du coeur virtuel présenté à Palma de Majorque, capable d'interpréter les différents rythmes cardiaques. D'autres organes plus complexes, comme le cerveau, sont loin d'être modélisables pour le moment. Il faudra attendre quelques années avant de créer un cobaye entièrement virtuel.
CÉDRIC DUVAL
Tous droits réservés (2005) LES ECHOS
|