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« Quelles routes aériennes vont emprunter les oiseaux migrateurs ? » Lors du récent congrès européen sur la grippe qui s'est tenu à Malte, tous les experts se posaient cette question qui concerne d'ordinaire les ornithologues. Les espèces sauvages migratrices comme les oies et les canards sont les principaux vecteurs du virus H5N1 responsable de l'épidémie actuelle. D'autres oiseaux peuvent transporter le virus : cailles, macareux, cormorans, pétrels. Certains de ces volatiles sont de grands voyageurs qui passent d'un hémisphère à l'autre, en faisant des haltes autour de points d'eau pour se reposer et s'alimenter. Ces migrations hivernales ont lieu après la nidification. Elles concernent d'énormes populations d'espèces différentes comprenant de nombreux jeunes dont le système immunitaire est encore embryonnaire. Une aubaine pour les virus qui prolifèrent dans l'eau contenant les déjections animales.
Réassortiment viral
La majorité des oiseaux venus de l'est doivent filer vers l'Afrique pour passer l'hiver, via le Moyen-Orient. Arrivés à destination, ils vont partager leurs territoires pendant plusieurs mois avec les espèces venues du nord de l'Europe. Pour le Vieux Continent, le risque maximum sera donc au printemps prochain, quand les oiseaux infectés remonteront vers la Scandinavie. Ces concentrations mettent en contact des oiseaux aquatiques sauvages avec des espèces sédentaires ou domestiques, y compris des mammifères. Un véritable bouillon de culture favorable aux échanges de matériel génétique et aux mutations en tout genre. C'est la loterie génétique issue de ce brassage qui peut produire une souche du H5N1 humanisée et pathogène.
Ce phénomène de réassortiment viral est bien connu. Il est à l'origine des épidémies de grippes saisonnières qui frappent tous les ans avec une sévérité variable. Le circuit type est le suivant. Les canards sauvages infectent les oiseaux domestiques et les porcs. Ce mammifère semble jouer un rôle très important dans la chaîne de production de la souche pandémique. Le virus de l'épidémie de 1957 (dite de Hong Kong) a ainsi circulé entre les trois espèces avant de se stabiliser. Un ancien virus grippal humain présent à l'état latent chez un porc se serait croisé avec un virus de canard. L'hybride ainsi produit était capable d'infecter l'homme, tout en portant des antigènes de canard. Du coup, le système immunitaire humain a été pris de court par cette nouveauté inconnue au bataillon. C'est ce scénario de la souche mixte que redoutent le plus les spécialistes des maladies infectieuses.
ALAIN PEREZ
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