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Current entry 72.  La « biodéfence » émerge aux Etats-Unis
Les Etats-Unis ont lancé un vaste plan de développement de nouveaux vaccins destinés à parer aux menaces du bioterrorisme...20/09/05


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Résumé

Acambis, Cangene, VaxGen, Crucell : les nouvelles vedettes du petit monde des producteurs de vaccins sont d'illustres inconnus. Ces entreprises, issues du vivier des PMI biotechnologiques, tentent pourtant de développer des approches vaccinales originales contre les nouvelles menaces : maladie du charbon (« anthrax »), grippe, variole, peste, West Nile, Ebola... Ce secteur, baptisé « biodefence » par les médias américains, est une activité en émergence surveillée de près par les analystes financiers. Il est vrai que ces travaux, pilotés par l'administration Bush, bénéficient de larges subsides publics. La première mouture du plan américain lancé après le 11 septembre 2001 pour contrer une éventuelle attaque bioterroriste (BioShield 1) dispose d'un budget de 5,6 milliards de dollars. A la fin juillet, près de 1 milliard de dollars avaient été engagés dans des travaux de recherche-développement.

Une dizaine d'entreprises, dont trois européennes - l'anglais Acambis, le danois Bavarian Nordic et le néerlandais Crucell -, font partie des premiers bénéficiaires des largesses de Washington. « Le marché des vaccins destinés aux activités de biodéfence pourrait connaître une croissance exponentielle au cours des prochaines années » , révèle un récent rapport de la banque d'affaires Merrill Lynch. « Il s'agit d'un marché unique en son genre, puisque la majorité des clients de ces produits sont des gouvernements », précise le document.

Tous les gouvernements des pays développés ont mis en place des structures de surveillance du risque épidémique lié ou non à une action terroriste. L'Otan et l'OMS ont recensé une quinzaine d'agents, dont 4 sont prioritaires : variole, charbon, peste et toxine botulinique. En France, un récent rapport de l'Office parlementaire des choix scientifiques et technologiques (Opecst) indique ainsi que « les maladies épidémiques provoquées par un agent infectieux constituent un des défis les plus complexes que doivent relever les politiques de la santé publique ».

 

« Une tâche peu lucrative »

Cette complexité découle de trois paramètres essentiels. D'abord, l'identité, la toxicité et la contagiosité de l'agent pathogène sont par nature impossibles à prévoir. Ensuite, la riposte prophylactique n'est pas toujours disponible, et quand elle existe, sa mise en action demande du temps. Le développement d'un vaccin efficace contre une pandémie de grippe demanderait ainsi au moins six mois de délai chez les industriels. Enfin, personne ne sait comment réagirait une société moderne menacée par une attaque virale ou bactérienne et quel niveau de désorganisation serait induit par l'arrivée d'un agent pathogène fortement contagieux.

La fabrication des vaccins est un exercice délicat réservé à une poignée de spécialistes concentrés en Europe. La pénurie de vaccins grippaux apparue au cours de l'hiver dernier aux Etats-Unis (due à une contamination accidentelle dans une usine du producteur Chiron, près de Liverpool) a confirmé cette fragilité. « La fabrication du vaccin antigrippal est une tâche noble mais ingrate et peu lucrative comparée à l'industrie du médicament » , indiquait récemment Jean-Claude Manuguerra, spécialiste des maladies infectieuses à l'Institut Pasteur, à Paris. En principe, les pays sont liés par des accords de solidarité. Si une crise éclatait, la logique épidémique exigerait de concentrer tous les moyens dans la zone contaminée. Mais en cas de pandémie grave, une situation de type « sauve qui peut » pourrait faire voler en éclats ces accords passés par beau temps de paix sanitaire.

L'administration américaine, obsédée par le bioterrorisme depuis l'affaire des lettres contaminées par des spores des bacilles de la maladie du charbon, va aujourd'hui très loin dans son soutien aux industriels. Elle finance les développements jusqu'à un stade avancé (phase 3) et s'engage à acheter les produits qui auront été mis au point. Les médicaments qui sortiront de ces projets bénéficieront donc d'un double avantage : un marché garanti d'avance et un oeil bienveillant des autorités de santé chargées d'autoriser leur homologation (Food and Drug Administration). La FDA devrait, en principe, actionner généreusement la procédure d'homologation rapide (« fast track ») pour récompenser les entreprises à la hauteur du challenge. Résultat : la biodéfence est une des meilleures affaires du moment. Selon Merrill Lynch, ce secteur a réalisé en 2004 des performances nettement au-dessus des autres spécialités pharmaceutiques.

Curieusement les grands noms de la pharmacie sont pour l'instant absents de BioShield 1. Ces laboratoires estiment que les risques (notamment juridiques) sont mal cernés et que ce marché est trop dépendant des décisions gouvernementales. Que se passerait-il si un vaccin développé dans l'urgence ou avec des procédures de sécurité simplifiées développait des effets secondaires catastrophiques chez des patients ? La nouvelle version du plan (BioShield 2) devrait contenir, outre quelques milliards de dollars supplémentaires, des arguments plus persuasifs pour convaincre « Big Pharma » de participer aux travaux.

Mais ce programme est avant tout un défi médical et scientifique de première grandeur. En temps normal, il faut compter une dizaine d'années pour développer un nouveau vaccin. De surcroît, on ne gagne pas à tous les coups, pour deux raisons principales. D'une part, les virus sont des micro-organismes subtils et très changeants. D'autre part, le fonctionnement du système immunitaire n'est pas totalement compris.

Trouver et stabiliser un antigène éduquant le système immunitaire sans être lui-même toxique et sans déclencher une tempête auto-immune désastreuse dans l'organisme n'est pas une mince affaire. Les difficultés rencontrées par les chercheurs pour mettre au point un vaccin contre le VIH confirment bien les limites actuelles de la vaccinologie. Du coup, les industriels des vaccins retrouvent les faveurs et les attentions des pouvoirs publics. « Il faudrait accentuer et financer les recherches dans ce domaine en aidant les industriels », plaide Bruno Lina, chercheur qui dirige le centre de référence de la grippe à Lyon.

 

ALAIN PEREZ

Tous droits réservés (2005) LES ECHOS

Source
Les Echos
Date publication
20/09/05
 Thèmes
  Politique de santé
  R&D

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