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Current entry 71.  Grippe : l'industrie des vaccins sous pression
Avec la montée du risque épidémique, les producteurs de vaccins sont confrontés à de nombreux problèmes scientifiques et industriels...19/09/05


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Résumé

Un vaccin est très efficace uniquement quand il y a concordance parfaite entre le type de virus circulant et la souche vaccinale. L'efficacité peut ainsi varier de 90 % à moins de 50 %, avec des différences selon l'âge.

 

Les industriels des vaccins sont sous pression. Dans tous les pays développés, les pouvoirs publics les engagent à trouver rapidement des solutions contre les virus qui menacent l'humanité. Le sommet européen des spécialistes de la grippe qui vient de se tenir à Malte a confirmé l'importance de cette protection vaccinale face aux menaces virales. « Le vaccin est au coeur du dispositif de lutte contre le risque de pandémie » , prévient Bruno Lina, responsable du centre de référence de la grippe à Lyon. Mais cette industrie est confrontée à des contraintes de production et des obligations réglementaires incompressibles. Un vaccin est produit dans des usines dédiées et dans des conditions de confinement biologique très strictes. De plus, le vaccin n'offre pas une protection universelle. Il est spécifiquement conçu pour éduquer et préparer le système immunitaire à reconnaître et à détruire un seul agent pathogène. Il est très efficace uniquement quand il y a concordance parfaite entre le type de virus circulant et la souche vaccinale.

 

Une quinzaine de souches

Dans le cas de la grippe classique, cet objectif est rarement atteint. Les vaccins existants comprennent des antigènes extraits des trois familles de virus les plus courantes (vaccin trivalent). Pour l'hémisphère Nord, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) décide en début d'année de la composition du vaccin qui sera utilisé à partir de septembre de la même année. Les industriels disposent ainsi d'environ six mois pour fabriquer les doses. Les virus sont généralement cultivés dans des oeufs de poule fécondés ou plus rarement sur des cultures cellulaires. Ils possèdent leurs propres élevages de poules pondeuses fermés pour éviter toute source de contamination extérieure. Le virus de la grippe classique, le plus majoritaire en France, est de type A (H3 N2), mais une quinzaine d'autres souches existent (dont le H1 N1). Certaines années, le vaccin est bien adapté au responsable de l'épidémie, mais dans certains cas l'OMS manque la cible. L'efficacité du vaccin peut ainsi varier de 90 % à moins de 50 % et cette efficacité varie également selon les tranches d'âge. Parfois, la souche circulante mute en cours d'épidémie et certaines personnes fragiles contractent la maladie deux fois au cours de la même saison.

Un vaccin contre la souche actuellement en circulation en Asie (H5 N1) est en développement chez les industriels, mais cette opération a pris beaucoup de retard et seuls quelques lots prototypes ont été produits. « La souche H5 N1 est connue depuis plus de deux ans et on peut se demander pourquoi un vaccin n'est toujours pas disponible en grande quantité » , indique le professeur David Fedson, épidémiologiste américain renommé. La semaine dernière, Sanofi Pasteur a annoncé la conclusion d'un contrat de 100 millions de dollars avec le gouvernement américain pour produire (aux Etats-Unis) des vaccins efficaces contre le H5 N1. Mais de nombreux experts s'interrogent sur l'utilité de cette mesure largement médiatisée.

Ce virus très meurtrier (50 % de décès) n'est pas transmissible de l'homme à l'homme et sa présence chez les animaux n'est donc pas trop inquiétante (sauf pour les éleveurs de volaille). « Les Américains sont gouvernés par le principe d'action. Ils doivent donner des gages à leur opinion publique » , juge Bruno Lina. La France a également procédé à une commande similaire de 2 millions de doses au même industriel pour des raisons différentes. Il s'agit surtout de permettre à Sanofi-Aventis Pasteur de se « faire la main » sur la production de masse d'un vaccin monovalent, en prévision du vaccin pandémique dont la composition reste par définition inconnue.

Le vaccin H5 N1 est d'ailleurs baptisé « prépandémique » par les autorités françaises, et son utilité semble plus industrielle que médicale. En toute logique, il faudra donc attendre l'apparition de la « vraie » souche pandémique pour décider de la composition définitive du vaccin. Et c'est là que commence la vraie course contre la montre. Les biologistes devront dans une première étape cruciale repérer la nouvelle souche et établir le plus rapidement possible son portrait-robot.

Tous les pays développés sont dotés de systèmes de surveillance et d'alerte chargés de détecter la présence de l'ennemi sur leur territoire. « Nous partons du principe que la souche pandémique naîtra en Asie, ce qui déclenchera le premier niveau d'alerte. Son arrivée sur le sol britannique mettra en action le plan national » , précise Jonathan Van Tam du ministère britannique de la Santé. En France, les réseaux Grog et Sentinelles sont chargés de cette surveillance, grâce à des équipes de médecins généralistes bénévoles qui seront les premiers témoins de l'épidémie.

 

Six à huit mois nécessaires

La mise en culture et la caractérisation génétique de la souche prend environ un mois. Il faut ensuite commencer la culture des virus, l'inactiver, décider de l'adjuvant d'accompagnement, de la présentation et de la posologie (très certainement deux injections à un mois d'intervalle), vérifier l'efficacité et l'innocuité du produit et mesurer ses effets secondaires par des essais cliniques. « Au total cela fait six mois, et huit si nous n'avons pas de chance », estime Bruno Lina. Un fait est donc acquis : aucun vaccin ne sera disponible pour endiguer la première attaque. Un autre fait paraît certain : toute la population sera médicalement « naïve » face à la nouvelle menace, c'est-à-dire que toutes les vaccinations antérieures (contre la grippe classique) n'offriront (en principe) aucune protection résiduelle.

Une inconnue subsiste : le vaccin prépandémique (H5 N1) en développement offrira-t-il une protection, ne serait-ce que partielle, contre la souche pandémique ? Les avis divergent du tout au tout. Les défenseurs de la théorie du « péché originel » de l'immunité estiment qu'il faut taper du premier coup dans le mille pour obtenir une efficacité maximum. « Cela ne sert à rien de se vacciner contre une souche différente du virus circulant. Au contraire, cela diminuera l'efficacité du vrai vaccin quand il sera disponible » , affirme Bruno Lina. Chez Sanofi-Aventis, on pense le contraire : une injection de H5 N1 inactivé donnerait une certaine mémoire au système immunitaire pour combattre l'intrus quant il surgira. Une chose est sûre, dans un cas comme dans l'autre, il n'y en aura pas pour tout le monde. Les Allemands ont calculé que pour protéger la totalité de leur population (80 millions de personnes, 160 millions de doses), il faudrait investir 1,2 milliard d'euros. « Si la pandémie est très sévère, nous seront face à une médecine de guerre » , juge Pierre Dellamonica, spécialiste des maladies infectieuses au CHU de Nice. Dans ce cas extrême, les normes réglementaires seront probablement allégées pour s'aligner sur un rapport bénéfice-risque totalement inédit.

 

ALAIN PEREZ

Tous droits réservés (2005) LES ECHOS

 

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Source
Les Echos
Date publication
19/09/05
 Thèmes
  Industrie

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