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Current entry 70.  L'Europe sort ses défenses contre la grippe aviaire
Les spécialistes européens de la grippe réunis cette semaine à Malte pour leur deuxième Congrès se mobilisent pour contrer la menace du virus de la grippe aviaire aux portes du Vieux Continent...13/09/05


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Résumé

Plan d'attaque, stocks de précaution, alerte rouge, confinement des populations. » Le deuxième Congrès européen consacré à la grippe qui se tient cette semaine à Malte bruisse de stratégies et d'images militaires. Il est vrai que l'ennemi est à nos portes et fait peur. « Peut-on construire une forteresse Europe contre une terrible menace », résume John Oxford, professeur de virologie dans plusieurs hôpitaux britanniques.

 

En fait, la situation est très confuse. La menace est réelle, mais personne n'est capable de prévoir ce qui se passerait si une souche très virulente du virus de la grippe aviaire apparaissait au hasard d'un croisement ou d'une mutation. La souche actuellement circulante (H5 N1) a provoqué pour l'instant moins d'une centaine de victimes en Asie. Peu de choses à côté des 50 millions de morts de la grande épidémie de grippe espagnole de 1918 qui reste le cauchemar de tous les responsables de la santé publique. « Tout va dépendre des migrations des oiseaux sauvages porteurs du H5 N1. Ils ont atteint la Russie et le Kazakhstan. Ce virus pourrait toucher l'Europe l'année prochaine, par le biais des oiseaux qui empruntent les couloirs africains », indique Bruno Lina, du Centre national de référence de la grippe, à Lyon.

Une deuxième inconnue complique les données du problème : quelle sera la virulence de la prochaine souche qui finira tôt ou tard par émerger de la loterie génétique ? « Impossible de le savoir à l'avance. La souche actuelle est très pathogène, elle entraîne une mortalité d'environ 50 % surtout chez les sujet jeunes et nous n'avons aucune explication », poursuit Bruno Lina.

 

Stratégie en deux concepts

Face à ce danger, les pays développés ont mis en place une stratégie basée sur deux concepts : la constitution de stocks de précaution du seul antiviral actuellement disponible (Tamiflu) et la mise au point d'un vaccin. « Une trentaine de pays ont annoncé des plans nationaux comportant des stockages de médicaments », indique Michelle Pecking, responsable de l'infectiologie chez le laboratoire suisse Roche, producteur du Tamiflu. « Il faudra surtout dépister les souches le plus rapidement possible et organiser la distribution des médicaments aux populations les plus menacées », ajoute Pierre Dellamonica, spécialiste des maladies infectieuses au CHU de Nice.

La France envisage de constituer un stock de 13 millions de traitements (130 millions de doses) suffisant pour soigner environ 20 % de la population. « C'est assez pour protéger les forces vives du pays », juge le docteur François Bricaire, du groupe hospitalier Pitié-Salpétrière. Une extension du stock français de sécurité à 21 millions de traitements (210 millions de doses) est envisagée, mais cette option n'est pour l'instant pas financée. De son côté, Roche possédera à la fin de l'année 4 sites de production du Tamiflu. Mais le cycle de fabrication de ce médicament (douze mois) à partir d'une plante anisée rend la programmation très tendue. « Très prochainement il sera produit par synthèse chimique, ce qui simplifiera sa fabrication », indique le docteur Michelle Pecking.

 

La virulence de la souche

La mise au point d'un vaccin se révèle elle aussi très complexe. A partir du moment où la nouvelle souche aura été isolée et caractérisée, les industriels ont besoin d'une douzaine de mois pour mettre en place les procédures et la production industrielle. Le gouvernement français a cependant commandé 2 millions de doses d'un vaccin efficace contre la souche H5 N1 à Sanofi Pasteur MSD. Cette opération pourrait protéger 1 million de personnes (à raison de 2 injections). Mais le danger n'est pas là. Le virus H5 N1 se transmet de l'animal à l'homme, mais la contagion s'arrête là. La vraie menace viendrait d'une nouvelle souche transmissible chez l'homme. « C'est statistiquement très probable » , estime Bruno Lina. « De plus, le virus de la grippe est très contagieux. On a 90 % de chances d'être contaminé par le seul contact avec un porteur », ajoute Michelle Pecking.

Tout va donc dépendre de la virulence de la souche qui sortira des prochains croisements entre virus issus des oiseaux sauvages, des animaux domestiques et de l'homme. « Si c'est une petite pandémie, nous n'aurons pas trop de problèmes. Si le virus est très pathogène, personne ne sait vraiment ce qui peut se passer », indique Pierre Dellamonica. Le plan gouvernemental baptisé « pandémie grippale » prévoit d'ailleurs de mettre sous bonne garde les pharmacies ainsi que les lieux où seront produits les médicaments.

 

Des simulations catastrophiques

« Sans intervention, une pandémie pourrait entraîner jusqu'à 20,9 millions de cas déclarés, 1 million d'hospitalisations et 200.000 décès en France. » Dans ses estimations les plus pessimistes, l'Institut de veille sanitaire envisage une véritable catastrophe entraînant une quasi-paralysie du pays pendant plusieurs mois. En fait, le taux d'hospitalisation et la létalité d'une pandémie dépendent essentiellement de la gravité de la maladie et des ressources disponibles. 

La modélisation calculée par l'Institut de veille sanitaire, selon la méthode dite de « Monte-Carlo », table sur l'apparition d'une souche virale hautement virulente où plus d'une personne sur trois serait atteinte (taux d'attaque de 35 %). Dans ce cas extrême, plus de 8 millions de personnes de 0 à 19 ans et plus de 10 millions de personnes dans la couche d'âge des 20 à 64 ans seraient atteintes. Si le taux d'attaque est ramené à 15 %, près de 9 millions de personnes pourraient être atteintes, dont 3,5 millions chez les 0 à 19 ans et 4,5 millions dans la classe d'âge des 20 à 64 ans.

 

ALAIN PEREZ

Tous droits réservés (2005) LES ECHOS

Source
les Echos
Date publication
13/09/05
 Thèmes
  Politique de santé

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