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Le comité vétérinaire de la Commission européenne se réunit aujourd'hui en urgence à Bruxelles pour examiner les risques de propagation, en Europe, du virus de la grippe aviaire, apparu cet été en Russie et au Kazakhstan. Les experts sanitaires des Vingt-Cinq vont notamment discuter de la nécessité ou non d'emboîter le pas aux Pays-Bas. La Haye impose à ses éleveurs, depuis le début de la semaine, le confinement des volailles élevées en plein air (6 millions de bêtes, contre près de 100 millions vivant en batterie), pour les protéger d'une éventuelle contamination par des oiseaux migrateurs venus de l'Est. Les experts néerlandais vont tenter de convaincre leurs collègues de les suivre. Probablement en vain : seule l'Allemagne a manifesté son intention de faire de même, si le virus franchissait la barrière de l'Oural. Le comité vétérinaire ne devrait rendre « qu'en fin de semaine un avis partiel et non décisif », selon une source française.
Depuis l'apparition, fin juillet, dans 6 régions de Sibérie et au Kazakhstan, du virus de la grippe aviaire, l'Union européenne est en alerte. La souche qui a entraîné la mort (ou l'abattage) de quelque 120.000 oiseaux en Russie et de plus de 9.000 au Kazakhstan est la même - H5N1, transmissible à l'homme - que celle qui sévit en Asie du Sud-Est, où elle a causé, depuis 2003, la mort de 61 personnes. En outre, la récente découverte d'oiseaux morts au bord de la mer Caspienne, à l'ouest de l'Oural, a donné à penser que le virus était entré en Europe. L'information a été, depuis, démentie par Bruxelles.
Un activisme compréhensible
La Commission européenne relativise l'ampleur des risques. D'autant qu'un responsable russe des services sanitaires a fait savoir, mardi soir, que l'épidémie était sous contrôle, sans qu'aucun cas humain n'ait été détecté, et a annoncé la levée de la quarantaine dans 12 villages. Le porte-parole du commissaire européen à la Santé a d'ailleurs souligné que le comité vétérinaire de ce jour était une simple « réunion d'information et de discussion » et noté que « tous les Etats membres ne partagent pas l'analyse du risque faite par le gouvernement néerlandais ». La Commission estime que les mesures de prévention déjà prises - extension de l'embargo sur les volailles à la Russie et au Kazakhstan - suffisent et prône plutôt le renforcement du stockage des médicaments antiviraux pour l'homme.
A Paris non plus, l'heure n'est pas à la panique. Saisie, ces derniers jours, par les ministères de l'Agriculture et de la Santé, l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa), peu suspecte de laxisme, vient de rendre un avis rassurant. Elle estime que « le risque immédiat de contamination des populations aviaires européennes par des oiseaux migrateurs venant de Russie est faible ». En effet, les oiseaux vivant dans les zones visées de la Sibérie passent l'hiver au Proche et au Moyen-Orient essentiellement. Soulignant que le dispositif de surveillance avait été renforcé en 2005, le ministère de l'Agriculture a aussi rappelé aux éleveurs leurs obligations réglementaires de vigilance, particulièrement pour les élevages de plein air, leur demandant d'éviter toute promiscuité avec les oiseaux sauvages.
La médiatisation du confinement aux Pays-Bas et leur volonté de voir cette mesure étendue dans l'Union suscitent une certaine ironie au sein de la filière française. « Cela n'a rien d'exceptionnel pour eux et ne porte pas à conséquence. La plupart de leurs volailles de plein air - essentiellement des poules pondeuses - sont enfermées tous les ans, à chaque passage des oiseaux migrateurs », signale André Lepeule, délégué général de la Fédération des industries avicoles. Cet activisme de La Haye est cependant compréhensible : en 2003, le pays avait connu une flambée de grippe aviaire dévastatrice qu'il n'avait éradiquée qu'au prix d'abattages massifs, touchant plus de 25 millions d'oiseaux.
Le virus aux portes de l'Europe
- Mi-2003 : début de la flambée de grippe aviaire en Asie du Sud-Est.
- Fin juillet 2005 : la Russie et le Kazakhstan signalent des cas dans les élevages de volaille.
- 12 août : la Commission ajoute la Russie et le Kazakhstan à la liste de pays asiatiques en provenance desquels les importations de volailles vivantes, de plumes et de viande crue sont interdites.
- 18 août : l'OMS confirme que la souche identifiée est bien H5N1, la même que celle qui frappe les pays d'Asie du Sud-Est.
- 22 août : les Pays-Bas décident de confiner la totalité de leurs 6 millions de volailles élevées en plein air.
- 23 août : Paris estime le risque de contagion « faible ».
ANNE DENIS
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