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La condamnation de Merck par un jury texan montre à quel point le Vioxx et les autres médicaments de la même catégorie sont décrédibilisés aux yeux de l'opinion publique. Mis sur le marché à la fin des années 1990, les inhibiteurs de cox-2, également appelés « coxibs », sont alors présentés comme des produits révolutionnaires. Ces anti-inflammatoires d'une nouvelle génération présentent l'avantage de protéger l'estomac, contrairement aux antidouleurs classiques comme les ibuprofènes (Advil, Nurofen) ou... l'aspirine. C'est une grande avancée médicale pour les patients souffrant de fortes douleurs chroniques, comme celles de l'arthrose, et qui ne supportent pas les anti-inflammatoires classiques.
Merck et Pfizer sont les premiers à mettre des cox-2 sur le marché en 1999 : Vioxx pour le premier, Celebrex pour le second. D'autres produits suivront : Arcoxia, également développé par Merck, qui n'est pas vendu aux Etats-Unis, et Bextra, de Pfizer. Le marché mondial des cox-2 explose et atteint 7 milliards de dollars en 2004.
Maintien du Celebrex
Dans les laboratoires, d'autres coxibs sont en préparation, chez le suisse Novartis et le britannique GlaxoSmithKline. Mais ils n'auront pas le temps de les mettre sur le marché, car le retrait du Vioxx, en septembre 2004, remet tout en question.
C'est le laboratoire Merck lui-même qui décide de retirer son médicament de la vente. Le groupe américain s'appuie sur les résultats d'études cliniques montrant un risque accru d'accidents cardio-vasculaires chez les patients traités au Vioxx sur une durée supérieure à dix-huit mois. Dans les premières semaines après le retrait, les ventes de Celebrex, le produit concurrent de Pfizer, progressent fortement, les médecins se reportant sur ce produit jugé plus sûr.
Mais en décembre 2004, c'est au tour du Celebrex d'être mis en cause par une étude : l'anti-inflammatoire augmenterait de 2,5 fois le risque d'accident cardio-vasculaire ! Mais Pfizer reste droit dans ses bottes et maintient le médicament sur le marché. D'autres résultats d'études sont publiés, beaucoup plus favorables à ce type de médicaments.
Usage restreint
En Europe comme aux Etats-Unis, les autorités sanitaires lancent une revue générale de toute la classe des cox-2. Leurs conclusions, rendues en février 2005, sont plutôt rassurantes pour les laboratoires. Elles recommandent de maintenir les cox-2 sur le marché, car ils apportent des bénéfices substantiels à certains malades. Mais leur usage doit être sévèrement restreint. En particulier, ils ne doivent pas être prescrits aux patients présentant un risque cardio-vasculaire. Quant au Vioxx, la Food & Drug Administration américaine juge qu'il est assez sûr pour être remis sur le marché. Une décision qui aidera Merck dans sa stratégie judiciaire, bien que le laboratoire n'ait toujours pas décidé s'il allait effectivement remettre son produit en vente.
Début avril, une nouvelle catastrophe touche les coxibs : les autorités sanitaires américaines imposent à Pfizer de retirer le Bextra du marché. En plus des conséquences cardio-vasculaires, ce médicament est soupçonné d'avoir de graves effets secondaires cutanés. Le numéro un mondial de la pharmacie doit passer 800 millions de dollars de provisions dans ses comptes pour prendre en considération la disparition de ce médicament. Aujourd'hui, seul le Celebrex de Pfizer est encore commercialisé aux Etats-Unis. Bien que son usage soit restreint, il devrait tout de même représenter 2 milliards de dollars de chiffre d'affaires cette année.
Le procès du Vioxx démarre mal pour le laboratoire
La saga judiciaire du Vioxx démarre très mal pour Merck. Un tribunal du Texas a condam- né le laboratoire pharmaceutique américain à verser 250 millions de dollars de dommages et intérêts à la veuve d'un homme décédé alors qu'il prenait l'anti-inflammatoire retiré du marché en septembre 2004. Le jury populaire a estimé que Merck avait commercialisé un produit défectueux et qu'il avait négligé d'avertir correctement les médecins sur ses effets secondaires. Le laboratoire a immédiatement fait appel. La loi texane devrait lui assurer une forte réduction de la somme à verser. Mais le procès du Vioxx commence sous de mauvais augures pour Merck. Quelque 20.000 à 100.000 familles de patients pourraient porter plainte. L'action Merck, déjà pénalisée depuis le retrait du médicament, a cédé près de 8 % vendredi à Wall Street. Depuis le retrait du Vioxx, toute la classe de médicaments à laquelle il appartient, les COX-2, est sous le feu des critiques. Un seul d'entre eux, le Celebrex, de Pfizer, est encore commercialisé aux Etats-Unis.
VINCENT COLLEN
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