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Current entry 59.  Londres renforce sa fibre pharmaceutique
Le groupe pharmaceutique Servier ouvre un centre de recherche spécialisé dans les essais thérapeutiques, rejoignant nombre de confrères dans l'Ouest londonien.

La division R&D du français Servier a investi entre 11 et 14 millions d'euros dans la Thames Valley, qui lui offre en retour sa proximité historique entre le monde de la recherche et les médecins hospitaliers...21/07/05


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Résumé

« Après les Etats-Unis, nous sommes le pays qui fait le plus grand effort dans le domaine des sciences du vivant. » Le très conservateur lord Howe ne manque pas de fair-play. Officieux ministre de la Santé dans le « Shadow Cabinet » britannique (1), il rend volontiers hommage au gouvernement de Tony Blair pour son action en faveur de la science et de la technologie. « La recherche britannique est de bon niveau, comme en témoigne le classement de nos universités. La région de Londres offre une concentration de moyens et de talents unique en Europe. »

 

Forte de ses implantations industrielles, de ses centres de recherche privés et de ses universités, la Thames Valley de l'Ouest londonien se présente comme la Silicon Valley de l'industrie pharmaceutique. Selon l'OST (Observatoire des sciences et des techniques), la zone Londres-Cambridge-Oxford est la région européenne possédant la plus forte densité scientifique en biologie fondamentale et en recherche médicale.

Le groupe français Servier vient de renforcer cette image, en installant un centre de recherche dédié au développement clinique des nouveaux médicaments. « Les essais thérapeutiques sont une activité très bien organisée au Royaume-Uni, où il existe une proximité historique entre le monde de la recherche et les médecins hospitaliers.

Ce n'est pas toujours le cas en France », précise Laurent Perret, directeur de la recherche du groupe français. Un investissement compris entre 11 et 14 millions d'euros pour la firme, qui a injecté l'an passé près de 400 millions d'euros dans la R&D. « Nous n'avons reçu aucune subvention pour cette implantation britannique », précise Eric Falcand, CEO de la filiale Servier au Royaume-Uni.

 

Des métabolismes individuels

Les essais thérapeutiques jouent un rôle majeur dans le développement d'un nouveau médicament. Il s'agit d'évaluer chez l'homme l'efficacité et la tolérance d'un principe actif qui n'a pas encore reçu son autorisation de mise sur le marché.

Un élément est particulièrement crucial dans cette enquête : la capacité d'un individu à métaboliser une molécule inconnue, c'est-à-dire à l'absorber puis à l'éliminer. Cette réaction varie du tout au tout selon les individus. Certains malades rejettent instantanément l'intrus, ruinant tout effet thérapeutique. D'autres le stockent dangereusement dans leurs cellules ou leurs tissus et risquent rapidement l'overdose. Les plus chanceux utilisent le principe actif juste comme il faut, sans développer d'effets indésirables et en l'éliminant progressivement. Des mutations génétiques individuelles sont à la source de ces différences métaboliques qui s'appliquent à tous les médicaments.

Le centre de Wexham est chargé de ces développements. Cinq domaines thérapeutiques sont dans le collimateur de l'équipe britannique : cancérologie, psychiatrie, maladies du métabolisme, cardio-vasculaires et ostéoporose. Ces études vont générer des quantités astronomiques de données issues d'essais comparatifs réalisées in vitro et in vivo (sur des animaux et des hommes). Wexham viendra compléter les travaux en pharmacocinétique du centre d'Orléans. « L'essentiel de notre recherche reste en France », indique Laurent Perret.

La nouvelle implantation va bénéficier d'un autre point fort du système britannique : la collaboration entre public et privé. « Le partenariat est devenu essentiel dans notre activité. Il s'agit d'éliminer les mauvais candidats médicaments le plus rapidement possible dans le cycle du développement », précise le directeur de la recherche.

Plusieurs hauts lieux de la recherche biologique britannique sont associés à Wexham : université d'Oxford, King's College, Imperial College, université de Manchester. Le laboratoire est également membre d'un réseau spécifique (Drug Metabolism Pharmaco Kinetics) qui associe la plupart des industriels de la pharmacie installés au Royaume-Uni (BMS, GSK, Pfizer).

« La pharmacocinétique bénéficie d'une bonne formation et nous n'avons aucun mal à trouver des spécialistes en Grande-Bretagne. De plus l'attractivité de la capitale britannique est très élevée dans le monde de la recherche », ajoute Laurent Perret. A terme, ces travaux pourraient déboucher sur la mise au point de médicaments mieux adaptés aux patients. Il s'agira alors de détecter à l'aide de tests génétiques ou biologiques les métabolismes individuels, afin de prescrire le « bon dosage de la bonne molécule au bon malade ».

 

La pharmacocinétique s'intéresse aux effets du médicament sur l'organisme. L'absorption est la première étape de ce cycle (par voie digestive, cutanée, sublinguale...) suivie par la distribution au sein de l'organisme du principe actif.

On sait désormais étudier sur des modèles animaux la concentration d'un médicament dans les différents organes et tissus du corps après cette phase absorption et son évolution dans le temps. Mais une molécule est le plus souvent transformée dans l'organisme essentiellement par le foie.

Ce métabolisme hépatique peut inactiver une molécule ou la rendre très active, voire toxique dans certains cas. La connaissance fine de ces transformations est devenue indispensable, notamment pour prévoir les interactions médicamenteuses. L'élimination (par voie urinaire ou biliaire) est la dernière étape du cycle.

 

Essais cliniques : la France perd du terrain

Les enquêtes récentes le confirment : les essais cliniques de nouveaux médicaments sont en perte de vitesse en France. Deux reproches principaux sont adressés au système hospitalier français : la lenteur des recrutements des cohortes de malades et la fiabilité insuffisante des résultats.

Deux raisons principales expliquent ce recul. La première est de nature éthique et parfois idéologique : nombre de médecins hospitaliers hexagonaux refusent de fournir des « cobayes » aux industriels de la pharmacie. La seconde est d'ordre méthodologique : les cliniciens français ne se plient pas volontiers aux protocoles d'essais définis par d'autres experts qu'eux-mêmes.

Ces réticences pénalisent à la fois les malades et le système de santé. Les premiers sont privés des traitements innovants et le second ne peut bénéficier des retombées financières liées aux essais.

Selon le syndicat des laboratoires pharmaceutiques installés en France (Leem), entre 1998 et 2002, les essais de nouveaux médicaments dans les hôpitaux français ont baissé de 17 % et une nouvelle baisse de 11 % a été mesurée entre 2002 et 2003.

 

ALAIN PEREZ

Tous droits réservés (2005) LES ECHOS

Source
les Echos
Date publication
21/07/05
 Thèmes
  R&D

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