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Current entry  La vitamine D, nouvel enjeu de santé publique
Avec les maillots de bain, shorts et autres robes légères, l'été devrait être le meilleur moment pour faire le plein de vitamine D. Essentielle pour la consolidation des os et des dents, elle est fabriquée par notre peau sous l'action des rayons ultraviolets B (UV-B) du soleil...30/06/11


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Toutefois, en raison de leur pouvoir cancérigène, en particulier en été, nous devons aussi nous protéger de ces rayonnements (avec de la crème solaire par exemple), ce qui nous empêche alors de synthétiser la vitamine D. Puis nous retournons nous enfermer dans des bureaux le reste de l'année. Résultat : des études épidémiologiques récentes montrent que la population française, toutes catégories confondues, souffre d'un déficit en vitamine D. Les enfants, les adolescents, les femmes enceintes et les seniors sont les plus touchés. Mais aussi les peaux très pigmentées, car elles synthétisent également moins bien la vitamine D.

Les dangers d'un déficit 

« C'est un véritable problème de santé publique , explique Marie Courbebaisse, néphrologue à l'hôpital Tenon, à Paris, et coauteur de nombreuses études sur le sujet. Car, au-delà des problèmes osseux, (rachitisme chez l'enfant, déminéralisation osseuse chez l'adulte), on s'est aperçu ces dernières années qu'une déficience en vitamine D peut aussi être impliquée dans d'autres pathologies graves. » Des chercheurs ont mis en évidence les effets potentiellement bénéfiques de la vitamine D « sur le cancer, l'immunité, le risque cardio-vasculaire et les diabètes de type 1 et 2 notamment » , indique ainsi Marie Courbebaisse.

Signe de cette effervescence, le nombre de publications scientifiques s'intéressant à ces effets a été multiplié par trois entre 1985 et 2007. Même si on ne sait pas encore avec certitude si l'insuffisance en vitamine D participe activement au développement de ces pathologies ou si elle est simplement un indicateur de mauvaise santé.

En attendant d'en savoir plus, les spécialistes considèrent qu'il faut supplémenter les personnes déficientes, ne serait-ce que pour favoriser la croissance osseuse. Mais à quelle dose ? On considère en général qu'il y a insuffisance en vitamine D quand la concentration dans le sang d'une molécule, la 25OHD (25-hydroxyvitamine D) est inférieure à 30 ng/ml. En dessous de ce seuil, on observe une diminution de l'absorption du calcium lors de la digestion. D'autres études estiment ce seuil à 20 ng/ml. Des divergences qui ne sont pas sans conséquences : dans le premier cas, 80 % de la population française serait déficiente, dans le second, le chiffre tombe à 40 %. 

Quoi qu'il en soit, plusieurs pays ont déjà introduit des suppléments dans des aliments courants tels que la farine, les céréales et le lait, car la vitamine D naturelle est rare dans nos régimes alimentaires - elle est principalement présente dans les poissons gras et l'huile de foie de morue. Ces ajouts sont autorisés en France depuis 2001, mais seuls quelques rares produits laitiers sont concernés. « Ce n'est pas suffisant , explique Laure Esterle, chercheuse au Centre de référence des maladies rares du métabolisme du calcium et du phosphore. Comme la population ne consomme pas assez de ces aliments, à peine 20 % des apports en vitamine D sont fournis par la nourriture, le reste provenant de l'exposition au soleil. »

En gouttes ou en ampoules

La solution se trouve donc plutôt du côté des gouttes ou ampoules buvables d'origine synthétique. L'administration régulière de vitamine D est déjà obligatoire pour les nouveau-nés jusqu'à l'âge de 2 ans, ce qui a permis de faire disparaître le rachitisme de France. En revanche, il n'y a aucune recommandation pour les adolescents, alors que c'est à cette période qu'on atteint son pic de masse osseuse, sorte de réserve pour l'avenir. Idem chez les personnes âgées, pour lesquelles la supplémentation n'est pas systématique, malgré le risque d'ostéoporose. Plusieurs études montrent pourtant que cela permettrait de diminuer le risque de fracture. 

De nombreux experts militent donc pour de nouvelles recommandations. « Les apports en vitamine D devraient au moins se poursuivre jusqu'à l'âge de 4 ans et être systématisés chez les adolescents et les personnes âgées , considère Laure Esterle. D'autant que le coût est minime, moins de 2 euros l'ampoule, 2 à 4 fois par an en moyenne. » En tout cas, une exposition intensive au soleil n'est pas la solution, en raison de l'augmentation du risque de cancer de la peau.

 

CÉDRIC DUVAL

Tous droits réservés (2011) LES ECHOS

 

Comment ça marche

Contrairement à son nom, la vitamine D n'est pas une vitamine, mais une pro-hormone. Après synthèse cutanée, elle subit deux transformations successives au niveau du foie et du rein pour aboutir à la formation de calcitriol, une hormone stéroïdienne. Celle-ci a pour rôle de stimuler l'absorption digestive du calcium et du phosphate, responsable de la minéralisation des os. Une carence empêche donc l'os de se former correctement, et un déficit favorise l'ostéoporose.

 

Débat autour des effets SUR LE CANCER

Plusieurs études ont montré que des taux de vitamine D plus élevés chez l'adulte étaient associés à une diminution de 30 à 50 % du risque de cancers du colon, du sein, de la prostate et de l'ovaire. En outre, une étude qui a suivi 1.180 femmes ménopausées pendant quatre ans a mis en évidence une diminution significative du risque global de cancers dans le groupe traité avec de la vitamine D. Comment expliquer ce lien ? Des données expérimentales indiquent que le calcitriol - précurseur de la vitamine D -stimule la différenciation cellulaire et l'apoptose (mort cellulaire programmée), tout en inhibant la prolifération cellulaire et l'angiogénèse (prolifération des vaisseaux). Mais il faut rester prudent, car une autre étude suggère au contraire que des niveaux élevés de vitamine D pourraient être associés à un risque accru de cancer de la prostate. D'autres travaux, enfin, n'ont pas détecté d'effet notable, dans un sens comme dans l'autre. Dans ce cas, toutefois, « la posologie a été jugée insuffisante par la plupart des experts » , explique Marie Courbebaisse, néphrologue à l'hôpital Tenon, à Paris.  

 

 

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Source
Les Echos
Date de publication
30/06/11
 Thèmes
  Santé

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