|
Une véritable douche froide s'est abattue sur les universités et les centres de recherche américains. Le juge Royce Lamberth du district fédéral de Washington a lancé une injonction interdisant de fait aux laboratoires universitaires américains de poursuivre les recherches sur les cellules souches embryonnaires humaines en utilisant des financements fédéraux. En fait, le magistrat américain estime que la libéralisation décidée par Barack Obama peu après son arrivée à la Maison Blanche était illégale et qu'il fallait donc revenir au statut antérieur mis en place par l'administration Bush. Le juge américain a considéré que la législation Obama appliquée depuis 2009 pouvait entraîner la destruction d'embryons humains et violait donc un amendement fédéral interdisant les recherches sur fonds publics pouvant entraîner un risque de « souffrance de blessure ou de mort pour les embryons humains».
Encore que peu explicite et contestée par les juristes de la Maison Blanche, cette décision a entraîné de nombreuses réactions dans le tissu académique qui juge ce «retour en arrière» préjudiciable à la compétitivité de la recherche américaine dans une discipline considérée comme stratégique par de nombreux experts médicaux. Si la décision du juge Lamberth est confirmée par le ministère de la justice, les dizaines d'équipes universitaires travaillant dans ce domaine se retrouveront dans la situation imposée par George W. Bush en 2001. Ils devront notamment doubler tous leurs équipements de façon à respecter la stricte ségrégation entre travaux publics et privés. Cette politique restrictive avait conduit plusieurs états comme la Californie à monter leurs propres centres de recherches spécialisés dans les cellules souches de façon à contourner l'écueil du financement fédéral.
Les cellules souches embryonnaires (ESC) sont prélevées sur des embryons de quelques jours qui ont tout juste entamé leur division cellulaire. Certaines de ces cellules dites totipotentes sont capables de donner naissance à toutes les familles de cellules fonctionnelles existant dans un organisme vivant (plus de 200 types). De nombreux experts estiment que ces «cellules médicaments» pourraient permettre à terme de soigner certaines maladies voire même de fabriquer in vitro des organes de substitution. La mise au point de cette médecine régénérative se heurte toutefois à de très nombreux obstacles scientifiques ou éthique.
ALAIN PEREZ, LES ECHOS
Tous droits réservés (2010) LES ECHOS
|