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Les dirigeants de HRA Pharma ne sont pas peu fiers. Vendredi, l'agence américaine des médicaments, la FDA, a donné son feu vert au lancement sur le marché américain du produit vedette de ce petit laboratoire français : Ella, une pilule qui permet d'empêcher une grossesse jusqu'à 120 heures, soit cinq jours, après un rapport sexuel non protégé.
« C'est une très grande étape pour notre entreprise , se félicite Erin Gainer, l'Américaine, qui dirige HRA. Notre pilule va pouvoir entrer aux Etats-Unis, le premier marché au monde. Ce feu vert devrait nous permettre de la commercialiser ensuite dans d'autres pays qui attendaient la décision américaine, comme le Japon. »
C'est le groupe Watson Pharmaceuticals qui va lancer la pilule française outre-Atlantique, d'ici à la fin de l'année, dans le cadre d'un accord de licence avec HRA. Watson et son rival israélien, Teva, dominent déjà le marché américain de la contraception d'urgence, évalué autour de 150 millions de dollars par an.
« L'arrivée de notre pilule devrait faire progresser ce total de 10 % à 15 % » , estime Erin Gainer. L'atout majeur d'Ella réside dans le délai qu'elle donne pour agir. Les produits actuellement disponibles aux Etats-Unis, comme le Plan B, doivent en effet être pris au plus tard dans les 72 heures et leur efficacité est maximale les deux premiers jours.
« Aux Etats-Unis, une grossesse sur deux n'est pas prévue , souligne Erin Gainer. Notre pilule répond donc à un vrai besoin. »
« Pro-life »
Cependant, deux éléments peuvent freiner l'essor de la molécule. D'abord, elle ne sera dispensée que sur ordonnance, alors que les autres contraceptifs d'urgence sont en vente libre. Ensuite, si les experts de l'agence américaine des médicaments ont vu ce produit comme un progrès, le puissant mouvement anti-avortement américain se montre, lui, critique.
« On parle de contraception d'urgence, mais ce médicament opère en réalité de la même façon que la pilule abortive RU-486, qui est à l'origine de nombreux décès » , s'insurge Wendy Wright, présidente de l'association Concerned Women for America. Selon les « pro-life », « cette pilule, en bloquant la progestérone nécessaire pour maintenir une grossesse, prive l'enfant à naître des nutriments dont il a besoin » . Ella ne doit pas être une contraception de routine, a souligné vendredi la FDA, pour parer aux attaques.
HRA Pharma a été créé en 1996 par André Ulmann, un ancien de Roussel-Uclaf qui avait notamment travaillé sur le RU-486. La société a révolutionné une première fois le marché de la contraception avec son Norlevo, la « pilule du lendemain », en 1999. Avec sa « pilule du cinquième jour », déjà lancée en France en octobre sous le nom d'EllaOne, puis dans 21 autres pays européens, la PME est en train de prendre une nouvelle dimension.
Lever des fonds
Dans les cinq marchés les plus importants, HRA Pharma a en effet créé des filiales, afin de vendre en direct son produit plutôt que de le confier en licence. « Nous venons ainsi de passer le cap des 100 personnes, contre 70 auparavant » , se félicite la présidente du directoire. Le chiffre d'affaires, lui, devrait monter au-delà de 40 millions d'euros cette année, après 36,5 millions l'an dernier.
Pour alimenter ses nouveaux réseaux commerciaux, la société a pris en licence un premier produit, un anticancéreux de Bristol-Myers Squibb. Elle cherche à en acquérir d'autres. Ce qui pourrait l'amener à lancer une opération financière : levée de fonds ou conclusion d'un partenariat. « L'an dernier, nous avons dégagé une marge nette de 10 %, et nos profits ont jusqu'à présent suffi à financer notre développement », indique Erin Gainer. André Ulmann et ses partenaires initiaux ont donc conservé plus de 90 % des titres. Mais les développements suivants pourraient faire bouger le tour de table.
DENIS COSNARD
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