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A soixante-quatorze ans, le vétéran des « raiders » américains n'a apparemment rien perdu de son flair. Après avoir parié au fil des ans sur le pétrole, l'automobile, le transport aérien, l'hôtellerie, les médias ou encore la téléphonie mobile, le milliardaire américain misait depuis quelque temps sur les biotechnologies et les perspectives d'OPA dans le secteur pour accroître sa fortune, estimée à 10,5 milliards de dollars. Ceci, avec deux cibles identifiées, Biogen et Genzyme, et une stratégie, désormais classique, qui consiste à essayer de « dégommer » le management en place de façon à pouvoir imposer ses vues.
Une méthode appliquée à la lettre chez Genzyme, où Carl Icahn a d'abord tenté d'évincer l'actuel PDG, Henri Termeer, au printemps dernier, pour finalement se contenter de 4 des 13 sièges du conseil d'administration. De quoi jouer les arbitres pour toute éventuelle offre d'achat et être en mesure de valoriser au maximum sa participation, toujours au nom de la défense des intérêts des actionnaires.
Un credo populiste et populaire
Car Carl Icahn ne se veut pas seulement un spéculateur de haut vol. L'ex-enfant terrible de Wall Street, incarnation du financier sans scrupules des années 1980, prêt à dépecer ses proies, comme la compagnie aérienne TWA, pour gonfler ses profits, se présente désormais comme un Robin des bois de la Bourse, protecteur des petits porteurs et pourfendeur des patrons surpayés, « qui passent trop de temps à jouer au golf » . Son dernier cheval de bataille : les bonus et les parachutes dorés des dirigeants.
Ce credo populiste et populaire en ces temps d'après-crise financière, semble aller comme un gant à ce fils d'enseignants modestes du Queens et contribue aussi à intimider ses cibles potentielles. Toutes ses croisades ne se soldent peut-être pas par des succès, à l'instar des tentatives de prises de contrôle déjouées de Time Warner et de Motorola. Mais elles ont toujours pour effet de faire grimper, au moins provisoirement, le cours de Bourse de leur cible. De quoi permettre à Carl Icahn de gagner, même quand il perd.
BRUNO TRÉVIDIC
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