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Marie-Thé Tiphaigne se sent tellement bien à Vendôme (Loir-et-Cher) qu'elle va y investir plusieurs millions d'euros l'an prochain. Un nouveau bâtiment en bois, doté d'un toit végétalisé, sortira de terre en 2011. Juste en bordure d'une forêt touffue, et à trois cents mètres d'une gare TGV, le laboratoire Cosbionat a trouvé un environnement propice à son développement : espace, verdure et infrastructures haut de gamme.
Arrivée « par hasard » en 1995 sur les bords du Loir, bucolique rivière qui irrigue cette région aux confins de la Beauce et de la Touraine, la dirigeante n'a aucune intention d'en bouger désormais. Après l'incendie de l'entreprise à Rambouillet (Yvelines) en 1984, à cause d'un orage foudroyant, cette PME qui exploite les formules du docteur Jean Valnet, pionnier des médecines douces dès les années 1950, déménage dans des locaux anonymes à Gennevilliers (Hautsde-Seine). « C'était pratique, mais le jour où un chef d'entreprise voisin a reçu une balle dans le genou lors d'un cambriolage, nous avons décidé de quitter la capitale » , se souvient-elle.
Nous sommes au début des années 1990, le réseau TGV s'ébauche. La ligne vers Lyon tourne déjà à plein régime, la SNCF inaugure l'axe Paris-Tours en 1991. Après une rencontre avec un service de développement économique « aux petits soins, proches de nos besoins » lors d'un Salon, Marie-Thé et Jackie Thiphaigne prennent un billet de train pour Vendôme-Villiers. « Nous ne voulions pas dépasser une heure de transport en commun » , précise-t-elle. Quarante-deux minutes plus tard, leur choix est fait. Ce sera ce parc d'entreprises. A l'instar de Montceau Assurances, comme le spécialiste de la vidéosurveillance Storvision et le centre d'appels Affaires de Contacts, le fabricant d'huiles essentielles Cosbionat s'installe au vert, sans s'éloigner vraiment du coeur économique du pays.
Pourquoi ne pas choisir la vallée du Rhône ou la Provence, à proximité de plusieurs de ses fournisseurs de plantes bio ? Au début de la décennie 1990, le TGV ne dessert pas encore la vallée du Rhône et puis l'avion pollue trop au goût des Tiphaigne, attachés à protéger la nature au-delà du simple affichage sur leurs boîtes d'aromathérapie vendues en pharmacie. « Grâce au TGV, je suis désormais à moins d'une demi-journée du sud-est de la France » , répond Marie-Thé Thiphaigne, qui s'envole aussi parfois vers Madagascar ou l'Australie pour sélectionner d'autres plantes.
Ce transfert vers la province a toutefois provoqué une hémorragie au sein de l'effectif. Seuls cinq des quelque vingt salariés ont suivi lors du déménagement en 1995. « J'ai vécu cela comme un déchirement, parce que nous avions constitué une équipe. Malgré une prime de 50.000 francs (7.500 euros), beaucoup ont préféré rester à Paris où les conjoints étaient établis, les enfants scolarisés… » regrette Marie-Thé Thiphaigne. Les Thiphaigne, eux, ont conservé leur appartement parisien, qui sert de bureau à l'entreprise, tout en s'installant à Vendôme.
Quinze ans après, l'équipe est reconstituée. Pharmaciens, techniciens de laboratoire, administratifs, agents d'expédition, ils sont aujourd'hui près de cinquante salariés. « Nos collaborateurs sont extraordinairement fidèles » , s'emballe Marie-Thé Thiphaigne, qui rappelle que l'un des préceptes de son mentor, le docteur Valnet, était « « small is beautiful ». Il ne voulait pas que ses brevets se diluent dans la gestion d'une multinationale. J'en ai vu tellement se casser les dents sur un développement effréné » … A l'écart du brouhaha des affaires, Cosbionat prend son temps. Un train grande vitesse à portée de main.
STEPHANE FRACHET
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