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Rien ne prédestinait l'équipe de Pascal Neuville, moins de deux ans après la création de la société, à rejoindre Strasbourg et son pôle biotechnologique d'Illkirch. Certes, ce docteur en biologie moléculaire avait fait ses études en Alsace, travaillé trois ans chez Transgène à Strabourg, mais il a ensuite quitté la cité rhénane pour diriger un laboratoire à la faculté de Genève avant de rejoindre le CNRS et les professeurs Maurice Israël et Pierre Potier, les pères fondateurs de son entreprise. « Notre objectif, raconte-t-il, était de découvrir de nouveaux traitements pour les maladies du cerveau, des maladies neurodégénératives parmi lesquelles Alzheimer, et ce en testant des molécules déjà sur le marché, mais utilisées pour d'autres types de traitement. »
En 2001, Pascal Neuville était le premier salarié de la structure de Gif-sur-Yvette. Mais très vite, une dizaine d'ingénieurs et de chercheurs l'avaient rejoint. « Après quinze mois d'incubation dans les locaux du CNRS, nous avions besoin de bouger. Dans le même temps, on cherchait à faire grossir Faust Pharmaceuticals en rachetant une société au savoir-faire complémentaire. » Or c'est en visitant un énième parc d'innovation, celui d'Illkirch, qu'il a trouvé sa proie. En l'occurrence Euroclide, qui travaillait sur une nouvelle classe de médicaments aux effets programmés et variables suivant les besoins. « On a immédiatement été séduit par la richesse de l'environnement en matière de sciences de la vie. »
La proximité de Bâle, centre névralgique de l'industrie pharmaceutique, mais aussi de l'université de Strasbourg avec les laboratoires du prix Nobel Jean-Marie Lehn ou encore de Pierre Chambon ont aussi joué en faveur de cette délocalisation vers la rive rhénane. « Hormis une secrétaire, toute l'équipe de recherche a suivi, plusieurs sont encore avec nous, d'autres travaillent aujourd'hui dans des laboratoires voisins, sur le même pôle d'innovation. Nous sommes ici dans un écosystème très fertilisant. » Et Faust, rebaptisé en 2009 Domain Therapeutics, poursuit inlassablement ses travaux, au rythme des levées de fonds successives : Sofinnova, Auriga, AGF, Siparex Ventures, la Financière Edmond de Rothschild...
Plus de 10 millions d'euros ont ainsi été investis dans les développements cliniques d'un médicament destiné aux malades Parkinson. Mais, en 2008, entre les phases cliniques 2 et 3, tout a été stoppé en raison d'un risque potentiel de toxicité à long terme. Résultat, il a fallu réduire la voilure, passer de 35 à 15 chercheurs. « Mais nous avons été sauvés grâce à l'accord que nous avions avec le japonais Takeda pour travailler sur la plate-forme Euroclide. » Depuis, la société enchaîne les contrats de recherche avec des industriels du monde entier, histoire de couvrir les coûts de fonctionnement de la société. La recherche, en revanche, reste entièrement financée par les fonds de capital-risque.
Mais, échaudé par l'expérience, Domain cédera ses prochaines découvertes à l'industrie pharmaceutique avant les phases de développement clinique. A cet égard, Domain vient d'être labellisée par le pôle de compétitivité Alsace Biovalley pour son projet Athos (5,1 millions d'euros de budget) mené avec ses voisins sur le pôle, Prestwick Chemical et l'Institut de génétique et de biologie moléculaire et cellulaire. Il s'agit de nouvelles thérapies pour les maladies du système nerveux central, notamment la schizophrénie. « D'ici à octobre, nous allons céder un premier produit de cette famille, ce qui permettra de récolter d'un coup plusieurs années de chiffre d'affaires » , se réjouit déjà Pascal Neuville. A Illkirch, ce scientifique n'est pas loin d'avoir trouvé le paradis des biotechs, lui qui a dirigé avec passion, pendant trois ans à la suite du professeur Jacques Marescaux, le pôle de compétitivité Alsace Biovalley. Prochain objectif, à l'horizon 2012 : faire coter Domain en Bourse, sur Alternext.
CHRISTIAN LIENHARDT
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