|
Généralement suivis dans leurs recommandations, les experts médicaux qui conseillent l'Agence fédérale américaine des médicaments (FDA) dans ses décisions d'homologation des produits pharmaceutiques aux Etats-Unis donnent décidément du fil à retordre aux laboratoires qui les produisent. Après l'avis défavorable, en mai dernier, quant à la mise sur le marché de l'anti-inflammatoire Naproxcinod de la société française de biotechnologies NicOx, et la recommandation la semaine dernière de restreindre l'usage de l'antidiabétique Avandia du britannique GlaxoSmithKline, les experts de la FDA s'en sont pris mardi soir à l'anticancéreux Avastin, du suisse Roche.
Par 12 voix contre une, le comité oncologique de la FDA a recommandé de ne plus utiliser l'Avastin dans le traitement des cancers du sein en phase avancée, estimant que le rapport bénéfices-risques n'est pas positif. La FDA, qui avait autorisé en février 2008 cette extension de l'usage de l'Avastin dans le cadre d'une procédure accélérée, rendra sa décision le 17 septembre.
L'avis négatif du comité d'experts a entraîné une chute de 3,20 % du titre Roche hier à la Bourse de Zurich, à 150,2 francs suisses, et conduit Credit Suisse à baisser de 200 à 160 francs suisses son objectif de cours. L'Avastin, il est vrai, est le produit vedette du géant bâlois, avec des ventes mondiales de 6,2 milliards de francs suisses en 2009 (4,6 milliards d'euros), en hausse de 21 % par rapport à 2008, et représentant à elles seules 12,7 % de son chiffre d'affaires consolidé.
Mis au point par le laboratoire américain Genentech, filiale de Roche depuis 1990, ce médicament est apparu sur le marché en 2004. Pionnier d'une famille de molécules qui privent la tumeur de l'apport de sang dont elle a besoin pour se développer, il est utilisé dans le traitement de cancers du sein, du rein, du poumon, du côlon, de tumeurs cérébrales. Il fait également l'objet d'études pour de nombreuses autres applications dans le traitement de cancers à des stades avancés ou précoces.
1 milliard de dollars de pertes
Le succès de l'Avastin, dont ont déjà bénéficié plus de 750.000 personnes dans le monde, explique en partie pourquoi Roche avait lancé en juillet 2008 une offre de 43,7 milliards de dollars pour racheter les 44,1 % du capital de sa filiale qu'il ne détenait pas encore. Offre relevée à 47 milliards de dollars en mars 2009, avant d'emporter l'accord des actionnaires minoritaires de Genentech.
Quelles seraient les conséquences financières d'une interdiction aux Etats-Unis de l'Avastin dans le traitement du cancer du sein en phase avancée ? Un analyste de Sanford Bernstein estime, au pire, à 1 milliard de dollars à l'horizon 2015 (780 millions d'euros) la perte de chiffre d'affaires. Un chiffre à comparer à une prévision de 9 à 9,5 milliards de francs suisses de ventes pour l'Avastin en 2014 (de 6,7 à 7 milliards d'euros), selon une projection réalisée en septembre par « Evaluate Pharma ». Moins pessimiste, un analyste de la Banque Cantonale de Zurich chiffre à moins de 450 millions d'euros par an le manque à gagner potentiel.
C. B.
Tous droits réservés (2010) LES ECHOS
|