|
Elus depuis deux semaines, les membres du conseil de surveillance des hôpitaux parisiens emportent avec eux de volumineux devoirs de vacances : les 240 pages du rapport stratégique de l'AP-HP sur lequel ils devront se prononcer mi-septembre. Le document, prospectif et pragmatique, détaille à la fois les grandes orientations pour la période 2010-2014 et les pistes d'économies destinées à rééquilibrer les comptes chroniquement déficitaires des hôpitaux franciliens (6,4 milliards d'euros de budget). Critiqué pour n'avoir su, cet hiver, présenter la réforme autrement que sous un jour financier inquiétant pour les personnels, l'AP-HP prend, cette fois, le soin d'expliciter comment elle compte moderniser et rationaliser son offre de soin. « Nous devons répondre à des besoins de santé publique en évolution : maladies cardio-vasculaires, cancers, vieillissement », explique le rapport évoquant cinq priorités : pédiatrie, gériatrie, cancérologie, urgences, gestion des équipements.
Opération structurante
Les 37 établissements, rassemblés en 12 groupes, devront tous assurer les soins de base (« socle ») que sont la réanimation, l'anesthésie, la chirurgie générale et les consultations, et posséderont en sus des spécialisations plus ou moins poussées (niveaux « intermédiaire » ou « supra GH »). Ainsi, le groupe Avicenne-Jean Verdier offrira, en sus des soins de base, des activités de cancérologie, psychiatrie, chirurgie, mais sa spécialité régionale sera l'addictologie et l'obésité.
En outre, des opérations structurantes seront menées : transfert d'activités de l'Hôtel-Dieu à Cochin, restructuration des hôpitaux Avicenne, Henri-Mondor et du centre de cancérologie de la Pitié-Salpêtrière, reconstruction partielle de Lariboisière, création de 3 ou 4 campus, fusion de Bichat et Beaujon « sur un site à définir ».
Pour compléter ses investissements (2,2 milliards d'ici à 2014) sans s'endetter au-delà du ratio de 30 %, l'AP-HP envisage de revendre une partie de son patrimoine, espérant un gain de 400 millions. Elle n'a pas encore trouvé d'acquéreur pour son siège de l'avenue Victoria (mis à prix à 150 millions d'euros), mais tente, non sans mal, de vendre les sites de Saint-Vincent-de-Paul et de Broussais à la Mairie de Paris.
Elle accélérera aussi la cession de son patrimoine (vignes, appartements, dunes). Enfin, et surtout, pour retrouver des marges de fonctionnement, elle a prévu d'augmenter ses recettes (+ 37 millions) et de diminuer ses dépenses (- 276 millions de 2010 à 2014). L'effort sera particulièrement poussé jusqu'en 2012, l'objectif étant de faire chuter le déficit de 96 à 19 millions annuels. Les 4.000 suppressions de postes envisagées, puis réfutées en janvier semblent se confirmer, selon Bernard Granger, l'un des leaders de la contestation. Avec, à la clef, un nouveau risque de mouvement social chez les personnels cet automne. Il n'est pas sûr que l'actuel directeur de l'AP-HP, Benoît Leclercq, soit encore en poste pour l'affronter. Le nom de Mireille Faugère, actuelle directrice de Voyageurs France Europe, est évoquée pour le remplacer.
LAURENCE ALBERT
Tous droits réservés (2010) LES ECHOS
|