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Avec sa bioprothèse cardiaque la plus avancée au monde, la jeune société française Carmat a emballé le coeur des investisseurs au-delà de ses espérances, en dépit des conditions de marché difficiles. Lancée le 15 juin dernier, son introduction en Bourse sur Alternext de NYSE Euronext, accompagnée par Truffle Capital et EADS, se solde par une levée de 15,5 millions d'euros (supérieure de 500.000 euros à l'objectif initial), soit 18,75 euros par action (le milieu de la fourchette). Valorisée à 75 millions d'euros par cette opération, Carmat fera ses premiers pas sur la place de Paris le 13 juillet, date du début des négociations.
« Le succès de cette opération bénéficie aux souscripteurs qui nous ont confié la mission de valoriser leur investissement et valide notre stratégie d'entrepreneur investisseur », souligne le docteur Philippe Pouletty, directeur général de Truffle Capital, qui a injecté 8 millions d'euros dans cette «spin off» d'EADS depuis sa création en 2008. « Carmat qui possède des fondamentaux technologiques solides et un management très expérimenté, ouvre la voie des bioprothèses complexes et vise un marché à fort potentiel », ajoute-t-il. Cette technologie cardiaque avant-gardiste dont le coût opératoire est comparable à une transplantation classique, (250.000 euros dont 160.000 pour la bioprothèse elle-même), est en effet l'alternative espérée par quelque 100.000 patients dans le monde en attente chaque année d'une greffe, après un infarctus massif du myocarde.
Un rôle capital joué par Jean-Luc Lagardère
Ce succès boursier doit aussi être dédié à la mémoire de Jean-Luc Lagardère, qui a joué un rôle capital dans la réussite de cette extraordinaire aventure médico-industrielle en France. Grâce à son implication personnelle et son soutien financier indéfectibles, l'inventeur de ce coeur artificiel, l'éminent professeur Alain Carpentier, a pu peaufiner pendant quinze ans dans le plus grand secret, avec une équipe entièrement dédiée par l'ancien président de Matra, le premier organe artificiel au monde qui imite à la quasi perfection l'anatomie et le fonctionnement physiologique du coeur humain. Sans la rencontre entre ces deux hommes d'exception, la France n'aurait pas réussi à toucher du doigt le rêve que caressent les Américains depuis le début des années 60 (lire Les Echos du 16 juin 2010).
A la fin de l'an prochain, le professeur Carpentier prévoit d'opérer de ses propres mains avec une équipe médicale de l'Hôpital Européen Georges-Pompidou, qui maîtrise l'implantation de son coeur artificiel sur le bout des doigts, le premier patient souffrant d'insuffisance cardiaque au stade terminal. Vu sa conception inédite qui évite les pièges dans lesquels sont tombés les projets américains, cette bioprothèse cardiaque autorégulée par une électronique embarquée très sophistiquée, qui sera alimentée par des batteries rechargeables et reliée à un boîtier de télédiagnostic portable, a toutes les chances de fonctionner avec un risque minimisé. A l'issue des essais cliniques sur une petite trentaine de patients dans six grands centres de transplantation en France, et après l'obtention du marquage CE, Carmat démarrera la commercialisation sur le marché européen en 2013, avant de partir conquérir les Etats-Unis.
En signant cette troisième introduction en Bourse en quatre mois, après celles de Neovacs et de Deinove en avril, Truffle Capital redonne du baume au coeur de l'industrie des biotechnologies française, qui doit sortir de toute urgence de l'ornière financière au risque de souffrir de séquelles irréversibles.
CHANTAL HOUZELLE, LES ECHOS
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