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CHRISTIAN SEUX, MÉDECIN, EST PRÉSIDENT DU SNITEM, PDG DE BECTON DICKINSON FRANCE, VICE-PRÉSIDENT DE LA FÉFIS (FÉDÉRATION FRANÇAISE DES INDUSTRIES DE SANTÉ), ADMINISTRATEUR DE LYON BIOPÔLE.
Avec l'avènement de la télésanté, la promesse d'une médecine personnalisée pour les patients ou encore le développement des nanotechnologies pour la recherche, nous sommes à l'aube de profonds bouleversements dans le domaine de la santé. Et rares sont ceux qui perçoivent - sur le fond -les mutations à l'oeuvre. Sous l'effet des nouvelles technologies de l'information et de la communication, le paysage de la santé dans dix ans sera bien différent de ce que nous connaissons aujourd'hui. Et dans cette reconfiguration mondiale s'inscrit la nécessité de développer des nouveaux produits et services qui répondent à de nouveaux besoins liés au vieillissement de la population et à la croissance des soins à domicile. Si le futur n'est jamais écrit, le potentiel de développement pour les industries médicales apparaît comme une certitude. Les pays qui sauront se mettre en ordre de bataille rapidement et développer leurs compétences locales pourront avoir un rôle de leader. Dans cette compétition, la France a tous les atouts pour s'imposer.
Avec une industrie des technologies médicales très riche, la France est une terre d'innovation médicale. Cela a toujours été, et il faut que cela reste. En termes de stabilité et d'emploi, la crise économique a d'ailleurs révélé que les industries de la santé étaient, pour les pays qui en avaient la légitimité, plus une chance qu'une charge. Avec une balance commerciale fortement excédentaire, les entreprises de santé constituent un gisement de valeur qu'il faut sauvegarder, avec un emploi en augmentation. La formation médicale est parmi les meilleures en France, ce qui est un autre atout. Aujourd'hui, le dispositif médical vit de façon autonome, mais il sera aussi, à l'avenir, connecté au médicament et au diagnostic. Pour identifier ces nouveaux créneaux de croissance, beaucoup d'efforts ont été faits en amont afin de faciliter la dynamique des filières d'excellence. On a cherché à rapprocher la recherche académique de l'industrie, mais aussi les start-up - souvent issues de cette recherche académique -des industriels auxquelles elles apportent des réponses. La rencontre précède l'idée et cette réalité se retrouve au sein des pôles de compétitivité tel Lyon Biopôle. De Lyon à Toulouse, en passant par Nantes ou Strasbourg, nous avons, en régions, des compétences de classe internationale équivalentes à ce que l'on peut trouver aux Etats-Unis, en Angleterre, à Singapour… Un avantage trop souvent méconnu et pourtant souligné par le président de la République, le 26 octobre dernier, dans le cadre du Conseil stratégique des industries de santé. Il a ainsi mis en lumière l'attractivité de la France telle qu'elle était perçue de l'autre côté de l'Atlantique, avec une compétitivité renforcée en Europe, notamment par le crédit impôt-recherche.
Ces propos furent encourageants. Encore faut-il ne pas perdre de vue une incohérence qui, en France, pénalise notre image et nos performances. S'il est vrai qu'en tant qu'industriels nous avons des facilités pour investir dans l'innovation, notre portée d'action concernant la diffusion de ces innovations est largement limitée. Dès lors qu'il s'agit de valider et de valoriser ces innovations auprès de l'administration, c'est toujours très long.
Cette lenteur est probablement due à une volonté de minimiser les coûts de la santé - ce que l'on peut comprendre -, mais ce n'est pas la bonne façon de faire. Nous risquons de perdre beaucoup au profit de pays plus prompts à réagir. S'il est important d'identifier les innovations en amont, il est aussi vital de les retrouver en aval pour qu'elles se développent et soient produites sur notre territoire. Face à l'émergence de nouveaux besoins médicaux, il est grand temps aujourd'hui d'établir un maillage de nos compétences en recherche et technologies, de s'assurer que ces filières sont pérennes et ont les moyens d'exister et de progresser. C'est là tout l'enjeu des états généraux de l'industrie, dont les décisions façonneront les dix années à venir.
Face aux mutations en cours, nous devons, tous ensemble, penser à une nouvelle gouvernance de la santé. Il est urgent de faire des choix pertinents, d'identifier les territoires et les quelques projets ambitieux où la France aurait toute légitimité pour être de classe internationale. Quels que soient les projets qui naîtront après les états généraux de l'industrie, pour le monde de la santé, ils ne devront jamais perdre de vue les quatre acteurs que sont : le patient potentiel, le professionnel de santé, l'industriel que je représente au sein du Snitem (Syndicat national de l'industrie des technologies médicales) et, enfin, le contribuable pour optimiser le rapport coût/bénéfice de la santé.
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