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La Green Fluorescent Protein (GFP), un espion qui va coller aux basques du médicament et indiquer à tout moment sa position.
« Ça y est, il est entré dans la cellule. » Ce n'est pas le gardien chef d'une prison qui parle en observant les écrans de son système de surveillance. C'est un chercheur en train d'observer le cheminement d'une molécule dans l'organisme. Pour réussir cette traque, les scientifiques font appel à un subterfuge. Ils accrochent à la molécule active une protéine fluorescente. Cet espion va littéralement coller aux basques du médicament et indiquer à tout moment sa position.
La protéine utilisée est une vieille connaissance des biologistes, la GFP ou Green Fluorescent Protein. Elle existe dans la nature depuis plus de 1 million d'années, notamment dans des organismes marins comme les méduses. Le gène produisant ce colorant a été isolé depuis longtemps et il présente un gros avantage. Il peut être greffé dans d'autres systèmes vivants pour produire le même effet. Certains chercheurs l'ont même intégré dans le génome de souris de laboratoire qui deviennent littéralement vertes quand elles sont soumises à une lumière ultraviolette. Le marquage par la GFP est aujourd'hui d'usage courant et d'autres substances colorantes sont utilisées pour pister les cellules en mouvement. Les services rendus par ces étiquettes sont immenses : suivi de la métabolisation des molécules actives dans un organe, étude de la migration et de la prolifération des cellules, pistage de virus ou de bactéries. Ces observations sont destinées à vérifier de visu l'efficacité d'un traitement ou la réponse d'une cellule dans son microenvironnement.
Du jamais-vu
Ces facteurs épigénétiques intéressent au plus haut point les chercheurs. Ils permettent de prévoir avec précision l'évolution d'une tumeur individuelle. Ce sont donc les premières briques de la médecine plus personnalisée.
A l'institut Curie à Paris, Geneviève Almouzni a ainsi découvert l'existence d'une protéine (HP1 alpha) qui joue un rôle clef dans la vie cellulaire : son absence perturbe la division cellulaire et elle est surreprésentée dans les cellules tumorales. « Toutes les cellules possèdent le même matériel génétique. Mais, de temps en temps, elles perdent la mémoire et font n'importe quoi » , résume schématiquement la chercheuse parisienne.
Cette exploration ouvre bien la voie à un très grand nombre de pistes thérapeutiques. « Plus de 650 protocoles sont actuellement testés dans le monde en cancérologie et plusieurs dizaines de médicaments nouveaux vont arriver dans les prochaines années. C'est du jamais-vu » , expliquait Michel Boiron pendant les récentes journées Eurocancer. Une explosion du savoir scientifique et thérapeutique qui va à nouveau poser de façon plus aiguë que jamais le problème de l'égalité des soins face aux innovations. « La survie dépend énormément de la connaissance de la biologie de la tumeur et de l'accès à ces traitements innovants », conclut Joseph Gligorov, oncologue à l'hôpital Tenon à Paris. Dans ce contexte, le diagnostic devrait être remplacé dans un avenir proche par le « théranostic » qui associe un test diagnostic à une thérapie.
ALAIN PEREZ
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