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PARP. Voilà le nom de la dernière vedette de la recherche en biologie. Ce sigle n'est pas très sexy, mais il est sûrement promis à un bel avenir. Le nom complet est encore plus ésotérique : poly ADP-ribose polymérase. Il s'agit en fait d'une protéine jouant un rôle majeur dans la vie de la cellule. C'est un réparateur d'ADN. Cette année, au congrès mondial de la cancérologie d'Orlando (Asco), le PARP était sur toutes les lèvres. Comme toujours dans le domaine médical, les enjeux scientifiques se doublent d'intérêts économiques gigantesques. Si on réussit à bloquer définitivement l'évolution d'une cellule tumorale, on peut légitimement espérer mettre au point un médicament « révolutionnaire ». « La cellule cancéreuse possède son propre système de réparation. Les molécules de type PARP bloquent ce processus » , résume le docteur Jean-Charles Soria, oncologue à l'Institut Gustave Roussy. Chez les industriels, le français Sanofi-Aventis et l'anglo-suédois AstraZeneca sont déjà sur les rangs et espèrent décrocher le gros lot. L'américain Cephalon et l'allemand Bayer sont également dans le coup des PARP.
En réalité, toutes les disciplines sont concernées par ces mécanismes biochimiques qui mobilisent des milliers de molécules dont seulement une petite partie a été identifiée. « La connaissance fine de ces facteurs de régulation est un enjeu majeur pour toute la santé humaine » , résume le cardiologue américain Eric Olsen, qui vient d'obtenir le prix de la Fondation Lefoulon-Delalande. Ce chercheur de l'université de Dallas, au Texas, ne désespère pas de trouver des thérapies pour réaliser un vieux rêve : régénérer le muscle cardiaque en stimulant les cellules par des molécules.
Cette capacité existe d'ailleurs chez certains poissons. « Ce gène existe aussi chez l'homme. On peut tenter de le réactiver. Mais cela prendra du temps » , indique le chercheur américain découvreur des gènes qui déterminent l'évolution des cellules cardiaques depuis les premiers jours de l'embryon (*). « Malheureusement, la thérapie cellulaire ne progresse pas assez vite. La moitié des infarctus ne sont pas prévisibles », ajoute le chirurgien Alain Carpentier, de l'Académie des sciences, qui se concentre sur la mise au point d'un coeur artificiel.
Incroyable capharnaüm
Il est vrai que pour l'instant on est très loin du compte. L'intérieur d'une cellule humaine est un incroyable capharnaüm en reconstruction permanente qui semble échapper à toute logique. Les industriels de la pharmacie ont entamé une véritable course de vitesse pour percer ces mystères. A Reims, Laurent Hennequin dirige le centre AstraZeneca, spécialisé dans la recherche de nouveaux traitements anticancéreux. « Nous concevons pas loin de 5.000 nouvelles molécules expérimentales par an. Aujourd'hui, il faut aller très vite. Un projet doit être bouclé en un an et demi contre dix ans autrefois » , indique le chercheur français. Comme la plupart de ses concurrents, Laurent Hennequin s'intéresse à l'un des aspects les plus étonnants des molécules issus de la révolution biologique : leur effet transversal. « Certains facteurs de prolifération cellulaire ne sont pas spécifiques à un tissu » , explique le biologiste. Un exemple illustre cette approche horizontale de la médecine. Une molécule de la famille des antiangiogéniques (**) très utilisée en cancérologie (Avastin) est désormais prescrite pour soigner une forme peu fréquente (20 %) de la DMLA (dégénérescence maculaire liée à l'âge). A priori, il n'y a aucun point commun entre le cancer colorectal et la DMLA. Et pourtant.
A Bordeaux, le professeur Jean-François Korobelnik pratique depuis 2007 au CHU Pellegrin des injections d'un antiangiogénique dans le globe oculaire pour soigner cette pathologie en forte augmentation en France. Il utilise le même produit que ses confrères oncologues baptisé « Lucentis » par Novartis. « Ce médicament inhibe la formation de vaisseaux sanguins qui décollent la rétine. Un tiers des patients recouvrent une partie de leur vue » , indique l'ophtalmologue bordelais. Revers de la médaille, ce traitement développé initialement par le californien Genentech est vendu au prix fort : 1.000 euros l'injection.
Cette révolution de la biologie cellulaire est confortée par les progrès dans la lecture du génome humain riche de ses 3 milliards de paires de lettres. La première version a demandé treize ans de travail à un consortium de laboratoires internationaux. Une aventure qui aura coûté la bagatelle de 2,7 milliards de dollars. En 2007, la même opération réclamait quatre ans de travail et 100 millions de dollars. Nouveau bond en avant en 2008 : quatre mois et demi et environ 1,5 million de dollars. Le plus fort reste à venir. Vers 2012, cet examen devrait être totalement banalisé et devenir pratique courante dans les hôpitaux ou les cabinets des généralistes. L'examen coûtera moins de 100 dollars et devrait prendre environ huit heures.
L'association de la génétique et de la biologie moléculaire est porteuse d'une mutation fondamentale de la médecine qui se traduit par une formule peu engageante : l'hypersegmentation des patients. Un concept qui sera difficile à expliquer aux malades. En particulier à ceux qui, à cause de facteurs génétiques défavorables ou de test biochimiques négatifs, ne pourront pas bénéficier des nouveaux traitements.
ALAIN PEREZ
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