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Current entry  Les nanomatériaux assimilés à des produits dangereux
Un rapport fournit des recommandations claires aux entreprises qui manipulent des nanomatériaux...15/10/08


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Nanotubes de carbone développés par le CEA à Grenoble. Selon le rapport de l'Afsset, 2.000 nanoparticules différentes seraient déjà commercialisées dans le monde. L'agence préconise aux entreprises de les manipuler avec les mêmes procédures que les matières dangereuses. 

Les nanoparticules doivent être considérées et manipulées comme les matières dangereuses. » C'est l'une des principales conclusions de l'expertise de l'Agence française de sécurité sanitaire de l'environnement et du travail (Afsset), rendue publique le 10 octobre. L'objectif de ce travail, mené sur deux ans par des scientifiques renommés, était d'évaluer les risques sanitaires des nanomatériaux vis-à-vis des travailleurs qui produisent et manipulent ces particules ou agrégats, dont les dimensions sont comprises entre 1 et 100 nanomètres (1 nanomètre = 1 milliardième de mètre).

En France, on dénombre un peu plus de 3.000 personnes dans l'industrie et 7.000 dans les laboratoires qui produisent quelque 500.000 tonnes de nanoparticules par an, essentiellement de silice (pneus, agroalimentaire, peinture, dentifrice), d'alumine (éclairage), de noir de carbone (pneus), de dioxyde de titane (construction, cosmétique, épuration air) et de nano-argiles (emballage). Néanmoins, au total, 2.000 nanoparticules différentes seraient commercialisées dans le monde.

Les constats du rapport sont, au premier abord, sans surprise : indigence des moyens de métrologie (il faut toujours 3 à 5 appareils de mesure de 100.000 euros pièce pour qualifier une atmosphère de travail !), manque de données épidémiologiques et toxicologiques (ni les effets sur la santé, ni les mécanismes de pénétration des parois humaines ne sont encore établis bien que largement suspectés, et ce, jusqu'au noyau des cellules) et enfin réticence des entreprises à collaborer. Sur ce dernier point, il faut souligner que seuls 16 % des organismes sondés ont répondu au questionnaire de l'Afsset : 13 laboratoires de recherche sur les 41 interrogés et 26 établissements industriels sur les 178 sollicités.

 

Aucune obligation 

Néanmoins, et c'est une première au moins en France, les conclusions de l'agence sont sans appel : « Il faut appliquer le principe de précaution face à ce risque potentiel » , affirment d'une seule voix les experts. Ils déclarent que ces nanoparticules, dont le niveau de danger est inconnu, doivent être manipulées avec les mêmes procédures que les matières dangereuses. Ils recommandent leur substitution lorsque cela est possible, un confinement de la production de nanopoudres, une signalisation spécifique « nano-objet », un suivi médical des salariés, des règles de transport calquées sur celui des matières dangereuses, un inventaire...  

Ce véritable guide de bonnes pratiques n'est cependant assorti d'aucune obligation législative pour les entreprises et laboratoires concernés. « Il y a pourtant urgence, précise Eric Gaffet, directeur de recherche au CNRS et président de ce groupe de travail de l'Afsset. En mai dernier, trois publications ont démontré que certains nanotubes de carbone ont un effet inflammatoire proche de celui des fibres d'amiante. » Sans attendre, l'Afsset est saisie d'une expertise d'une autre ampleur : les risques sanitaires pour la population. Rendez-vous mi-2009.

 

ISABELLE BELLIN

Tous droits réservés (2008) LES ECHOS

Source
Les Echos
Date de publication
15/10/08
 Thèmes
  Industrie

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