|
Des parents chinois réclament en vain le remboursement de boîtes de lait de la marque Sanlu qu'ils ont achetées.
Depuis quatre jours, les autorités de Pékin multiplient les initiatives pour tenter d'encadrer un nouveau scandale sanitaire qui frappe les bébés des familles les moins riches du pays et met en lumière les difficultés du gouvernement à contrôler la qualité du « made in China ».
Mobilisé depuis ce week-end, le ministère chinois de la Santé a annoncé qu'il se préparait à une « augmentation » du nombre de cas d'enfants tombés malades après avoir ingéré un lait en poudre empoisonné fabriqué par la société Shijiazhuang Sanlu Group, l'un des leaders du secteur dans le pays. Selon un dernier bilan officiel, 1.253 nourrissons auraient déjà été infectés. Parmi eux, 340 seraient hospitalisés et deux seraient déjà décédés. Ils auraient succombé à des dérèglements rénaux après avoir bu à plusieurs reprises des biberons de lait en poudre de la marque Sanlu. Très prisé pour son faible coût par les foyers les moins aisés du pays, ce lait, vendu seulement en Chine et à Taiwan, a été contaminé avec de la mélamine, une résine utilisée dans la fabrication d'objets en plastique ou de Formica.
Arrêt de la vente
Ce produit chimique aurait été ajouté au lait utilisé dans le processus de fabrication des poudres pour bébés afin d'en doper leur taux apparent de protéines. Des contrôles au niveau national ont permis de déceler la présence de cette substance dangereuse dans 68 autres marques de lait fabriquées par une vingtaine d'entreprises. De ce fait, le gouvernement a ordonné l'arrêt immédiat de la vente des laits maternisés incriminées. Deux frères gérant une laiterie privée de la province du Hebei, près de Pékin, auraient déjà avoué avoir initié cette manipulation dès 2007 pour tenir les « standards » nutritionnels réclamés par le groupe Sanlu.
Si les scandales liés à la mélamine sont courants en Chine - l'an dernier des aliments pour animaux avaient été contaminés selon le même procédé -, l'affaire du lait en poudre a pris, cette fois, une résonance particulière parce qu'elle touche des nourrissons et intervient dans un étrange imbroglio politico-économique.
Les premiers cas alarmants de bébés décédés auraient en effet été étouffés, dès le début du mois d'août, par des cadres politiques du Hebei, où est implantée la société, et des dirigeants de l'entreprise qui voulaient à tout prix éviter au pays la médiatisation d'un nouveau scandale sanitaire à quelques heures de l'ouverture, le 8 août, des jeux Olympiques de Pékin. Il y a six semaines, le groupe néo-zélandais Fonterra Cooperative, qui détient 43 % de Sanlu Group, avait ainsi alerté ses partenaires chinois de l'ampleur de la crise et leur aurait demandé de retirer de la vente les laits contaminés. La société aurait alors refusé toute intervention. « Les autorités locales ne voulaient rien faire » , a expliqué, cette semaine, Helen Clark, le Premier ministre néo-zélandais, qui a finalement décidé d'alerter directement les autorités centrales chinoises le 8 septembre dernier.
Multiplication des scandales
Depuis, Pékin a tenté de montrer sa réactivité et a fait arrêter 4 personnes travaillant pour la plupart pour les fournisseurs de Sanlu. Le gouvernement espère ainsi faire taire la polémique qui commence à poindre dans la presse locale et sur les forums Internet. Les commentaires doutent de la seule responsabilité de quelques fournisseurs et pointent l'incapacité des autorités locales et nationales à garantir, après la multiplication des scandales sanitaires de 2007, la qualité des productions chinoises.
YANN ROUSSEAU
Tous droits réservés (2008) LES ECHOS
|